YHWH, Asherah et monothéisme biblique
Lecture experte autour de Thomas C. Römer : YHWH, Asherah, Sagesse, Satan, mal, chaos et recompositions du monothéisme.
Sommaire108 repères
- Lecture thématique Expert++++ du fil autour de Thomas C. Römer
- 0. Orientation générale
- 1. Thèse centrale de Römer
- 2. Le yahwisme monarchique : Yhwh comme dieu national
- 3. Asherah : déesse, symbole, parèdre, arbre, trace
- 3.1. Le dossier archéologique et textuel
- 3.2. Les principaux auteurs
- 3.3. Prudence interprétative
- 4. La Reine du Ciel : religion populaire, femmes, exil et catastrophe
- 4.1. Tension herméneutique
- 4.2. Enjeu sociologique
- 5. La catastrophe de 587 av. J.-C. comme césure morphogénétique
- 6. Deutéro-Isaïe : Yhwh comme Dieu unique et maître des nations
- 6.1. Coût de cette universalisation
- 7. Yhwh comme mère : transfert des fonctions de la déesse
- 7.1. Lecture théologique
- 7.2. Lecture Q^
- 8. Zacharie 5 : expulsion, enfermement et déplacement de la déesse
- 8.1. Études complémentaires
- 8.2. Structure symbolique
- 9. Israël/Juda/Jérusalem comme épouse de Yhwh
- 9.1. Enjeu critique
- 9.2. Lectures féministes à intégrer
- 9.3. Formule critique
- 10. Hokhmah / Sagesse / Sophia : retour sapiential du féminin divin
- 10.1. Fonctions de la Sagesse
- 10.2. Auteurs majeurs
- 10.3. Lien possible avec Genèse 1,26–27
- 11. Du féminin sapiential au Logos : éclipse, traduction, masculinisation ?
- 12. Yhwh, créateur du bien et du mal : Isaïe 45
- 12.1. Enjeu théologique
- 13. Genèse 1 : chaos bordé, non supprimé
- 13.1. Implication
- 13.2. Lecture MNL/Q^
- 14. Satan : externalisation progressive du mal
- 14.1. Job
- 14.2. 2 Samuel 24 / 1 Chroniques 21
- 14.3. Études majeures
- 14.4. Formule Q^
- 15. Le concept de monothéisme : nécessaire mais insuffisant
- 15.1. Mark S. Smith
- 15.2. Nathan MacDonald
- 15.3. Rainer Albertz
- 15.4. Jan Assmann
- 15.5. Catégories alternatives
- 16. Lecture féministe : effacement, retour, critique du mono-masculin
- 16.1. Phyllis Trible
- 16.2. Tikva Frymer-Kensky
- 16.3. Mieke Bal
- 16.4. Athalya Brenner
- 16.5. Deborah Sawyer
- 16.6. Luce Irigaray
- 17. Margaret Barker : la Dame du Temple
- 17.1. Intérêt
- 17.2. Prudence
- 18. Chaînes morphogénétiques possibles
- 18.1. Chaîne du féminin divin
- 18.2. Chaîne du mal
- 18.3. Chaîne du monothéisme
- 19. Arguments favorables à l’hypothèse d’un féminin divin déplacé
- 19.1. Argument archéologique
- 19.2. Argument textuel
- 19.3. Argument prophétique
- 19.4. Argument deutéro-isaïen
- 19.5. Argument sapiential
- 19.6. Argument narratif-féministe
- 19.7. Argument morphodynamique
- 20. Arguments de prudence et objections
- 20.1. Asherah n’est pas toujours une déesse nommée
- 20.2. « Yhwh et son Asherah » ne prouve pas mécaniquement « Yhwh et sa femme »
- 20.3. La Sagesse n’est pas simplement Asherah
- 20.4. Zacharie 5 reste discuté
- 20.5. Les lectures féministes peuvent projeter des catégories modernes
- 20.6. Le monothéisme n’est pas un bloc
- 21. Matrice Q^ d’analyse
- 21.1. Q^FACT — noyau factuel
- 21.2. Q^TEXT — texture biblique
- 21.3. Q^HIST — histoire religieuse
- 21.4. Q^FEM — féminin divin
- 21.5. Q^CHAOS — mal et chaos
- 21.6. Q^MORPH — morphodynamique
- 21.7. Q^BRANCH — branches ouvertes
- 22. Formulations fortes utilisables
- 22.1. Formule courte
- 22.2. Formule Asherah
- 22.3. Formule Sagesse
- 22.4. Formule Satan
- 22.5. Formule féministe
- 22.6. Formule Q^
- 23. Plan possible pour une étude longue
- Introduction
- Partie I — Avant l’unicité : Yhwh dans le champ religieux levantin
- Partie II — Asherah et la Reine du Ciel
- Partie III — La catastrophe de 587 et la recomposition de Yhwh
- Partie IV — Absorption du féminin
- Partie V — Retour sapiential
- Partie VI — Le problème du mal
- Partie VII — Q^ : champ, compression, restes
- Conclusion
- 24. Bibliographie thématique
- 24.1. Römer et monothéisme biblique
- 24.2. Asherah, Reine du Ciel, religion populaire
- 24.3. Zacharie 5 et expulsion de la déesse
- 24.4. Sagesse, Sophia, féminin sapiential
- 24.5. Satan, mal, chaos
- 24.6. Lectures féministes et genre biblique
- 24.7. Temple, Dame, théologie spéculative prudente
- 25. Conclusion générale
Yhwh, Asherah, Sagesse, Satan et le problème du monothéisme biblique
Lecture thématique Expert++++ du fil autour de Thomas C. Römer
Document de travail — synthèse thématique, exégétique, historique, féministe et Q^ Base principale : Thomas C. Römer, “Yhwh, the Goddess and Evil: Is ‘monotheism’ an adequate concept to describe the Hebrew Bible’s discourses about the God of Israel?”, Verbum et Ecclesia 34/2, 2013. Champ : Bible hébraïque, histoire du yahwisme, Asherah, Reine du Ciel, Deutéro-Isaïe, Sagesse/Hokhmah/Sophia, Satan, mal, chaos, monothéisme, lectures féministes et philologiques.
0. Orientation générale
Ce dossier reprend et développe le fil de lecture consacré à l’article de Thomas C. Römer sur Yhwh, la déesse et le mal. L’objectif n’est pas de transformer l’hypothèse en affirmation close, mais de construire un espace de recherche où plusieurs régimes de lecture restent co-présents : historique, archéologique, textuel, théologique, féministe, symbolique et morphodynamique.
La question centrale peut être formulée ainsi :
Le monothéisme biblique est-il une unité doctrinale stable, ou le résultat d’une recomposition instable dans laquelle les anciennes puissances divines — féminines, chaotiques, adverses, maternelles, sapientielles — sont déplacées, absorbées, expulsées, réécrites ou réactivées sous d’autres formes ?
Dans cette perspective, Yhwh n’est pas seulement « le Dieu unique » au sens d’une abstraction philosophique. Il devient progressivement une figure de concentration extrême : dieu national, dieu de l’histoire impériale, dieu créateur, dieu guerrier, dieu maternel, dieu juge, dieu de la catastrophe, dieu du salut, dieu de la lumière et parfois du mal. Cette concentration produit des restes : Asherah, Reine du Ciel, Sagesse, épouse infidèle, Satan, chaos, tehom, ténèbres, médiations angéliques.
1. Thèse centrale de Römer
Römer interroge l’adéquation du terme « monothéisme » pour décrire les discours bibliques sur le Dieu d’Israël. Il rappelle que le concept moderne de monothéisme vient en partie de catégories philosophiques et théologiques postérieures, notamment des Lumières, souvent utilisées pour hiérarchiser monothéisme et polythéisme.
Sa thèse peut être condensée ainsi :
⬢ Dans l’ancien Israël et Juda monarchiques, Yhwh fonctionne d’abord comme dieu national, non comme Dieu unique abstrait au sens philosophique moderne.
⬢ Des indices bibliques et extra-bibliques suggèrent que Yhwh fut associé à Asherah ou à une figure féminine divine apparentée.
⬢ Après la catastrophe de 587 av. J.-C., les discours théologiques judéens doivent expliquer la destruction de Jérusalem et l’exil.
⬢ Deutéro-Isaïe élabore une affirmation forte de l’unicité de Yhwh : Yhwh seul commande l’histoire, les nations et même Cyrus.
⬢ Cette unicité oblige à intégrer en Yhwh des fonctions auparavant distribuées à d’autres figures divines : fonctions maternelles/fécondes des déesses, fonctions destructrices ou chaotiques des dieux sombres ou démons.
⬢ Cette intégration reste partielle et instable.
⬢ Le féminin revient sous la forme de la Sagesse/Hokhmah ; le mal ou l’adversité se cristallise progressivement dans la figure du Satan.
⬢ La Bible hébraïque ne présente donc pas une évolution simple du polythéisme vers le monothéisme, mais une série de recompositions, tensions et déplacements.
Formule synthétique :
Le Dieu unique biblique est moins un point final qu’un champ de concentration : il absorbe des fonctions anciennes, mais cette absorption produit des retours et des figures résiduelles.
2. Le yahwisme monarchique : Yhwh comme dieu national
Avant les grandes reconfigurations postexiliques, Römer situe Yhwh dans un paysage religieux levantin. Yhwh est le dieu national d’Israël/Juda, comparable dans sa fonction aux dieux nationaux des peuples voisins. Il possède un temple, des médiations royales et sacerdotales, peut-être même une représentation cultuelle.
Points essentiels :
⬢ Yhwh est prioritaire pour Israël/Juda, mais cette priorité n’est pas encore nécessairement l’exclusion ontologique de tous les autres dieux.
⬢ Le culte de Yhwh s’inscrit dans une logique proche-orientale : temple, présence divine, roi, prêtres, sanctuaire, objets cultuels.
⬢ Le système religieux ancien semble avoir été plus pluriel que la forme biblique canonique ne le laisse paraître.
⬢ Les textes bibliques eux-mêmes gardent la trace de polémiques contre les hauts lieux, les Asherah, les cultes domestiques, les cultes célestes.
Cette pluralité ne signifie pas simplement « polythéisme naïf ». Elle indique un régime religieux où l’identité de Yhwh se constitue dans un champ de relations avec d’autres puissances : El, Baal, Asherah, Reine du Ciel, hôtes célestes, anges, forces chaotiques.
3. Asherah : déesse, symbole, parèdre, arbre, trace
3.1. Le dossier archéologique et textuel
Le dossier d’Asherah est central. Plusieurs données bibliques et extra-bibliques suggèrent qu’Asherah était honorée en Israël et Juda, possiblement comme parèdre de Yhwh ou comme symbole cultuel lié à une puissance féminine divine.
Références majeures :
⬢ Kuntillet ‘Ajrud : inscriptions souvent lues comme évoquant « Yhwh et son Asherah ».
⬢ Khirbet el-Qom : autre inscription importante dans le dossier.
⬢ Textes bibliques : 1 R 15,13 ; 16,33 ; 2 R 13,6 ; 21,3.7 ; 23,6–7 ; autres passages où Asherah peut désigner une déesse, un poteau, un arbre sacré ou un objet cultuel.
⬢ Figurines féminines judéennes : elles ne prouvent pas automatiquement un culte d’Asherah, mais elles signalent une présence matérielle forte du féminin/fécondité/protection dans la religion domestique.
3.2. Les principaux auteurs
Saul M. Olyan, Asherah and the Cult of Yahweh in Israel Olyan est fondamental pour penser Asherah comme figure réellement intégrée au culte yahwiste ancien.
Judith M. Hadley, The Cult of Asherah in Ancient Israel and Judah Hadley examine les données bibliques, épigraphiques et archéologiques en faveur d’une déesse hébraïque.
William G. Dever, Did God Have a Wife? Dever popularise fortement l’hypothèse d’une religion populaire israélite où Asherah aurait joué un rôle réel. À utiliser avec prudence, mais le dossier archéologique reste précieux.
Susan Ackerman Utile pour la Reine du Ciel, les pratiques féminines, les rites domestiques et les textes de Jérémie.
Karel van der Toorn Important pour la religion familiale et domestique dans le Proche-Orient ancien.
Carol Meyers Complément sociologique majeur pour les femmes, les pratiques quotidiennes, l’économie domestique et la religion vécue.
3.3. Prudence interprétative
Asherah peut désigner :
⬢ une déesse ;
⬢ une parèdre de Yhwh ;
⬢ un symbole cultuel ;
⬢ un arbre sacré ;
⬢ un poteau ;
⬢ une hypostase ou puissance de fécondité ;
⬢ un signe matériel d’une présence divine féminine.
La difficulté est de ne pas réduire la question à une alternative binaire : « Asherah était une déesse » ou « Asherah était seulement un objet ». Dans les religions anciennes, l’objet cultuel n’est pas un simple objet : il peut porter, rendre présente, concentrer ou représenter une puissance divine.
Formule Q^ :
Asherah n’est pas seulement une personne divine ni seulement un objet ; elle fonctionne comme un nœud de portance entre déesse, arbre, symbole, fécondité, maison, sanctuaire et mémoire cultuelle.
4. La Reine du Ciel : religion populaire, femmes, exil et catastrophe
Jérémie 7 et Jérémie 44 sont essentiels. Dans Jérémie 44, des Judéens réfugiés en Égypte affirment que les malheurs ont commencé lorsqu’ils ont cessé d’honorer la Reine du Ciel.
Cela signifie qu’une partie du peuple interprète la catastrophe de 587 non comme punition de Yhwh, mais comme conséquence de l’abandon d’une déesse.
4.1. Tension herméneutique
Plusieurs lectures concurrentes de la catastrophe coexistent :
⬢ Lecture deutéronomiste : Juda est puni parce qu’il n’a pas servi Yhwh correctement.
⬢ Lecture populaire/dévote : la catastrophe vient de l’abandon de la Reine du Ciel.
⬢ Lecture deutéro-isaïenne : Yhwh n’est pas vaincu ; il contrôle même Babylone et Cyrus.
⬢ Lecture impériale reconfigurée : Yhwh remplace Marduk comme dieu qui choisit Cyrus.
4.2. Enjeu sociologique
La Reine du Ciel n’est pas seulement un motif théologique. Elle touche :
⬢ les femmes ;
⬢ la nourriture ;
⬢ les gâteaux/offrandes ;
⬢ la famille ;
⬢ la survie ;
⬢ l’exil ;
⬢ les pratiques domestiques ;
⬢ l’interprétation du malheur.
Lecture Q^ :
La Reine du Ciel est une zone de friction entre théologie officielle et portance domestique. Elle condense le pain, l’encens, les femmes, la faim, l’exil, la survie et la mémoire de la catastrophe.
5. La catastrophe de 587 av. J.-C. comme césure morphogénétique
La destruction de Jérusalem et du temple en 587 av. J.-C. constitue une fracture majeure. Elle oblige à recomposer la compréhension de Yhwh.
Trois problèmes surgissent :
⬢ Si Yhwh était le dieu de Jérusalem, pourquoi Jérusalem est-elle tombée ?
⬢ Les dieux babyloniens ont-ils vaincu Yhwh ?
⬢ Yhwh a-t-il lui-même envoyé Babylone pour juger Juda ?
Les traditions bibliques majoritaires répondent par une reconfiguration : Yhwh n’a pas été vaincu ; il a envoyé les nations contre Juda. Babylone n’est pas preuve de faiblesse divine, mais instrument du jugement.
Deutéro-Isaïe radicalise ce déplacement : Yhwh utilise même Cyrus, roi perse, comme son oint/messie politique.
6. Deutéro-Isaïe : Yhwh comme Dieu unique et maître des nations
Isaïe 40–55 est le laboratoire décisif de l’unicité de Yhwh. Le texte proclame :
Je suis Yhwh, il n’y en a pas d’autre.
Mais cette affirmation n’est pas une pure abstraction métaphysique. Elle s’inscrit dans un contexte historique : empire perse, chute de Babylone, retour possible, propagande royale de Cyrus.
Römer compare le rôle de Marduk dans le Cylindre de Cyrus et celui de Yhwh dans Deutéro-Isaïe. Dans les deux cas, une divinité choisit Cyrus, l’appelle par son nom, marche devant lui, lui donne les nations, restaure les exilés.
La nouveauté est que Deutéro-Isaïe attribue à Yhwh un rôle impérial-universel : Yhwh n’est plus seulement dieu national, il devient celui qui gouverne l’histoire mondiale.
6.1. Coût de cette universalisation
Si Yhwh est seul, il doit assumer :
⬢ les fonctions d’El ;
⬢ les fonctions de Baal ;
⬢ les fonctions royales de Marduk ;
⬢ les fonctions maternelles des déesses ;
⬢ les fonctions de fécondité ;
⬢ la création ;
⬢ le jugement ;
⬢ l’histoire des nations ;
⬢ la lumière ;
⬢ les ténèbres ;
⬢ parfois le mal ou le désastre.
La proclamation d’unicité produit donc une surcharge.
Formule Q^ :
Deutéro-Isaïe ne supprime pas le pluriel divin ; il le concentre en Yhwh.
7. Yhwh comme mère : transfert des fonctions de la déesse
Römer insiste sur plusieurs textes deutéro-isaïens où Yhwh reçoit des traits maternels :
⬢ Isaïe 49,15 : Yhwh comparé à une mère qui ne peut oublier son enfant.
⬢ Isaïe 46,3 : Israël porté depuis le sein.
⬢ Isaïe 42,14 : Yhwh comme femme en travail qui gémit, halète, enfante.
Dans Isaïe 42,13–14, le contraste est très fort : Yhwh est d’abord guerrier, puis femme en travail. Yhwh combine les attributs du dieu guerrier et de la déesse-mère.
7.1. Lecture théologique
Ce n’est pas seulement une métaphore douce. C’est une stratégie de recomposition : après la disparition ou la marginalisation d’Asherah, certaines fonctions féminines sont transférées à Yhwh.
Mais ce transfert ne produit pas une réelle bisexualité divine stable. Römer souligne que le Yhwh exclusiviste reste masculin. Le féminin est absorbé comme fonction, non reconnu comme partenaire autonome.
7.2. Lecture Q^
Le féminin divin est désubstantialisé puis fonctionnalisé : il n’est plus figure partenaire, mais mémoire maternelle, compassion, ventre, naissance, portance intégrée au Dieu masculin unique.
8. Zacharie 5 : expulsion, enfermement et déplacement de la déesse
La vision de Zacharie 5,5–11 montre une femme appelée « Wickedness » / « Méchanceté » enfermée dans un épha puis transportée vers Shinéar/Babylone par deux femmes ailées. Un temple ou une maison doit lui être construit là-bas.
Römer suit des lectures de Christoph Uehlinger et Diana Edelman : cette vision pourrait refléter l’expulsion de la déesse hors de Jérusalem. Le nom « Wickedness » pourrait même être une allusion ironique à Asherah.
8.1. Études complémentaires
Christoph Uehlinger, “Die Frau im Efa (Sach 5,5–11)” Lecture de la vision comme programme d’expulsion de la déesse.
Diana Edelman, “Proving Yahweh Killed His Wife (Zechariah 5:5–11)” Article provocateur qui lit la vision comme trace de la neutralisation d’Asherah.
J.J. White, “Image in Text: Interpreting the Ephah Vision of Zechariah 5:5–11” Étude récente qui renforce l’idée d’une image cultuelle transportée/retirée du temple.
8.2. Structure symbolique
La scène peut être lue comme une opération en quatre temps :
⬢ Identification : une femme apparaît.
⬢ Requalification : elle est nommée « Méchanceté ».
⬢ Compression : elle est enfermée dans un récipient de mesure, l’épha.
⬢ Déplacement : elle est transportée hors de Juda vers Babylone.
Elle n’est pas simplement détruite. Elle est exilée, déplacée, relocalisée dans un ailleurs.
Formule Q^ :
La déesse n’est pas effacée sans reste ; elle est compactée, renommée, enfermée, expulsée, puis maintenue comme trace active dans le texte.
9. Israël/Juda/Jérusalem comme épouse de Yhwh
Après la marginalisation de la déesse, une autre transformation apparaît : le couple divin est transféré sur le couple Yhwh–Israël.
Dans Osée, Jérémie, Ézéchiel, Israël/Juda/Jérusalem devient l’épouse de Yhwh. Mais cette épouse est souvent adultère, prostituée, infidèle, répudiée, punie, parfois restaurée.
9.1. Enjeu critique
Cette transformation est théologiquement lourde :
⬢ l’ancienne partenaire divine disparaît ;
⬢ le peuple prend la place de l’épouse ;
⬢ le féminin devient surface d’accusation ;
⬢ l’infidélité religieuse est sexualisée ;
⬢ les métaphores conjugales produisent des images violentes du féminin.
9.2. Lectures féministes à intégrer
Phyllis Trible, Texts of Terror Pour les récits de violence et la rhétorique biblique autour du féminin.
Mieke Bal, Lethal Love Pour la lecture narratologique et féministe des textes bibliques.
Athalya Brenner, The Israelite Woman et Feminist Companion to the Hebrew Bible Pour la construction textuelle du féminin dans la Bible hébraïque.
Tikva Frymer-Kensky, In the Wake of the Goddesses Pour la transformation des déesses dans la religion biblique.
Marie-Theres Wacker, Figurationen des Weiblichen im Hosea-Buch Pour la figuration du féminin dans Osée.
9.3. Formule critique
La disparition de la déesse ne produit pas seulement un Dieu masculin unique ; elle produit aussi une féminisation accusatoire du peuple.
10. Hokhmah / Sagesse / Sophia : retour sapiential du féminin divin
Proverbes 8 est un texte clé. La Sagesse y parle à la première personne. Elle est créée ou acquise par Yhwh au commencement, avant les œuvres du monde. Elle est auprès de lui comme artisan, enfant, compagne, médiation de la création.
Römer suggère que la Sagesse réassocie une figure féminine à Yhwh après la disparition d’Asherah.
10.1. Fonctions de la Sagesse
Hokhmah/Sagesse peut être lue comme :
⬢ personnification poétique ;
⬢ hypostase divine ;
⬢ figure féminine précréationnelle ;
⬢ médiation cosmique ;
⬢ partenaire de création ;
⬢ retour transformé d’une ancienne déesse ;
⬢ mémoire sublimée d’Asherah ;
⬢ pont vers Sophia hellénistique ;
⬢ matrice possible de certaines christologies du Logos.
10.2. Auteurs majeurs
Silvia Schroer, “Die göttliche Weisheit und der nachexilische Monotheismus” Référence centrale sur la Sagesse divine et le monothéisme postexilique.
Claudia V. Camp, Wisdom and the Feminine in the Book of Proverbs Référence majeure sur Woman Wisdom.
Marie-Theres Wacker Pour les traces de la déesse et les figurations du féminin.
Seth A. Bledsoe Pour les comparaisons sapientielles proche-orientales.
10.3. Lien possible avec Genèse 1,26–27
Römer ouvre une hypothèse spéculative : le pluriel de Genèse 1,26 — « Faisons l’humain à notre image » — pourrait-il refléter une configuration où Dieu créateur est associé à une figure féminine comme la Sagesse ? Puisque l’humain est créé mâle et femelle à l’image de Dieu, certains peuvent y lire une trace d’une image divine différenciée.
Cette hypothèse reste ouverte, non démonstrative. Elle est précieuse comme question, pas comme conclusion imposée.
Formule Q^ :
La déesse expulsée ne revient pas identique ; elle revient comme Sagesse, c’est-à-dire comme champ précréationnel, médiation d’ordre, voix féminine auprès de Yhwh.
11. Du féminin sapiential au Logos : éclipse, traduction, masculinisation ?
Un prolongement important concerne le passage de la Sagesse féminine au Logos johannique.
Dans Proverbes 8, la médiation créatrice est féminine : Hokhmah/Sophia. Dans Jean 1, la médiation créatrice est Logos, grammaticalement masculin dans le contexte christologique.
La question devient :
Le Logos johannique reprend-il les fonctions de la Sagesse en effaçant ou en masculinant leur portance féminine ?
Axes de recherche :
⬢ Proverbes 8 ;
⬢ Siracide 24 ;
⬢ Sagesse de Salomon 7–9 ;
⬢ Philon d’Alexandrie ;
⬢ Jean 1 ;
⬢ Christologie sapientiale ;
⬢ Sophia chrétienne ;
⬢ théologies féministes de la Sagesse.
Formule ouverte :
Le féminin sapiential ne disparaît pas simplement dans le Logos ; il peut être traduit, absorbé, transposé, christologisé, parfois éclipsé.
12. Yhwh, créateur du bien et du mal : Isaïe 45
Isaïe 45,7 est l’un des passages les plus puissants : Yhwh forme la lumière, crée les ténèbres, fait le shalom et crée le ra‘.
Le terme ra‘ peut signifier :
⬢ mal ;
⬢ malheur ;
⬢ désastre ;
⬢ calamité ;
⬢ guerre ;
⬢ chaos ;
⬢ catastrophe historique.
Deux lectures principales :
⬢ Lecture historique : Yhwh est responsable de la paix et de la guerre, du salut et de la catastrophe politique.
⬢ Lecture cosmique : Yhwh est responsable de l’ordre et du chaos, du bien et du mal.
La version de Qumrân remplaçant shalom par tob renforce la polarité bien/mal.
12.1. Enjeu théologique
Si Yhwh est le seul Dieu, le mal ne peut plus être attribué simplement à un autre dieu. Le monothéisme crée donc un problème nouveau : comment penser le mal sans diviser Dieu ?
Römer montre que la Bible hébraïque ne donne pas une réponse unique. Certains textes intègrent le mal à Yhwh ; d’autres maintiennent le chaos hors de lui ; d’autres introduisent Satan comme médiation adverse.
Formule Q^ :
L’unicité divine compresse aussi le mal. Mais le mal comprimé cherche des sorties : chaos préexistant, Satan, adversaire, anges rebelles, dualismes ultérieurs.
13. Genèse 1 : chaos bordé, non supprimé
Römer propose une lecture importante de Genèse 1. Contrairement à Isaïe 45, où Yhwh crée lumière et ténèbres, Genèse 1 présente les ténèbres et les eaux primordiales comme déjà là.
Dieu crée la lumière, sépare, nomme, ordonne, mais ne crée pas explicitement les ténèbres ni le tehom.
13.1. Implication
Genèse 1 n’est pas simplement création à partir de rien au sens métaphysique tardif. C’est une mise en ordre d’une situation chaotique.
Le chaos n’est pas annihilé. Il est bordé, séparé, contenu, intégré dans un monde ordonné.
13.2. Lecture MNL/Q^
⬢ Materia : les eaux, la terre, les formes, la portance matérielle.
⬢ Nox : ténèbres, abîme, tehom, latence non résolue.
⬢ Lux : lumière, séparation, apparition, ordre.
Formule :
Genèse 1 ne montre pas la victoire totale de la lumière ; il montre une modulation entre abîme, souffle, séparation et apparition.
14. Satan : externalisation progressive du mal
Römer analyse Job et Chroniques pour montrer comment le mal est progressivement extrait de Yhwh.
14.1. Job
Dans le prologue de Job, « le satan » n’est pas encore Satan comme nom propre. Il s’agit d’une fonction : l’adversaire, l’accusateur, l’inspecteur céleste.
Römer considère que les scènes avec le satan sont probablement insérées dans un récit plus ancien où Dieu lui-même frappait Job sans cause évidente. L’introduction du satan rend ce récit théologiquement plus supportable : le malheur n’est plus directement attribué à Yhwh seul.
14.2. 2 Samuel 24 / 1 Chroniques 21
Dans 2 Samuel 24, c’est la colère de Yhwh qui pousse David à faire le recensement. Dans 1 Chroniques 21, c’est Satan qui incite David.
La réécriture est claire : ce qui était attribué à Yhwh est transféré à Satan.
14.3. Études majeures
Peggy L. Day, An Adversary in Heaven Référence centrale sur le satan dans la Bible hébraïque.
Loren T. Stuckenbruck, The Myth of Rebellious Angels Pour les développements apocalyptiques et angéliques.
Archie T. Wright, The Origin of Evil Spirits Pour les traditions sur les esprits mauvais.
14.4. Formule Q^
Satan apparaît comme soupape théologique : il permet de sortir le mal de Yhwh sans revenir officiellement à un polythéisme classique.
15. Le concept de monothéisme : nécessaire mais insuffisant
Römer n’est pas seul. Plusieurs chercheurs critiquent ou complexifient l’usage du terme « monothéisme ».
15.1. Mark S. Smith
Ouvrages :
⬢ The Early History of God ;
⬢ The Origins of Biblical Monotheism ;
⬢ articles sur la redéfinition de la divinité en Israël.
Smith montre que Yhwh absorbe des traits d’El, de Baal et d’autres figures. Le monothéisme biblique se construit par fusion, transfert, absorption et redéfinition.
15.2. Nathan MacDonald
Deuteronomy and the Meaning of Monotheism MacDonald montre que le mot monothéisme ne suffit pas. Il faut lire les textes selon leurs rhétoriques propres, notamment le Deutéronome.
15.3. Rainer Albertz
A History of Israelite Religion in the Old Testament Period Albertz est utile pour articuler religion familiale, religion officielle, exil, réforme et diversité sociale des pratiques.
15.4. Jan Assmann
The Price of Monotheism ; Moses the Egyptian Assmann pense le monothéisme comme distinction, vérité/fausseté, rupture avec les cultes antérieurs. Il est utile, mais parfois trop systématique ; à croiser avec des données bibliques et archéologiques précises.
15.5. Catégories alternatives
Au lieu de demander seulement si un texte est monothéiste, il faut distinguer :
⬢ monolâtrie ;
⬢ hénothéisme ;
⬢ monothéisme rhétorique ;
⬢ monothéisme cultuel ;
⬢ monothéisme polémique ;
⬢ monothéisme impérial ;
⬢ monothéisme sapiential ;
⬢ monothéisme sacerdotal ;
⬢ monothéisme existentiel ;
⬢ exclusivisme yahwiste ;
⬢ unicité théologique ;
⬢ unicité cosmique.
Question plus fine :
Quel type d’unicité ce texte produit-il localement ?
16. Lecture féministe : effacement, retour, critique du mono-masculin
Les lectures féministes permettent de prolonger Römer. Elles ne remplacent pas l’analyse historique, mais elles rendent visibles les effets symboliques du processus.
16.1. Phyllis Trible
Trible travaille sur les images féminines de Dieu et sur les textes de terreur. Elle permet de lire les métaphores féminines non comme simples ornements, mais comme lieux de tension théologique.
16.2. Tikva Frymer-Kensky
Dans In the Wake of the Goddesses, Frymer-Kensky analyse ce qui arrive aux femmes et aux déesses lorsque les déesses disparaissent du système symbolique biblique.
16.3. Mieke Bal
Bal permet une lecture narratologique du féminin comme construction textuelle, parfois prise dans des dispositifs de violence ou d’amour létal.
16.4. Athalya Brenner
Brenner offre un corpus collectif de lectures féministes de la Bible hébraïque, utile pour les métaphores conjugales, sexuelles et politiques.
16.5. Deborah Sawyer
Sawyer examine les rapports entre Dieu, genre et textes bibliques, notamment la manière dont les figures féminines servent des constructions théologiques.
16.6. Luce Irigaray
Irigaray n’est pas une exégète biblique au sens strict, mais elle donne un outil conceptuel puissant pour penser :
⬢ l’effacement du féminin comme sujet symbolique ;
⬢ la réduction du féminin à miroir du masculin ;
⬢ le problème d’un Dieu pensé dans une grammaire mono-masculine ;
⬢ la nécessité d’un lieu symbolique pour le féminin ;
⬢ la différence sexuelle comme irréductible à une simple fonction du masculin.
Croisement Römer × Irigaray :
Römer montre historiquement le déplacement des fonctions de la déesse ; Irigaray permet de penser ce que produit symboliquement cette absorption : un féminin sans lieu propre, devenu attribut, métaphore, épouse infidèle ou médiation abstraite.
17. Margaret Barker : la Dame du Temple
Margaret Barker propose une hypothèse forte : une figure féminine divine, liée à la Dame du Temple, à Asherah, à la Sagesse et peut-être à des traditions mariales ultérieures, aurait été centrale dans une ancienne théologie du Premier Temple, puis marginalisée par les réformes deutéronomistes.
Ouvrages :
⬢ The Great Angel ;
⬢ The Older Testament ;
⬢ The Mother of the Lord ;
⬢ travaux sur Temple Theology, Wisdom, Lady in the Temple.
17.1. Intérêt
Barker amplifie l’hypothèse d’une continuité entre :
⬢ Asherah ;
⬢ la Dame du Temple ;
⬢ la Sagesse ;
⬢ la Reine du Ciel ;
⬢ certaines traditions mariales ;
⬢ l’imaginaire du temple ancien.
17.2. Prudence
Barker est plus spéculative que Römer, Smith, Hadley ou Olyan. Elle est très féconde pour ouvrir des résonances, mais elle demande triangulation et prudence historique.
Formule :
Barker ne ferme pas le dossier ; elle intensifie la possibilité d’une mémoire féminine divine plus profonde dans l’ancien temple.
18. Chaînes morphogénétiques possibles
18.1. Chaîne du féminin divin
Asherah cultuelle
→ Reine du Ciel populaire/domestique
→ Femme expulsée de Zacharie 5
→ Fonctions maternelles transférées à Yhwh
→ Israël/Jérusalem comme épouse infidèle
→ Hokhmah/Sagesse comme figure féminine précréationnelle
→ Sophia hellénistique
→ Logos christologique / possible éclipse du féminin
→ Marie / Ecclesia / Pneuma dans les traditions ultérieures
Cette chaîne ne signifie pas identité continue. Elle indique une série de translations, survivances, recodages et réapparitions.
18.2. Chaîne du mal
Malheur attribué directement à Yhwh
→ Yhwh créateur du ra‘ dans Isaïe 45
→ Chaos préexistant/bordé dans Genèse 1
→ Le satan comme fonction céleste dans Job
→ Satan comme agent plus autonome dans Chroniques
→ Développements apocalyptiques
→ Dualismes postérieurs
18.3. Chaîne du monothéisme
Yhwh dieu national
→ Yhwh prioritaire parmi les dieux
→ centralisation cultuelle
→ crise de 587
→ Yhwh maître de Babylone et de Cyrus
→ Yhwh seul Dieu chez Deutéro-Isaïe
→ intégration du féminin et du mal
→ retours sapientiaux et sataniques
→ monothéismes juifs ultérieurs pluriels
19. Arguments favorables à l’hypothèse d’un féminin divin déplacé
19.1. Argument archéologique
Les inscriptions, figurines, arbres sacrés et objets cultuels suggèrent une religion vécue plus complexe que le monothéisme canonique tardif.
19.2. Argument textuel
Les polémiques bibliques contre Asherah, la Reine du Ciel et les hauts lieux indiquent que ces pratiques étaient réelles et significatives.
19.3. Argument prophétique
Jérémie 44 montre qu’une partie du peuple interprétait sa survie et son malheur en lien avec la Reine du Ciel.
19.4. Argument deutéro-isaïen
Yhwh reçoit des traits maternels après la disparition de la déesse.
19.5. Argument sapiential
Proverbes 8 présente une figure féminine précréationnelle auprès de Yhwh.
19.6. Argument narratif-féministe
L’ancienne partenaire divine est remplacée par Israël/Jérusalem comme épouse infidèle, ce qui transforme le féminin en surface d’accusation.
19.7. Argument morphodynamique
Une suppression totale laisserait peu de traces. Or les traces sont multiples : cultuelles, textuelles, sapientielles, métaphoriques, polémiques, iconographiques.
20. Arguments de prudence et objections
20.1. Asherah n’est pas toujours une déesse nommée
Dans certains textes, Asherah peut désigner un objet cultuel. Cela n’annule pas l’hypothèse divine, mais interdit l’identification automatique.
20.2. « Yhwh et son Asherah » ne prouve pas mécaniquement « Yhwh et sa femme »
La formule peut désigner une déesse, un symbole, une représentation, un sanctuaire, un attribut cultuel.
20.3. La Sagesse n’est pas simplement Asherah
Hokhmah peut être une personnification littéraire. Le lien avec Asherah est plausible mais non démontrable comme continuité simple.
20.4. Zacharie 5 reste discuté
La femme dans l’épha peut être lue comme déesse expulsée, mais aussi comme personnification de l’impiété, du péché collectif, de l’injustice ou de l’idolâtrie.
20.5. Les lectures féministes peuvent projeter des catégories modernes
Elles sont nécessaires pour penser les effets symboliques, mais elles doivent être distinguées de la reconstruction historique stricte.
20.6. Le monothéisme n’est pas un bloc
Il existe plusieurs monothéismes bibliques : deutéro-isaïen, deutéronomiste, sacerdotal, sapiential, apocalyptique, liturgique, philosophique ultérieur.
21. Matrice Q^ d’analyse
21.1. Q^FACT — noyau factuel
⬢ Römer critique l’usage trop simple de « monothéisme ».
⬢ Il situe Deutéro-Isaïe comme moment fort de l’unicité de Yhwh.
⬢ Il relie cette unicité à l’absorption de fonctions de la déesse et des puissances sombres.
⬢ Il lit la Sagesse et Satan comme retours/reconfigurations de ces fonctions.
21.2. Q^TEXT — texture biblique
Textes principaux :
⬢ Jérémie 7 ; 44 : Reine du Ciel.
⬢ Isaïe 40–55 : Yhwh unique, Cyrus, fonctions maternelles, ra‘.
⬢ Isaïe 42,13–14 ; 46,3 ; 49,15 ; 45,7.
⬢ Zacharie 5,5–11 : femme dans l’épha.
⬢ Proverbes 8 : Sagesse précréationnelle.
⬢ Genèse 1 : lumière, ténèbres, tehom.
⬢ Job 1–2 : le satan.
⬢ 2 Samuel 24 / 1 Chroniques 21 : transfert de Yhwh à Satan.
⬢ Osée, Jérémie, Ézéchiel : Israël/Jérusalem épouse infidèle.
21.3. Q^HIST — histoire religieuse
⬢ Yahwisme monarchique pluriel.
⬢ Centralisation josianique discutée.
⬢ Catastrophe de 587.
⬢ Époque perse.
⬢ Relecture de Cyrus.
⬢ Formation du judaïsme.
⬢ Reconfiguration des médiations.
21.4. Q^FEM — féminin divin
⬢ Asherah comme déesse/symbole/trace.
⬢ Reine du Ciel comme culte populaire/domestique.
⬢ Yhwh maternel.
⬢ Israël épouse infidèle.
⬢ Hokhmah/Sophia.
⬢ Marie/Reine du Ciel en résonance ultérieure, avec prudence historique.
21.5. Q^CHAOS — mal et chaos
⬢ Ra‘ chez Isaïe.
⬢ Ténèbres et tehom dans Genèse 1.
⬢ Satan dans Job.
⬢ Satan dans Chroniques.
⬢ Développements postbibliques.
21.6. Q^MORPH — morphodynamique
⬢ Absorption.
⬢ Compression.
⬢ Déplacement.
⬢ Externalisation.
⬢ Requalification.
⬢ Retour sous autre forme.
⬢ Médiation.
⬢ Restes non clos.
21.7. Q^BRANCH — branches ouvertes
⬢ Asherah comme parèdre historique.
⬢ Asherah comme symbole cultuel d’une puissance féminine.
⬢ Sagesse comme retour littéraire de la déesse.
⬢ Sagesse comme simple personnification poétique.
⬢ Satan comme solution au problème du mal.
⬢ Genèse 1 comme résistance sacerdotale à Isaïe 45.
⬢ Monothéisme comme concentration instable.
⬢ Féminin biblique comme lieu d’accusation après disparition de la déesse.
⬢ Logos comme reprise/éclipse de Sophia.
⬢ Marie comme réactivation tardive de motifs de Reine/Sagesse, sans continuité directe simple.
22. Formulations fortes utilisables
22.1. Formule courte
Le monothéisme biblique ne supprime pas les anciennes puissances ; il les compresse, les redistribue et les laisse revenir sous d’autres figures.
22.2. Formule Asherah
Asherah n’est pas seulement une déesse perdue ; elle est une trace mobile : arbre, parèdre, symbole, Reine, femme expulsée, mémoire sapientiale.
22.3. Formule Sagesse
La Sagesse de Proverbes 8 peut être lue comme un retour acceptable du féminin divin dans un cadre monothéiste devenu trop strict pour accueillir une déesse cultuelle.
22.4. Formule Satan
Satan apparaît comme l’une des solutions textuelles à la surcharge du Dieu unique : il extrait le mal de Yhwh sans rétablir officiellement un polythéisme.
22.5. Formule féministe
Lorsque la déesse disparaît, le féminin ne disparaît pas : il devient ventre de Yhwh, épouse infidèle, ville prostituée, Sagesse précréationnelle ou médiation silencieuse.
22.6. Formule Q^
Yhwh unique n’annule pas Asherah ; il la compresse. La compression produit Sagesse, Reine déplacée, épouse accusée, mère métaphorique. Yhwh unique n’annule pas le chaos ; il le borde, l’absorbe parfois, puis le délègue. La compression produit Satan, tehom, ra‘, obscurité résiduelle.
23. Plan possible pour une étude longue
Introduction
⬢ Problème du mot monothéisme.
⬢ Présentation de Römer.
⬢ Hypothèse : le monothéisme biblique comme recomposition instable.
Partie I — Avant l’unicité : Yhwh dans le champ religieux levantin
⬢ Dieu national.
⬢ Temple, roi, prêtres.
⬢ El, Baal, Asherah.
⬢ Religion domestique/populaire.
Partie II — Asherah et la Reine du Ciel
⬢ Données bibliques.
⬢ Données archéologiques.
⬢ Kuntillet ‘Ajrud, Khirbet el-Qom.
⬢ Jérémie 44.
⬢ Femmes, gâteaux, encens, survie.
Partie III — La catastrophe de 587 et la recomposition de Yhwh
⬢ Chute de Jérusalem.
⬢ Yhwh vaincu ou Yhwh juge ?
⬢ Deutéro-Isaïe.
⬢ Cyrus.
⬢ Yhwh maître des nations.
Partie IV — Absorption du féminin
⬢ Yhwh mère.
⬢ Yhwh femme en travail.
⬢ Disparition d’Asherah.
⬢ Israël épouse infidèle.
⬢ Critique féministe.
Partie V — Retour sapiential
⬢ Proverbes 8.
⬢ Hokhmah/Sophia.
⬢ Sagesse et création.
⬢ Sagesse et Asherah.
⬢ Sophia/Logos.
Partie VI — Le problème du mal
⬢ Isaïe 45.
⬢ Ra‘.
⬢ Genèse 1.
⬢ Job.
⬢ Satan.
⬢ Chroniques.
Partie VII — Q^ : champ, compression, restes
⬢ Monothéisme comme champ de concentration.
⬢ Restes féminins.
⬢ Restes chaotiques.
⬢ Médiations.
⬢ Non-linéarité.
Conclusion
⬢ Le monothéisme biblique comme tension, non comme pure victoire doctrinale.
⬢ La déesse et le mal comme deux limites de l’unicité.
⬢ Ouverture vers théologie, féminisme, Sophia, Esprit, Marie, Pneuma.
24. Bibliographie thématique
24.1. Römer et monothéisme biblique
⬢ Römer, Thomas C. “Yhwh, the Goddess and Evil: Is ‘monotheism’ an adequate concept to describe the Hebrew Bible’s discourses about the God of Israel?” Verbum et Ecclesia 34/2, 2013.
⬢ Römer, Thomas. L’invention de Dieu. Paris : Seuil, 2014.
⬢ Römer, Thomas, éd. Enquête sur le Dieu unique. Paris : Bayard, 2010.
⬢ MacDonald, Nathan. Deuteronomy and the Meaning of Monotheism. Tübingen : Mohr Siebeck, 2003.
⬢ Stolz, Fritz. Einführung in den biblischen Monotheismus. Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1996.
⬢ Smith, Mark S. The Early History of God. 2e éd. Grand Rapids : Eerdmans, 2002.
⬢ Smith, Mark S. The Origins of Biblical Monotheism. Oxford : Oxford University Press, 2001.
⬢ Albertz, Rainer. A History of Israelite Religion in the Old Testament Period. Louisville : Westminster John Knox, 1994.
⬢ Assmann, Jan. The Price of Monotheism. Stanford : Stanford University Press, 2010.
24.2. Asherah, Reine du Ciel, religion populaire
⬢ Olyan, Saul M. Asherah and the Cult of Yahweh in Israel. Atlanta : Scholars Press, 1988.
⬢ Hadley, Judith M. The Cult of Asherah in Ancient Israel and Judah. Cambridge : Cambridge University Press, 2000.
⬢ Dever, William G. Did God Have a Wife? Archaeology and Folk Religion in Ancient Israel. Grand Rapids : Eerdmans, 2005.
⬢ Ackerman, Susan. “‘And the Women Knead Dough’: The Worship of the Queen of Heaven in Sixth-Century Judah.” In Gender and Difference in Ancient Israel, 1989.
⬢ Koch, Klaus. “Aschera als Himmelskönigin in Jerusalem.” Ugarit-Forschungen 20, 1988.
⬢ van der Toorn, Karel. Family Religion in Babylonia, Syria and Israel. Leiden : Brill, 1996.
⬢ Meyers, Carol. Discovering Eve: Ancient Israelite Women in Context. Oxford : Oxford University Press, 1988.
⬢ Smoak, Jeremy. “Religion at Kuntillet ‘Ajrud.” Religions 10/3, 2019.
24.3. Zacharie 5 et expulsion de la déesse
⬢ Uehlinger, Christoph. “Die Frau im Efa (Sach 5,5–11). Eine Programmvision von der Abschiebung der Göttin.” Bibel und Kirche 49, 1994.
⬢ Edelman, Diana. “Proving Yahweh Killed His Wife (Zechariah 5:5–11).” Biblical Interpretation 11, 2003.
⬢ White, J.J. “Image in Text: Interpreting the Ephah Vision of Zechariah 5:5–11.” Journal of Biblical Literature 137/4, 2018.
24.4. Sagesse, Sophia, féminin sapiential
⬢ Schroer, Silvia. “Die göttliche Weisheit und der nachexilische Monotheismus.” In Der eine Gott und die Göttin, 1991.
⬢ Camp, Claudia V. Wisdom and the Feminine in the Book of Proverbs. Sheffield : Almond Press, 1985.
⬢ Wacker, Marie-Theres. “Spuren der Göttin im Hoseabuch.” In Ein Gott allein?, 1994.
⬢ Wacker, Marie-Theres. Figurationen des Weiblichen im Hosea-Buch. Freiburg : Herder, 1996.
⬢ Bledsoe, Seth A. “Can Ahiqar Tell Us Anything about Personified Wisdom?” Journal of Biblical Literature 132/1, 2013.
⬢ Park, Cheongsoo. “An Eclipse of Femininity in the Description of the Logos: A Comparative Analysis of Personified Wisdom in Proverbs 8:22–31 and the Logos in John 1:1–3.” 2021.
24.5. Satan, mal, chaos
⬢ Day, Peggy L. An Adversary in Heaven: śāṭān in the Hebrew Bible. Atlanta : Scholars Press, 1988.
⬢ Wright, Archie T. The Origin of Evil Spirits. Tübingen : Mohr Siebeck, 2005.
⬢ Stuckenbruck, Loren T. The Myth of Rebellious Angels. Grand Rapids : Eerdmans, 2017.
⬢ Zenger, Erich. Gottes Bogen in den Wolken. Stuttgart : Katholisches Bibelwerk, 1983.
⬢ Leuenberger, Martin. Ich bin Jhwh und keiner sonst. Stuttgart : Katholisches Bibelwerk, 2010.
24.6. Lectures féministes et genre biblique
⬢ Trible, Phyllis. God and the Rhetoric of Sexuality. Philadelphia : Fortress Press, 1978.
⬢ Trible, Phyllis. Texts of Terror. Philadelphia : Fortress Press, 1984.
⬢ Frymer-Kensky, Tikva. In the Wake of the Goddesses. New York : Free Press, 1992.
⬢ Bal, Mieke. Lethal Love: Feminist Literary Readings of Biblical Love Stories. Bloomington : Indiana University Press, 1987.
⬢ Brenner, Athalya. The Israelite Woman. Sheffield : JSOT Press, 1985.
⬢ Sawyer, Deborah F. God, Gender and the Bible. London : Routledge, 2002.
⬢ Irigaray, Luce. Speculum de l’autre femme. Paris : Minuit, 1974.
⬢ Irigaray, Luce. Éthique de la différence sexuelle. Paris : Minuit, 1984.
⬢ Irigaray, Luce. Sexes et parentés. Paris : Minuit, 1987.
24.7. Temple, Dame, théologie spéculative prudente
⬢ Barker, Margaret. The Great Angel. Louisville : Westminster John Knox, 1992.
⬢ Barker, Margaret. The Older Testament. London : SPCK, 1987.
⬢ Barker, Margaret. The Mother of the Lord. London : Bloomsbury T&T Clark, 2012.
25. Conclusion générale
Le fil de lecture ouvert par Römer permet de penser le monothéisme biblique non comme une ligne droite ni comme une pure victoire théologique, mais comme un processus de recomposition post-catastrophique.
Yhwh devient unique, mais cette unicité n’est pas simple. Elle concentre des fonctions auparavant distribuées entre plusieurs figures : dieux nationaux, déesses, puissances du chaos, médiations célestes, figures maternelles et sapientielles. Cette concentration ne se stabilise jamais complètement.
Le féminin divin ne disparaît pas : il se déplace. Il passe par Asherah, Reine du Ciel, la femme expulsée de Zacharie 5, les métaphores maternelles de Yhwh, Israël/Jérusalem épouse infidèle, Hokhmah/Sophia, puis les prolongements sapientiaux, christologiques, pneumatiques ou mariaux.
Le mal ne disparaît pas non plus : il est parfois assumé par Yhwh, parfois laissé dans le chaos, parfois médiatisé par le satan, puis progressivement autonomisé.
La question décisive n’est donc pas :
La Bible est-elle monothéiste ?
mais plutôt :
Quels restes, quelles anciennes puissances, quelles figures déplacées et quels champs non résolus le discours du Dieu unique doit-il encore porter ?
Formule finale :
Le monothéisme biblique apparaît comme une compaction instable du champ divin : il affirme Yhwh seul, mais laisse revenir, sous d’autres formes, la déesse, la Sagesse, le chaos, le mal et les médiations. Ce n’est pas une fermeture ; c’est une tension scripturaire durable.