Thomas Römer — Bible, violence, sexualité
Lecture factuelle de l’entretien avec Thomas Römer, complétée par une analyse T^ × MNL^ × MCPP^.

Texte documentaire extrait de la source
Entretien vidéo avec Thomas Römer, publié sous le titre : Le CÔTÉ OBSCUR de la BIBLE : CRUAUTÉ, SEXE et VIOLENCE.
Page Ausha contenant la transcription et les chapitres de l’entretien.
Compte rendu / recension autour de Thomas Römer et de Dieu obscur. Source utilisée uniquement pour contextualiser les thèmes, non pour remplacer l’interview.
Römer insiste sur le fait que la Bible n’est pas un livre unique, mais une collection de textes, traditions et livres organisés progressivement.
Tanakh juif, Bibles catholiques, protestantes et orthodoxes ne sont pas strictement identiques. L’ordre des livres modifie aussi la lecture.
Les textes bibliques résultent de processus longs : oralité, mise par écrit, recopie, variantes, réécritures, interprétations.
L’historicité moderne n’épuise pas la valeur des récits bibliques. Un récit peut dire quelque chose de l’humain sans être vérifiable comme chronique historique.
Genèse 1 et Genèse 2 ne racontent pas la création humaine de la même manière. La Bible conserve plusieurs récits.
Adam n’est pas d’abord un prénom masculin moderne : le terme renvoie à l’humain, au terrien, avant la différenciation homme/femme.
Römer affirme que Sodome ne parle pas d’homosexualité au sens moderne, mais d’agression, de viol, d’humiliation et de violation de l’hospitalité.
Le modèle d’un couple biblique unique et naturel est réducteur. Le Cantique des Cantiques ouvre notamment une autre lecture du désir.
La Bible conserve tensions, variantes, marges et débats. Cette pluralité peut fonctionner comme antidote au fondamentalisme.
Römer refuse l’opposition simpliste entre Ancien Testament violent et Nouveau Testament doux.
L’introduction annonce les thèmes de l’entretien : sexualité, plaisir, Sodome, Adam, place des femmes, statut des personnages bibliques, rapport entre Bible et certitude. Le ton est celui d’une accroche éditoriale destinée à ouvrir l’épisode.
Le titre de l’épisode et les formulations d’ouverture sont plus sensationnels que la position réelle de Römer.
Römer ne formule pas une thèse complotiste selon laquelle la Bible aurait simplement été manipulée.
L’intervieweuse présente Thomas Römer comme spécialiste de l’Ancien Testament et auteur de plusieurs ouvrages, notamment L’Invention de Dieu, Dieu obscur, et des travaux sur l’homosexualité dans le Proche-Orient ancien et la Bible.
Cette présentation vient de l’intervieweuse. Il faut distinguer l’introduction biographique de ce que Römer développe ensuite.
Enfance, protestantisme, Bible familiale
Römer évoque ses origines allemandes, une famille protestante, un environnement marqué par la lecture biblique et certaines pratiques de piété. Il raconte notamment le rapport familial à la Bible comme texte à interpréter.
La Bible n’est pas présentée comme un objet immédiatement transparent, mais comme un texte qui demande interprétation.
Römer explique que la Bible n’est pas un livre unique, mais une bibliothèque. Elle rassemble des livres différents, transmis et regroupés progressivement.
Il distingue le Tanakh juif, composé de la Torah, des Nevi’im et des Ketuvim, des organisations chrétiennes de l’Ancien Testament. Il rappelle aussi les différences entre Bibles catholiques, protestantes et orthodoxes.
Même lorsque les textes sont proches, l’ordre des livres produit déjà une interprétation.
Auteurs, composition, transmission
Römer insiste sur la pluralité des auteurs et sur la longue durée de composition des textes bibliques. Un livre comme la Genèse n’a pas été écrit d’un seul trait.
Il évoque l’oralité, la mise par écrit, la recopie, les variantes, les ajouts et les réinterprétations. Il faut comprendre ces phénomènes comme des processus normaux d’histoire textuelle.
Il ne faut pas traduire cela par : la Bible serait simplement falsifiée ou manipulée au sens moderne.
Historicité des personnages bibliques
Römer déplace la question de l’existence historique des personnages. Il explique que l’historicité est une question moderne et qu’un récit peut être vrai autrement que comme chronique factuelle.
Il prend l’exemple de Caïn et Abel : même si le récit n’est pas vérifiable comme événement historique, il dit quelque chose de la jalousie, de la violence et de l’humain.
Il ne nie pas toute historicité biblique : certains rois ou événements peuvent être mis en relation avec des inscriptions assyriennes ou babyloniennes.
Que cherche-t-on dans la Bible ?
Römer invite à rencontrer d’abord le texte lui-même, avant de passer aux commentaires. Il décrit la Bible comme un vis-à-vis qui interroge, déplace et accompagne.
Sa position n’est pas anti-savante : il est historien et philologue, mais il distingue le contact initial avec le texte et le travail académique.
Römer refuse une lecture créationniste littérale de Genèse 1. Il replace le récit dans une cosmologie ancienne.
Il souligne que Genèse 1 et Genèse 2 ne racontent pas exactement la création humaine de la même manière. La Bible conserve donc plusieurs récits d’origine.
La question n’est pas seulement : est-ce arrivé exactement ainsi ? La question devient : que signifie ce récit dans son contexte ?
Adam : humain, terrien, différenciation
Römer rappelle qu’Adam n’est pas d’abord un prénom masculin au sens moderne. Le terme renvoie à l’humain, au terrien.
Il explique que le mot souvent traduit par côte peut aussi être compris comme côté. La création de la femme peut donc être lue comme différenciation d’un humain initial, avant l’apparition du couple ish / isha.
Il mentionne des lectures rabbiniques parlant d’un être androgyne ou asexué, tout en restant prudent.
Intersexes, transgenres et vis-à-vis
Face aux lectures fondamentalistes de « homme et femme », Römer déplace l’enjeu vers la formule : il n’est pas bon que l’humain soit seul.
L’idée centrale devient celle du vis-à-vis, de la sortie de la solitude, plus que celle d’un modèle unique de couple. Il rapproche ce motif d’autres récits anciens, notamment Gilgamesh et Enkidu.
Il faut éviter de projeter trop directement les catégories contemporaines sur les textes anciens.
Römer affirme que Sodome et Gomorrhe n’ont rien à voir avec l’homosexualité au sens moderne.
Le récit concerne l’agression de visiteurs, la menace de viol, l’humiliation et la violation de l’hospitalité. Le concept moderne d’homosexualité n’est pas celui des auteurs bibliques.
Römer distingue violence sexuelle, domination, humiliation et orientation sexuelle.
Lévitique et rapports hommes-hommes
Römer analyse les interdits du Lévitique dans un cadre ancien de hiérarchie de genre et de positions sociales.
Le problème n’est pas formulé dans les termes modernes d’orientation sexuelle. Il concerne plutôt l’idée qu’un homme soit placé dans une position socialement assimilée à celle d’une femme.
Prudence sur les rapprochements avec la pédérastie grecque et avec les catégories modernes.
Römer évoque les eunuques comme figures connues du monde antique. Il mentionne aussi les assinnu, liés notamment à des contextes religieux mésopotamiens et à la figure d’Ishtar.
Il ne faut pas traduire automatiquement ces catégories anciennes par les catégories modernes de transidentité.
Römer critique l’idée d’un modèle biblique unique du couple. Il reconnaît l’importance de la reproduction dans certains textes, mais refuse de réduire toute sexualité biblique à la procréation.
Le Cantique des Cantiques est présenté comme un texte majeur du désir, du plaisir et de la parole amoureuse, sans correspondre au modèle d’un couple marié standard.
Il ne dit pas que la Bible n’a aucune norme. Il dit que la Bible est plus plurielle que certaines constructions doctrinales ultérieures.
Römer reconnaît le cadre patriarcal des sociétés bibliques, mais souligne que plusieurs femmes bibliques agissent, décident, orientent les récits.
Exemples à mentionner : Sarah, Agar, Léa, Rachel, Rebecca.
Ne pas effacer le patriarcat ; ne pas réduire non plus les femmes bibliques à une passivité uniforme.
Pluralité interne et anti-fondamentalisme
Römer insiste sur le fait que la Bible conserve des tensions, des variantes et des pluralités internes.
Il mentionne notamment les deux récits de création et les quatre évangiles. La pluralité n’est pas simplement extérieure au texte ; elle est conservée dans le texte.
L’intervieweuse formule l’idée que la Bible contient un antidote au fondamentalisme ; Römer va dans ce sens en valorisant le débat interprétatif.
Hébreu consonantique, voyelles, Qumran
Römer explique que l’hébreu ancien s’écrivait d’abord principalement avec des consonnes. Les voyelles ont été ajoutées plus tard pour stabiliser la lecture.
Cette situation ouvre un espace interprétatif. Il évoque aussi les manuscrits de Qumran comme témoins matériels anciens, mais non comme origine absolue des textes.
Qumran permet d’observer des variantes et une histoire de transmission déjà en cours.
Römer distingue plusieurs sens du mot sacré. Si sacré signifie intouchable, il prend ses distances. Si sacré signifie mis à part, la Bible garde un statut particulier.
Il affirme qu’il faut parfois défendre la Bible contre certains interprètes, notamment lorsque des lectures imposées ont traumatisé des personnes.
Il ne réduit pas la Bible à un texte banal ; il refuse surtout son enfermement dans des lectures autoritaires.
Römer dit aimer le livre de Jonas. Il y voit un texte qui déstabilise les certitudes théologiques, notamment parce que Dieu peut changer d’avis.
Jonas annonce la destruction de Ninive, mais Dieu renonce à détruire la ville. Le récit travaille donc la question de la prophétie, de la miséricorde et de la surprise théologique.
Römer corrige la formulation de l’intervieweuse : son livre ne s’intitule pas Dieu, une invention humaine, mais L’Invention de Dieu.
Il donne au mot invention un double sens : invention comme construction, mais aussi invention comme découverte. Le livre interroge historiquement l’origine du dieu biblique Yahvé.
Ne pas simplifier le propos en : Dieu serait simplement fabriqué.
Dieu violent, Ancien et Nouveau Testament
Römer refuse l’opposition simpliste entre un Ancien Testament violent et un Nouveau Testament miséricordieux.
Jonas montre déjà une figure de miséricorde dans l’Ancien Testament. À l’inverse, Matthieu 25 et l’Apocalypse montrent que le Nouveau Testament contient aussi jugement, violence ou guerre cosmique.
Römer met en garde contre les lectures antijudaïques qui opposeraient le Dieu des Juifs au Dieu des chrétiens.
Römer dit qu’il aimerait rencontrer le dernier rédacteur du Pentateuque, ou les auteurs et rédacteurs bibliques, pour confronter ses hypothèses de chercheur.
À propos de Noël, il en parle comme d’une fête de lumière, de lien et de traditions multiples, malgré son aspect commercial.
Les textes bibliques ont une histoire rédactionnelle.
Les traditions bibliques ont été transmises, recopiées, reprises et réinterprétées.
Les récits peuvent avoir une vérité narrative sans être des chroniques historiques.
Genèse 1 et Genèse 2 conservent des récits différents.
Adam renvoie d’abord à l’humain / au terrien.
Sodome ne parle pas d’homosexualité au sens moderne.
Le modèle d’un couple biblique unique est réducteur.
La Bible conserve des tensions et des pluralités internes.
Il faut éviter l’opposition Ancien Testament violent / Nouveau Testament doux.
Il ne dit pas que la Bible est simplement fausse.
Il ne dit pas que tout aurait été manipulé par complot.
Il ne dit pas que les catégories LGBT modernes se trouvent telles quelles dans la Bible.
Il ne dit pas que Sodome serait un texte sur l’homosexualité.
Il ne dit pas que la Bible n’a plus aucun statut sacré.
Il ne dit pas que l’Ancien Testament serait mauvais et le Nouveau Testament bon.
Il ne dit pas que l’histoire des textes annule toute valeur religieuse, littéraire ou existentielle.
Tanakh, Septante, Bibles catholiques, protestantes et orthodoxes : la Bible existe à travers plusieurs organisations textuelles et traditions de réception.
Les livres bibliques portent des traces de composition, de reprise, de juxtaposition et de réinterprétation.
Adam, ish, isha, tsela, humain, terrien, côté/côte : les choix de traduction modifient profondément la lecture théologique et anthropologique.
Sodome, Lévitique, eunuques, assinnu, Cantique des Cantiques : les textes bibliques et proche-orientaux anciens ne se laissent pas réduire aux catégories modernes.
Les passages violents doivent être replacés dans leurs contextes littéraires, historiques, politiques et théologiques.
La Bible conserve des désaccords internes. Sa lecture exige donc débat, contextualisation et prudence.
L’Invention de Dieu interroge l’émergence historique du dieu biblique Yahvé, sans réduire la question à une opposition simple entre invention et vérité.
Nom juif de la Bible hébraïque, formé à partir de Torah, Nevi’im et Ketuvim.
Les cinq premiers livres de la Bible hébraïque.
Les Prophètes dans l’organisation juive du canon.
Les Écrits dans l’organisation juive du canon.
Traduction grecque ancienne des Écritures juives, importante dans l’histoire des Bibles chrétiennes.
Ensemble des cinq premiers livres bibliques.
Site associé aux manuscrits de la mer Morte, témoins anciens de la transmission biblique.
Savants juifs médiévaux ayant contribué à stabiliser la vocalisation et la transmission du texte hébreu.
Terme lié à l’humain, au terrien, et non simplement prénom masculin moderne.
Termes hébreux souvent traduits par homme et femme.
Terme souvent traduit par côte, mais pouvant aussi renvoyer au côté.
Récit biblique souvent mal associé à l’homosexualité ; Römer l’analyse plutôt comme violence, humiliation et violation de l’hospitalité.
Livre biblique contenant notamment des prescriptions rituelles, sociales et sexuelles.
Figure antique liée à la castration ou à une fonction sociale particulière dans certains contextes de cour.
Figure mésopotamienne complexe, liée à certains cultes, notamment autour d’Ishtar ; à ne pas confondre directement avec les catégories modernes.
Nom du dieu biblique étudié historiquement par Römer dans L’Invention de Dieu.
Ensemble stabilisé de textes reconnus comme normatifs par une tradition religieuse.
Méthode d’étude des couches, reprises, compositions et réorganisations d’un texte.
Thomas Römer, L’Invention de Dieu
Thomas Römer, travaux sur l’homosexualité dans le Proche-Orient ancien et la Bible