Psychanalyse / théologie / mystique · 2026-06-29

Julia Kristeva / John Henry Newman - Besoin de croire

Foi, désir, psychanalyse, mystique, parole, besoin de croire et foi comme passion

Julia Kristeva / John Henry Newman - Besoin de croire : foi, désir, psychanalyse, mystique, parole, art catholique, besoin de croire, foi comme passion, chora, transmission et humanisme de rupture sans negation.

Miniature de la vidéo Julia Kristeva / John Henry Newman
Miniature de la vidéo Julia Kristeva / John Henry Newman

Vidéo source de la page : elle sert de point d'appui à la lecture, à la transcription horodatée et aux commentaires sur Newman, le besoin de croire, le désir, la psychanalyse, la mystique, l'art et la foi comme passion.
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Julia Kristeva — John Henry Newman : besoin de croire, désir, foi comme passion

Objet du document. Ce fichier rassemble une lecture détaillée de l’intervention de Julia Kristeva sur John Henry Newman, le besoin de croire, la psychanalyse, la mystique, l’art, le féminin, la maternité et la crise contemporaine de la transmission. Il intègre la transcription horodatée fournie, avec corrections orthographiques, grammaticales et lexicales évidentes, sans transformation du propos oral en texte académique lissé.

Source vidéo : YouTube — Julia Kristeva / John Henry Newman. Cette vidéo sert de référence principale de la page.

Compte rendu thématique

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Voici une relecture détaillée et précise de l'intervention de la psychanalyste et écrivaine Julia Kristeva, centrée sur sa vision du théologien John Henry Newman et sur l'articulation psychanalytique du « besoin de croire ».

I. La lecture de John Henry Newman par Julia Kristeva

Julia Kristeva choisit d'ouvrir sa réflexion en abordant la foi de John Henry Newman, y voyant des résonances profondes avec la conception psychanalytique de la croyance 01:17.

La conversion de Newman : Elle rappelle l'épisode clé survenu en 1816, alors que Newman a 15 ans 01:52. Dans un contexte familial difficile (la banqueroute de la banque de son père), l'adolescent vit un isolement total de la réalité matérielle 03:10. C’est à ce moment que le dogme chrétien s'impose à lui comme une certitude absolue, résumée par sa célèbre formule : « myself and my creator » (moi-même et mon créateur) 02:43. Newman écrira plus tard en être plus certain que « d'avoir des pieds et des mains » 02:33.

La métaphore du père et le refus du réductionnisme : Kristeva refuse de réduire cette conversion à une simple hallucination ou à une crise du Surmoi 03:47. Elle relève que pour expliquer cette piété absolue, Newman utilise l'analogie du père humain : de même que l'amour filial ne peut exister sans le fait biologique d'un père, la piété exige que l’Être absolu soit un fait concret 07:16. Elle note ainsi une forme involontaire de révélation où le Créateur agit comme une parabole de la fonction paternelle 08:15.

Le processus hétérogène de la foi : Ce qui fascine Kristeva, c'est la « grammaire » que Newman met en place pour décrire sa foi (notamment dans sa Grammaire de l'assentiment). Le cheminement de la foi y est décrit comme un parcours hétérogène qui navigue entre :

⬢ Les ombres et les images (l'intuition sensorielle et poétique) 09:05.

⬢ L'assentiment « réel » (porté sur les images) et l'assentiment « notionnel » (porté sur les concepts) 11:12.

⬢ La rationalité dogmatique finale 09:50.

Elle compare cette zone pré-rationnelle et sensorielle à l'espace « anté-prédicatif » de Husserl ou au « sémiotique » de sa propre théorie du langage 11:30.

II. L’archéologie psychanalytique du « Besoin de croire »

Julia Kristeva déplace ensuite le curseur vers la psychanalyse, affirmant qu'après Freud et Lacan, celle-ci se tient précisément au carrefour où le « besoin de croire » croise le « désir de savoir » 21:46.

Les sources culturelles et linguistiques :

La source biblique : Elle cite le Psaume 116 (« J'ai cru et j'ai parlé ») 23:33. L'interprétation qu'elle en donne est que l'être humain parle parce que Quelqu'un d'autre lui a parlé en premier. C'est l'investissement de l'acte de parole lui-même qui constitue la foi fondamentale : on ne parlerait pas si l'on ne croyait pas, au préalable, à la parole de l'autre 24:59.

La source sanskrite : Elle rappelle, d'après les travaux du linguiste Émile Benveniste, que la racine du mot credo vient du sanskrit śrad-dhā, qui désigne l'action de « donner son cœur » en échange d'une promesse (un investissement de confiance mutuel, dont le mot « crédit » est la version laïcisée) 25:36.

Le Père de la préhistoire individuelle : Kristeva met en avant un concept discret chez Sigmund Freud : le « père de la préhistoire individuelle » 26:31. Contrairement au père œdipien de l'interdit (celui qui dit « non »), ce père archaïque est une instance aimante à laquelle le nourrisson s'identifie de manière fusionnelle (Einfühlung) 26:43. C'est grâce à l'amour de la mère pour ce père que l'enfant parvient à sortir de la fusion exclusive mère-enfant 28:41. Cette relation pré-objectale et ternaire est, selon elle, la condition anthropologique universelle permettant à l'humain d'accéder au langage, à l'idéalisation et aux symboles 27:06.

III. L'Étos catholique, le sensible et l'appel à la passion

Dans la dernière partie (qui correspond aux réponses aux questions de l'assemblée), Kristeva approfondit sa critique et son admiration pour le modèle catholique.

Le croire comme besoin vital : Elle insiste sur le fait que la sécularisation issue des Lumières a combattu les abus des religions, mais qu'elle n'a jamais déconstruit le besoin de croire 34:08. Pour elle, puisque l'être humain est structurellement un être parlant, le besoin de croire est une donnée biologique et anthropologique aussi vitale que manger ou boire 36:17.

L’essence mystique et esthétique du catholicisme : Kristeva affirme que « l'essence de l'étos catholique, c'est la mystique » 37:24. Le catholicisme a le génie historique d'avoir su lier la plus haute rationalité théologique aux vibrations sensorielles les plus archaïques (symbolisées par l'incarnation : « votre Dieu est un bébé ») 39:48. C'est cette proximité avec l'espace sensible, pré-rationnel, qui explique le lien intrinsèque entre l'Église catholique et l'art (la musique de Rameau ou Mozart, la poésie, l'art baroque) 40:22.

Les manques du discours contemporain (Critique de l'Église) : Elle adresse une critique bienveillante mais ferme à la théologie contemporaine, qu'elle juge parfois trop conventionnelle, désincarnée et réduite à une simple « grammaire » administrative 42:31.

⬢ Elle regrette la rupture entre le discours théologique et le discours poétique ou amoureux 42:50.

⬢ Elle souligne l'absence des figures féminines dans la structure de l'affect : la foi de Newman est purement filiale (Père-Fils), et elle invite à y inclure une réflexion sur la fille, la maternité et la sexualité féminine 43:21.

⬢ Elle conclut en exhortant l'Église à ne pas abandonner le langage de la sensibilité et des affects, car face à un XXIe siècle marqué par la désinhibition des passions, la foi doit être comprise non pas comme un simple assentiment logique, mais bien comme une passion 44:07.

L'intégralité de sa conférence est disponible dans la vidéo Julia Kristeva - John Henry Newman.

Formule-matrice

myself and my Creator
moi-même et mon Créateur

Toute la conférence se déploie depuis cette scène minimale : non pas une doctrine exposée à distance, mais une certitude de coprésence, plus forte que l’évidence corporelle ordinaire. Newman donne à Kristeva une forme-source : un sujet, une présence créatrice, un secret maintenu, puis l’ouverture progressive vers le père, la parole, la mystique, la psychanalyse, la mère, l’art et la passion.

Cette page suit ce mouvement : Newman adolescent → certitude absolue → empreinte → coprésence → père → parole → Freud/Lacan → mère-enfant → chôra → art catholique → critique de l’Église contemporaine → humanisme de rupture sans négation.

1. Résumé exécutif

Julia Kristeva traite la foi comme une structure plus profonde qu’une opinion religieuse, une illusion à dissiper ou un contenu dogmatique isolé. Elle prend John Henry Newman comme scène d’apparition du croire : à quinze ans, Newman éprouve une certitude absolue, formulée par la coprésence de deux êtres seulement : « myself and my Creator ». Ce noyau intime ouvre tout le développement : la foi est empreinte, puis relation amoureuse, puis décision élargie à l’humanité.

La conférence opère ensuite un déplacement psychanalytique. Kristeva soutient que le besoin de croire est plus archaïque que le désir de savoir. Avant même de chercher à connaître, le sujet doit croire à l’adresse, à la parole, au tiers, à la possibilité d’être entendu. La formule biblique « J’ai cru et j’ai parlé » devient alors une thèse anthropologique : la foi, au sens pré-religieux, soutient l’acte même de parler.

La fonction paternelle est centrale, mais elle n’est pas seule. Kristeva ouvre aussi le champ maternel : relation mère-enfant, sentiment océanique, chôra platonicienne, pré-espace, pré-objectalité. Le croire naît dans cette zone hétérogène où le sujet n’est pas encore pur cogito, mais déjà investi dans une activité vitale de parole, de pensée et de symbolisation.

La dernière partie devient critique. Kristeva invite l’Église contemporaine à ne pas abandonner l’épaisseur sensible, artistique, érotique, poétique et passionnelle de sa tradition. Le catholicisme, selon elle, a su articuler la plus haute théologie avec la vibration sensorielle la plus archaïque : Dieu bébé, art baroque, musique, poésie, corps mystique. Mais un discours trop grammatical, trop normatif, trop désaffecté, perd la contagiosité du croire.

La pointe finale : la foi n’est pas seulement assentiment ; elle est passion. Elle demande un discours sur l’amour, les affects, la maternité, la fille, la sexualité féminine, la sublimation et les zones archaïques de la personnalité. Kristeva ne plaide pas pour un retour religieux simple ; elle propose un humanisme de rupture sans négation, capable de tenir la sécularisation sans écraser le besoin de croire.

2. Scène visuelle et figures centrales

L’iconographie ne sert pas ici de décoration. Elle suit les axes de la conférence : personne parlante, figure de Newman, lieu ecclésial, régime de l’icône, art baroque comme langage du sensible.

Julia Kristeva — parole psychanalytique, sémiotique, littérature

Julia Kristeva à Paris en 2008
Julia Kristeva à Paris en 2008

Julia Kristeva, Paris, 2008.

Cette image introduit la voix qui porte la conférence : une parole de psychanalyste, de sémioticienne et d’écrivaine, attentive aux zones où le langage se forme avant de devenir doctrine. Elle sert ici de repère humain avant l’entrée dans Newman : le croire est d’abord abordé comme expérience de parole, d’adresse et de transmission.

John Henry Newman — scène-source du croire

John Henry Newman par John Everett Millais
John Henry Newman par John Everett Millais

John Henry Newman, portrait par John Everett Millais, 1881.

Newman donne à Kristeva la scène-source du texte : la certitude intime de “myself and my Creator”. Le portrait n’illustre donc pas seulement un auteur ; il fixe le point de départ d’une expérience du croire comme coprésence, empreinte et assentiment.

Saint-Eustache — lieu de parole, d’architecture et de musique

Intérieur de Saint-Eustache, Paris
Intérieur de Saint-Eustache, Paris

Intérieur de l’église Saint-Eustache, Paris.

Le lieu compte parce que Kristeva y articule catholicisme, art, musique, mémoire et langage sensible. Saint-Eustache n’est pas un simple décor : c’est la scène acoustique et architecturale où le discours sur le croire retrouve la matière des formes.

Icône byzantine — empreinte, image, visibilité du croire

Christ Pantocrator du Sinaï
Christ Pantocrator du Sinaï

Christ Pantocrator, monastère Sainte-Catherine du Sinaï.

L’icône accompagne l’axe “empreinte / image / visibilité” évoqué par Kristeva à propos de Newman. Elle permet de lire le croire comme trace déposée, non comme idée abstraite seulement : une présence travaille déjà dans l’image.

Baroque mystique — passion, corps, affect, art

Bernin — Extase de sainte Thérèse
Bernin — Extase de sainte Thérèse

Gian Lorenzo Bernini, Extase de sainte Thérèse, 1647–1652.

Le baroque donne une image forte du point où mystique, affect, chair, art et théologie deviennent inséparables. Cette figure prépare la critique finale de Kristeva : un catholicisme vivant ne peut pas perdre sa puissance sensible, poétique et passionnelle.

Transcription complète horodatée

Note d’édition. La transcription ci-dessous reprend la transcription fournie, avec corrections d’orthographe, d’accords, d’accents, de majuscules de noms propres et de lectures lexicales évidentes. Les hésitations orales, les reprises, les ellipses et la structure fragmentée de l’oral sont conservées autant que possible. Les passages dont l’écoute resterait nécessaire sont signalés explicitement par [lecture incertaine], [lecture inaudible] ou [à vérifier à l’écoute].
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00:00:31 on m'a demandé de vous présenter l'interprétation psychanalytique et la mienne du besoin de croire et il m'a semblé que

00:00:43 je ne pouvais pas euh aborder directement euh les pensées de Freud et ce que mes patients me disent à

00:00:54 ce sujet sans commencer par vous dire comment je reçois ce que nous dit de sa foi celui qui est

00:01:05 finalement l'inspirateur principal de cette rencontre et dont on vient de nous parler c'est-à-dire John Henry Newman donc euh j'ai

00:01:17 décidé de vous présenter d'abord euh ma lecture de sa conception de la foi parce qu'il me semble qu'il y

00:01:27 a des résonances entre son éprouvé de la foi et ce que je vais vous dire de la conception psychanalytique

00:01:35 de la croyance

00:01:38 donc John Henry Newman beaucoup d'entre vous en savent beaucoup plus que moi désormais parce que vous avez eu toute

00:01:46 une année consacrée à Newman

00:01:52 il rappelle dans son Apologia Pro Vita Sua ce qu'il appelle le grand changement qui se fit dit-il en mon

00:02:05 jeune âge c'est-à-dire à l'âge de 15 ans plus qu'une empreinte ou une impression le dogme chrétien est devenu alors

00:02:16 pour lui une certitude absolue c'est lui qui parle retenez ces mots d'empreinte et d'impression qui deviennent des certitudes absolues

00:02:26 à présent encore écrit-il nous sommes à 49 ans après euh cet événement parce qu'il en parle dans son livre

00:02:33 qui est publié en 1864 à présent encore dit-il j'en suis plus certain que d'avoir des pieds et des mains

00:02:43 intense concentration isolement total de la réalité des phénomènes matériels dit-il et rien que deux êtres dont l'évidence lui paraît

00:02:56 aussi lumineuse qu'absolue myself and my Creator moi-même et mon créateur donc la scène se passe en 1816 la banque

00:03:10 de son père fait banqueroute l'adolescent de 15 ans ne peut pas rejoindre sa famille l'année suivante pour les vacances

00:03:17 d'été il reste à son collège à Ealing il est séparé des siens mais entouré de la délicate compréhension du

00:03:24 révérend Walter Mayers qui est un protestant évangélique. L'auteur de cette Apologia avertit ses lecteurs que nous sommes aujourd'hui

00:03:35 il ne nous dira pas tout dit-il Secretum meum mihi on pourrait être tenté à partir de là de psychanalyser cet état

00:03:47 d'hallucination ou de grandes exigences surmoïques qui sous-tendent cette conversion du jeune homme ce n'est pas ce que je

00:03:58 vais essayer de vous proposer ce soir bien que ça a été fait par exemple pour les sentiments religieux de

00:04:06 Kierkegaard je préférerais revenir d'abord sur la manière propre à Newman de penser l'éprouver de cette évidence et de cette

00:04:16 certitude de la foi véritable combat contre le rationalisme étroit une sorte de dilatation de la raison aurait dit Richard

00:04:25 de Saint-Victor au XIIe siècle je vais ensuite vous faire part de ma théorie psychanalytique qui attentive à ce que

00:04:36 j'appelle le besoin de croire inséparable du désir de savoir s'intéresse tout particulièrement à une dimension spécifique de l'expérience de

00:04:48 croire qui est l'affect et plus particulièrement l'affect filial entre père et fils que je considère comme une donnée anthropologique

00:05:00 universelle pré-religieuse et je pensais aborder dans un troisième temps mais je crois que nous n'aurons pas le temps pour

00:05:07 cela parce que nous n'avons que 30 minutes chacun mais ce sera probablement dans la discussion je voudrais aborder une

00:05:15 autre question qui fait partie des débats actuels comment cette manière de penser la foi c'est-à-dire par rapport à l'affect

00:05:24 filial fils-père comment cela peut éclairer le sens du dogme de l'infaillibilité pontificale chez Newman aussi et qui est évidemment

00:05:37 une question liée à la politique de l'Église mais encore une fois n'ayez pas peur on n'aura peut-être pas le

00:05:43 temps pour cela donc l'adolescent euh éprouve dans donc la reality où il dit la certitude de ce que j'appellerais

00:05:57 la coprésence [lecture incertaine : segment parasité dans la transcription] voilà la coprésence entre

00:06:08 myself and my Creator ils sont tous les deux ensemble j'appellerai ça la coprésence de ces deux entités s'agit-il d'un

00:06:17 sentiment il se pose la question le mot lui paraît tout à coup trop subjectif dérisoire dit-il un mockery

00:06:26 au regard de l'inévitable empreinte dit-il qui s'impose au moi par une reality hors moi s'agit-il d'une reality impersonnelle

00:06:38 le mot et tous les mots d'ailleurs vont manquer à notre théologien ils sont impuissants à nommer l'inscription de cette

00:06:48 évidence absolue et il va avoir recours à des métaphores pour nous rendre compte de cet absolu ces métaphores vont

00:06:57 être d'abord empruntées au corps euh plus sûr encore que d'avoir des pieds et des mains tellement il est sûr

00:07:05 que lui et le Créateur font un et pour finir il va évoquer le fait, le fact, dit-il, du père anthropologique du

00:07:16 propre papa de la personne de même que l'amour filial dit-il n'existe pas sans le fait du père humain la

00:07:25 piété n'existe pas si l'être absolu n'est pas un fact, un fait à trop vouloir convaincre la logique tourne court

00:07:36 me semble-t-il Newman veut plaider le dogme de la transcendance du créateur dont il subit l'empreinte et il tente de

00:07:45 décrire ce subit étymologiquement ce pâtir cette passion mais le mot passion ne sera pas formulé ici le théoricien finira

00:07:56 par dire un peu plus tard jeune je ne voyais pas ce que voulait dire aimer Dieu retenons cela aussi

00:08:05 parce que le thème de l'amour va revenir pourtant l'analogie qu'il tisse dans ce paragraphe suggère plutôt peut-être malgré lui

00:08:15 que Dieu my Creator serait une parabole invisible de la paternité de la fonction paternelle humaine comme objet du désir

00:08:26 du fils sans approfondir la teneur affective de ce constat involontaire à savoir que son Creator lui rappelle son père

00:08:38 Newman préfère détailler logiquement une série d'actes cognitifs qu'il appelle acte de conscience et qui jalonne une sorte de

00:08:48 processus hétérogène de la croyance et cela m'interroge beaucoup quel est ce processus hétérogène quelle est la part de

00:08:56 la rationalité quelle est la part de sentiment affect et cetera il dit ceci toujours avec des métaphores

00:09:05 des ombres et des images vers la vérité tel sera vous le savez sa devise gravée sur ce mémorial et

00:09:15 puis une certitude rationnelle qui se dégage à la fin je suis je sais que je sais que je le

00:09:22 sais point de suspension euh qui euh montre que le raisonnement est infini comme le nombre [lecture inaudible]

00:09:31 peut-être donc nous avons là des ombres et des lumières qui vont devenir des certitudes et du savoir intuition antérieure

00:09:42 à la rationalité il va développer ça plus tard en parlant de la phronèsis aristotélicienne il introduira même le concept

00:09:50 de sens illatif et cetera et jusqu'à la rationalité du Credo Newman maintient donc dans cette rationalité de la foi

00:10:01 quelque chose qu'il appelle une luminosité une luminosité secrète surnaturelle dit-il de la foi qu'il décrira comme un inward sense

00:10:13 un sens intérieur ou encore comme un cœur au sens de saint Augustin Cor ad cor loquitur dira-t-il dans sa devise de cardinal je

00:10:25 constate que le terme d'affect je vous parlais tout à l'heure de l'affect filial fils-père ce terme d'affect que saint Bernard

00:10:33 de Clairvaux avait repris à la scolastique pour en faire un concept clé de sa lecture du Cantique des cantiques

00:10:42 ce terme ne semble pas venir sous la plume de Newman mais c'est possible je n'ai pas tout lu il

00:10:48 s'impose cependant me semble-t-il si l'on veut appréhender cette zone élargie et fragile que Newman appelle la conscience de l'expérience

00:10:59 et dans laquelle nous voyageons entre le sentiment l'image et la rationalité au sens du terme une conscience entre guillemets

00:11:12 qui va appeler assentiment mais en distinguant assentiment aux images et aux choses de l'assentiment au concept ou aux notions

00:11:23 vous voyez comment dans cette zone du croire il y a quelque chose de très hétérogène et complexe qui se

00:11:30 déploie et qui me fait penser à ce que les phénoménologues entre vous connaissent chez Husserl la zone anté-prédicative tout

00:11:39 ce qui n'est pas raisonnement tout ce qui n'est pas logique mais qui est de l'ordre du sensoriel par exemple

00:11:45 et ce que j'appelle moi du sémiotique dans la connaissance conçue comme une signifiance donc quelque chose de processuel je

00:11:56 dis ceci parce que cette zone psychique ces actes psychiques hétérogènes appellent nécessairement chez le croyant de l'absolu qu'il vient

00:12:08 de se constituer des régimes de parole qui ne sont pas de l'ordre du savoir mais de l'ordre des ombres

00:12:16 et des images c'est dans notre culture ce que font les arts l'esthétique la musique la poésie en ce qui

00:12:27 le concerne il était poète nous le savons qui est en prise directe sur ses germes de pensée que suggère

00:12:35 la métaphore des ombres et des images et qui nous centre dans cette hétérogénéité du processus de croire où il

00:12:42 y a de l'affectif et du cognitif à partir de cet éprouvé de l'union entre moi et mon créateur le

00:12:52 Credo selon Newman cessera d'être une empreinte pour se développer comme un lien intersubjectif et amoureux et c'est précisément cette

00:13:05 révélation amoureuse qui le conduira à savoir que mon créateur et moi c'est un lien amour entre père et fils

00:13:14 c'est il me semble cette relation intersubjective amoureuse qui va le conduire des pères byzantins et du protestantisme à l'Église

00:13:24 catholique et je voudrais suivre avec vous ce mouvement de la subjectivité amoureuse qui pour lui la foi en trois

00:13:32 temps le premier temps c'est la conception de la foi comme empreinte empreinte du créateur dans le croyant c'est l'icône

00:13:44 l'icône euh icône ou l'économie qui était développée dans euh ma foi d'origine l'orthodoxie chrétienne et tout particulièrement au 9e

00:13:57 siècle notamment par le patriarche Nicéphore au cours du débat byzantin sur l'autorisation des images de Dieu. Dieu s'imprime il

00:14:07 est une impression il est une réception une inscription une déposition ceci est très fortement éprouvé par Newman mais ça

00:14:21 lui fait peur aussi pourquoi parce qu'il craint que ce soit trop dans le sens de ce qu'il

00:14:27 appelle unworldliness retrait du monde voire source de désespoir dans le christianisme evangelical et pour réagir à cela et nous

00:14:40 arrivons à la deuxième étape de son Credo grâce à l'analogie établie entre euh la paternité humaine et le croyant

00:14:54 le Credo va se développer autrement l'empreinte devient une grâce qui n'est pas seulement imputée par analogie mais qui est

00:15:06 implantée par et pour l'amour du Père bien plus donc qu'une réception ou une application et c'est le terme grec

00:15:15 d'économie bien plus qu'une loi biblique pas seulement non plus une participation au bien général au bonum à la

00:15:26 manière philosophique thomiste la foi sera la certitude d'une coprésence entre je dirais bonum, le bonum singulier au sens de

00:15:39 Maurice Blondel entendons par là la foi sera une personnalisation duelle du lien moi par lui et lui par moi

00:15:51 la foi sera aussi une initiative du croyant en ce sens qu'il ne se contente pas d'imiter mais qu'il participe

00:16:00 le don amoureux sera entendu comme une gratification tout autant que comme une épreuve un conflit permanent dans le décalage

00:16:11 entre l'appel et la réponse et cependant une identification totale va réunir ces deux différents qui s'appellent et qui se

00:16:20 comprennent mais peut-être pas toujours le Fils et le Père dans le seul dans un seul esprit Newman n'explicite pas

00:16:28 je le souligne assez longuement parce que c'est ce que nous psychanalystes on va faire n'explicite pas le caractère affectif

00:16:35 de ce mouvement il se contente de tracer la dynamique hétérogène et les unités logiques du processus il en fait

00:16:42 la grammaire mais il ne dit pas de quoi c'est la grammaire il ne parle pas des sentiments amoureux néanmoins

00:16:49 sa compréhension de la coprésence entre moi créateur et le fils fait du croyant le temple de l'esprit et cette

00:16:59 conception abolit la distinction entre le juste et l'élu elle envisage un nouveau régime de la subjectivité dans la foi c'est le

00:17:10 régime du renouvellement euh et il cite souvent un théologien protestant Thomas Scott qui dit "La croissance est l'unique preuve

00:17:19 de la vie et de la foi impliquant que la vérité de la foi n'est pas l'enchantement comme certains nous

00:17:27 le disent encore aujourd'hui en croyant éveiller le peuple misérable parce qu'il manque d'enchantement." "La vérité de la foi dit-il

00:17:35 sera la liberté comme conquête et comme drame car notre cœur est sans repos et puis la dernière étape de

00:17:44 cette évolution du Credo que je voudrais interroger après du point de vue analytique c'est la décision de de croire

00:17:52 qui va comprendre les pauvres et les illettrés pourquoi parce que ceux-là ressentent la foi encore cette perception pré-rationnelle

00:18:06 qui irrigue la foi et qui lui donne sa luminosité secrète dit-il surnaturelle l'unification donc du moi-même avec son créateur

00:18:16 va se réaliser c'est-à-dire au sens anglais de to realize dans l'universalité la plus élargie qui est celle de l'humanisme chrétien

00:18:27 qui associe tout le genre humain à ce Père-médium qui est vécu comme un lien d'amour [lecture incertaine]

00:18:42 de la sainteté qui s'accomplit selon Newman quand il existe une certitude indéfectible entre la coprésence entre moi et le

00:18:53 créateur sensoriel et élargi à tous la sainteté voilà le grand but il doit y avoir là un combat et

00:19:03 une épreuve dira-t-il en s'appuyant sur la certitude en passant par la conscience de la coprésence qui est une tension

00:19:13 et un conflit permanent et en englobant la certitude que tous les hommes participent de cette évidence c'est la sainteté

00:19:22 c'est la mystique de Newman bien que lui-même n'ait jamais revendiqué ce terme de mystique je pense que son assemblage

00:19:32 entre l'expérience effective qu'il appelle sentiment aux choses et aux images et la rationalité nous conduit à penser que son

00:19:43 expérience nous revient aujourd'hui comme une expérience mystique et qu'il utilise comme tel dans la consolidation d'un dogme catholique qui

00:19:55 lui paraît devoir être élucidé et protégé ce chemin qui mène le protestant Newman au catholicisme n'a pas échappé à

00:20:07 Henri de Lubac qu'il a souvent évoqué comme tel et c'est lui qui le conduit à une autre certitude que

00:20:18 lui-même n'a pas explicitement formulé mais que je résumerai ainsi l'essence de l'éthos chrétien est mystique si la foi et

00:20:30 cette coprésence pré-rationnelle et rationnelle et si elle est susceptible d'être élargie au genre humain l'essence de l'éthos chrétien est

00:20:40 mystique certains vous le savez ont fait de la mystique une clé pour ouvrir les portes de la foi à

00:20:48 de nouveaux mondes c'était le cas de maître Eckhart qui préparait le vocabulaire de la philosophie européenne qu'on va trouver

00:20:56 de Hegel à Heidegger c'était le cas aussi de Thérèse d'Avila que vous avez évoqué tout à l'heure qui

00:21:03 entame la transition au baroque vers le siècle des lumières Newman pour sa part se contente de protéger le catholicisme

00:21:12 à la fois du moralisme protestant et du criticisme rationaliste il réassure les fondamentaux du catholicisme par une patiente description

00:21:23 du lien père-fils sous-jacent au verbe démontrant que cette expérience là qu'il n'appelle que subrepticement amoureuse est le fondement

00:21:34 ultime de son sens éthique il discerne donc dans la mystique le ferment nécessaire pour refonder le dogme chrétien maintenant

00:21:46 j'espère vous surprendre en affirmant qu'après Freud et Lacan c'est la psychanalyse qui se tient aujourd'hui à ce carrefour où

00:21:55 le besoin de croire croise le désir de savoir et peut-être ce besoin de croire peut se faire entendre et

00:22:04 peut se faire élucider le plus souvent l'opinion retient de Freud le diagnostic de la religion comme une illusion en

00:22:14 oubliant que non seulement l'inventeur de l'inconscient promet un avenir peut-être sans fin à cette illusion mais aussi que son

00:22:24 œuvre complexe opère une véritable archéologie de la fonction paternelle Œdipe, Laïos en passant par le père de totem et

00:22:37 tabou dans les religions archaïques et jusqu'à l'assomption intellectuelle de ce sentiment dans le judaïsme dans Moïse et le monothéisme depuis

00:22:47 quelques années un autre Freud plus secret encore se révèle me semble-t-il dans la recherche psychanalytique que nous essayons d'approfondir

00:23:00 en essayant de comprendre en quoi le besoin de croire soutient le désir de savoir il me reste encore 5

00:23:09 minutes je vais essayer de d'aller vite pour vous donner l'essentiel de cette compréhension je vais commencer par rappeler deux

00:23:18 sources du croire qui précèdent l'écoute de la psychanalyse confronté à la croyance la source biblique et évangélique et puis

00:23:29 la source sanscrite

00:23:33 si on prenait le psaume 116 10 et he’emanti ki adaber j'avais foi même quand je disais

00:23:48 je suis vraiment bien malheureux tout homme est un menteur saint Paul va reprendre ceci dans la Deuxième lettre aux

00:23:55 Corinthiens j'ai cru et j'ai parlé si vous vous souvenez le contexte de ce psaume le croyant entend d'abord Dieu

00:24:05 lui parler et puis il associe à cette sollicitation parce qu'il est écouté parce qu'il est entendu il il associe

00:24:15 à cela ses propres énoncés à lui ses propres phrases qui sont qui sont des phrases pas dignes de foi

00:24:21 quelconque déceptif tous les hommes sont menteurs je suis misérable et cetera comment j'interprète ça le contexte biblique du

00:24:30 psaume est très explicite il nous dit "Bien qu'aucune de mes paroles ne soit digne de foi je parle parce

00:24:39 que quelqu'un m'a parlé et écouté c'est l'acte de se parler qui me fait croire c'est à l'acte de parler

00:24:47 que je crois la foi est l'investissement de l'acte de se parler je crois dans l'acte de parler la

00:24:59 foi soutient toute parole elle détient en ce sens la clé de l'acte de parole lui-même fut-il celui d'une plainte

00:25:09 parce que je crois je parle je ne parlerai pas si je ne crois pas croire à ce que je

00:25:15 dis et euh continuer à dire découle de ma capacité de croire en la parole de l'autre et

00:25:25 nullement de l'experience existentielle qui est forcément décevante alors si on se déplace maintenant dans une autre zone culturelle indo-européenne

00:25:36 le mot Credo que nous employons en français croire le mot Credo en latin remonte au sanscrit śraddhā qui dénote

00:25:45 un acte de confiance confiance en un dieu par exemple śraddhā impliquant restitution sous forme de faveur je te

00:25:54 donne mon cœur et tu me donnes une promesse mon maître Émile Benveniste a minutieusement argumenté ce développement développement en

00:26:03 disant que croire veut dire investir j'investis en toi et tu investis en moi et le terme financier de crédit

00:26:12 est une laïcisation peut-être abusive de ce même acte psychique de donner confiance à quelqu'un et de recevoir confiance dans

00:26:21 l'ordre c'est peut-être pas un hasard que les deux sont en crise actuellement l'experience psychanalytique de l'enfant et de l'adulte

00:26:31 témoigne d'un moment capital du développement où l'enfance se projette dans un tiers auquel il s'identifie et qu'il investit Freud

00:26:43 s'arrête à cette question-là il appelle cette identification de l'enfant dans le père et cette reconnaissance de l'enfant par le

00:26:54 père cette coprésence père-fils cet affect filial il l'appelle une unification une Einfühlung et qui serait la base

00:27:06 de toute capacité d'idéalisation d'avoir des idéaux d'avoir des représentations même c'est à la base de toute capacité de parole

00:27:17 c'est ce père-là qui est le père de la préhistoire individuelle qui permet à l'enfant de se séparer de

00:27:25 la dyade mère-enfant qui est délicieuse mais qui est en même temps un terrain de fascination et de violence

00:27:33 et qui constitue la première tiercité le degré zéro du tiers avant le père dont la psychanalyse nous parle qui

00:27:43 est le père de l'interdit la loi, celui qui dit non et qui va séparer la mère de l'enfant ce père

00:27:50 de la préhistoire individuelle Freud lui consacre quelques lignes c'est récemment comme je vous l'ai dit dans le contexte de

00:27:57 la globalisation et des guerres de religion que nous avons excavé cette instance du père non seulement pour venir au secours

00:28:05 des pères que nous entendons et déculpabiliser leur lien affectueux avec leurs fils mais aussi pour éclairer le besoin de

00:28:15 croire j'ai cru et j'ai parlé trouve ici un ancrage anthropologique dans l'étayage de l'enfant par cette instance tierce ce

00:28:25 qui est très intéressant aussi ces deux mouvements que Freud signale et que j'ai développé dans mon livre euh Histoire

00:28:32 d'amour ce père euh a les qualités de deux parents donc la bisexualité psychique de cette paternité est très importante

00:28:41 et aussi ce n'est pas l'enfant tout seul qui va vers le père mais c'est par l'intermédiaire de l'amour maternel

00:28:49 vis-à-vis de ce père que se fait ce passage nous sommes ici dans la conception psychanalytique dans un repérage du

00:28:58 même mouvement d'investissement de Myself and My Creator avec cette différence que nous avons non pas un acte de signification

00:29:09 duel mais toujours ternaire avec la présence de l'autre sexe vous me voyez venir avec le génie féminin mais je

00:29:17 vais euh raccourcir assez vite euh à cette archéologie du besoin de croire donc une paternité archaïque aimante qui me

00:29:29 reconnaît que je reconnais et sans laquelle je ne suis pas capable de me représenter la la très très forte

00:29:37 relation affective mère-enfant je ne suis pas à même de transformer mes balbutiements en signe et symbole à cela s'ajoute

00:29:45 aussi une autre dimension que Freud a a découverte et que nous essayons de développer maintenant qui est la relation

00:29:52 précoce mère-enfant dans un dans une dans un échange avec Romain Rolland il a parlé du sentiment océanique de

00:30:01 la mère et de l'enfant c'est-à-dire à la fois éprouvé de de très grandes allégresses détentes mais aussi de peur

00:30:10 et d'angoisse de noyade nous essayons d'élaborer cela comment Platon y voyait déjà un pré-espace une chôra qui n'est pas

00:30:20 le topos dans quelque chose de avant la rationalité encore une tentative de faire entrer du non cogitatif de non

00:30:30 cartésien dans l'expérience humaine du sens et l'art contemporain nous en parle beaucoup aussi dans cette direction je terminerai avec

00:30:39 quelques considérations sur la place de la psychanalyse dans cette dans cette réhabilitation du mouvement de croire la première c'est

00:30:51 Lacan qui nous a ouvert cette piste mais Lacan était probablement tellement catholique qu'il ne pensait pas nécessaire de

00:30:58 s'appesantir sur le besoin de croire il disait que la psychanalyse nous apprend à savoir notre inconscient il a

00:31:07 peut-être oublié que pour que je sache il faut que je crois que je peux savoir et que cette dimension

00:31:14 d'investissement des représentations des investissements de contenu des données des items de tout ce que vous voulez des éléments de

00:31:22 langage est essentiel et c'est elle qui nous paraît extrêmement importante la deuxième la deuxième chose que je voulais souligner

00:31:32 avant de laisser la parole à notre ami c'est que dans cette coprésence entre affectif et rationnel nous assistons à

00:31:42 quelque chose que que Newman lui-même avait mis en évidence à quelque chose qui paraît très symptomatique dans la psychanalyse

00:31:51 freudienne et que nous essayons aussi de réhabiliter aujourd'hui à savoir que ce Freud qui était un juif athée qui

00:31:58 était peut-être l'homme le moins religieux de son siècle dit quelque part dans sa réflexion très complexe quelque chose d'extravagant

00:32:08 à savoir que mystique et psychanalyse se confrontent au même point comment c'est possible mais c'est très simple dit-il

00:32:18 le moi, là où il y a de la raison plonge dans le pulsionnel ces ombres et lumières dont

00:32:27 parlait Newman c'est ce que font les mystiques mais les psychanalystes aussi alors quelle est la différence ce qui

00:32:33 est très intéressant c'est que le dernier texte de Freud quelques semaines avant sa mort en 1938 la nuit tombe

00:32:42 sur l'Europe il y a plein de choses terribles qui se présentent et ben il réfléchit sur la différence entre

00:32:48 mystique et psychanalyse et la différence est difficile à à cerner mais elle il le dit alors que le mystique

00:32:57 plonge dans le moi euh l'analyse, quand elle est réussie, fait que c'est le moi qui

00:33:05 émerge du ça c'est un double mouvement évidemment je me suis beaucoup occupée de Thérèse d'Avila je sais qu'elle est

00:33:11 capable des deux mouvements et en psychanalyse nous échouons beaucoup de faire les deux c'est pour vous dire que aujourd'hui

00:33:19 grâce à ces développements des sciences humaines je pense que la rupture avec la théologie est évidemment euh irrémédiable mais

00:33:29 euh ce qui se pratique aussi c'est que la psychanalyse devant les difficultés que vivent les sujets, devant l'ébranlement sinon l'effondrement de

00:33:41 la fonction paternelle peut être parmi les discours un des garde-fous peut-être complice en tout cas solidaire d'un

00:33:52 certain nombre de préoccupations éthiques que vous avez merci de votre attention

00:34:08 j'essayé de dire que h il y a eu une rupture dans l'histoire de l'humanité et cette rupture s'appelle la

00:34:16 sécularisation c'est-à-dire les lumières à partir desquelles euh on a bousculé les abus de l'obscurantisme de fondamentalisme l'exemple de Diderot

00:34:32 et La Religieuse est un exemple paroxistique mais on n'a pas touché la pensée moderne n'a pas touché le besoin

00:34:41 des gens de croire on n'a pas désarticulé on n pas déconstruit le besoin de croire on a ciblé les

00:34:50 abus de ce besoin quand ça va jusqu'au meurtre quand ça va jusqu'au différents les pédophilies ou différents autres euh

00:35:00 beaucoup plus graves et plus massives catastrophes comme les guerres de religion et cetera mais on n'a pas euh décortiqué

00:35:09 le besoin de croire et euh contrairement à ce qu'on peut penser les sciences de l'homme ne sont pas seulement

00:35:19 des nihilistes ou des destructeurs de la dignité de l'homme ou du sens euh leurs ruptures conduisent aussi à des

00:35:30 innovations ce sont des défis qui ouvrent d'autres perspectives et j'ai pris l'exemple de la manière dont la psychanalyse post-freudienne

00:35:41 en prenant quelques appuis sur des textes de Freud envisage le besoin de croire pourquoi je pense que c'est essentiel

00:35:49 et innovant d'abord parce que cela enrichit la notion de besoin humain généralement quand on dit les besoins de

00:35:58 l'homme on pense à des besoins maternels on voit les besoins du petit enfant manger propreté tout ce qui est

00:36:07 matériel est confondu avec le besoin besoin quand nous disons avec la philosophie contemporaine mais aussi avec Freud que l'être

00:36:17 humain est un être parlant nous disons que l'essence de l'être humain est de parler et que si l'essence de

00:36:25 l'être humain est de parler et s'il ne peut parler qu'en croyant le croire fait partie des fondamentaux de l'humain

00:36:33 il est aussi essentiel que de manger de boire d'avoir une maison enfin tout ce qui est matériel et est

00:36:43 aussi important peut-être même moins que le besoin de croire puisque sans croire, sans ça il ne parle pas autrement

00:36:49 autrement dit, nous élevons la notion de besoin à un niveau où la transcendance devient hyper immanente donc on trouve quelque

00:36:59 chose de transcendant dans la racine même dans le dans la biologie même de l'être humain dans le

00:37:05 la persistance de la vie et ceci est d'autant plus important que cette euh cette immanentisation du croire jusqu'au

00:37:16 bas les fondations les plus basiques de l'humain euh conduit à réhabiliter ce que j'essayais de dire tout à l'heure

00:37:24 à savoir que l'essence de l'éthos catholique c'est la mystique pourquoi parce que dans ce croire votre question pose

00:37:35 sur le croire comme si c'était évident dans le croire tel que Newman l'explore et tel que les mystiques l'explorent

00:37:43 il y a une dimension qu'on appelle surnaturel et que pour nous psychanalystes ce n'est pas surnaturel ça fait partie

00:37:51 de l'expérience humaine et c'est quoi ce sont des investissements de quelque chose qui n'est pas encore un objet

00:38:01 qui est la représentation la capacité même de penser quand l'enfant investit le père de la préhistoire individuelle il n'investit

00:38:12 pas un objet de désir Freud dit "Nous sommes là dans une dimension antérieure au désir quand il y a

00:38:19 désir il y a un objet je désire un homme je désire une femme je désire un sein je désire

00:38:25 un arbre je désire un fruit il y a un objet dans cette dimension du croire on est dans quelque

00:38:32 chose de beaucoup plus archaïque je ne désire pas je suis vitalement portée à investir une activité qui peut être

00:38:42 de se nourrir qui peut être de respirer qui peut être de penser et de se parler donc c'est cette

00:38:49 ce côté je dirais pré-objectif pré-objectal du croire nous met dans une dimension de l'expérience humaine qui ne se réduit

00:39:00 pas au cogito et c'est là que se situe le mystique et c'est là que dit euh que que vient

00:39:09 Newman en disant il y a que la sainteté qui m'intéresse parce que quand quand il est devant moi et

00:39:15 mon créateur qu'est-ce qu'il nous dit c'est des ombres et des lumières d'abord et après je sais donc c'est

00:39:22 un processus complexe dans lequel il y a de la sensation du préobjectal de quelque chose qui dans mon esprit

00:39:31 n'est pas de l'ordre de la du rationalisable mais si je n'ai pas ça je ne peux pas penser et

00:39:39 vous catholiques vous avez dans l'histoire de l'humanité vous êtes arrivés à cette cette richesse qui consiste à appuyer la

00:39:48 plus haute cogitation sur cette vibration sensorielle des plus essentielles des plus archaïques des plus infantiles votre Dieu est

00:39:59 un bébé et il peut être aussi le plus grand des théologiens et le plus grand des savants et c'est

00:40:04 cette diagonale qui nous fascine et que les sciences humaines notamment la psychanalyse essayent aussi d'explorer de grâce n'abandonnez pas

00:40:13 ce diapason gardez cette complexité parce que c'est ça qui donne à l'être humain une épaisseur une épaisseur qui qui

00:40:22 quoi qui qui d'abord retentit en art en musique en poésie et qui fait que le corpus mysticum de

00:40:31 l'Église catholique est impensable sans l'art on est ici à à Saint-Eustache c'est c'est l'Église de Rameau c'est l'Église de

00:40:38 la mère de de de Mozart de Richelieu de de bon tas de gens qui sont qui sont passés par

00:40:46 ici et qui ce n'est qu'un exemple de cette consubstantialité entre éthos catholique et art pourquoi parce que c'est

00:40:56 un langage du sensible c'est la plus grande proximité de là où il n'y a pas encore objet où je

00:41:03 m'unifie avec le monde sans être sujet et objet et c'est ces états-là mais vous arrivez à les faire entendre

00:41:10 et c'est c'est c'est ça qui manque à l'être humain même quand il est submergé d'images mais les images deviennent

00:41:16 des poncifs et des éléments de langage et et n'ont pas cette vibration sensorielle c'est cette c'est c'est l'érotisme de

00:41:24 du christianisme et du catholicisme en particulier qui va éclater éclater au sens de se répandre se développer avec

00:41:31 l'art baroque il y a ça il y a aussi le fait que Newman qui a perçu ce genre de

00:41:38 choses et qui s'est dit qu'est-ce que je fais chez les protestants je vais chez les catholiques il

00:41:43 il a il a rendu hommage à cette richesse de de l'expérience catholique mais sans abandonner pour autant la rationalisation

00:41:52 d'où son idée de cumuler des assentiments son livre sur la Grammaire de l'assentiment est en effet une

00:41:59 tentative de rationaliser y compris tout ce qui est de plus sensoriel sensoriel et c'est là je pense qu'il fait

00:42:06 quelque chose qui qui le met à mon sens un peu plus à côté et pas à la même hauteur

00:42:13 que saint Bernard par exemple ou ou Thérèse d'Avila parce que c'est cette dimension érotique de l'amour qui va remplacer l'empreinte

00:42:23 par la grâce qu'il n'a pas développé comme affect et et c'est là que je dis que dans l'Église contemporaine

00:42:31 il il me semble que les discours théologiques se privent à la fois de l'épaisseur sensorielle et d'un discours sur

00:42:40 l'amour l'épaisseur sensorielle par exemple prenez Balthasar, Gracián [lecture incertaine] l'intense profondeur des mots il fut une époque où le théologien

00:42:50 était poète maintenant on a l'impression que le discours théologique et le discours poétique ont rompu un peu les liens

00:42:57 entre les deux c'est c'est peut-être tant bien mais ça ça manque de de de contagiosité ça c'est une critique que

00:43:05 je me permets de d'adresser à à l'état actuel de de la manière d'expliciter la foi mais ça va dans

00:43:12 le même sens parce qu'on perd le contact avec le sensible et l'autre l'autre aspect qui manque quand l'Église n'a

00:43:21 pas de discours sur l'affect sur le fait que euh la foi comme le dit Newman c'est ombre

00:43:32 et image mais ça passe par l'affect filial père-fils où est passée la fille ben il faut il

00:43:40 faut développer ça aussi le discours sur la sexualité féminine sur la maternité nous on est en manque dans la

00:43:47 laïcité de discours sur la maternité mais élaborons-le ensemble en nous appuyant sur l'expérience de la maternité puisque l'Église est

00:43:54 fondée sur la mère ce qui n'empêche pas que le Dieu Père-Fils et ah ben il faut peut-être le

00:44:01 compléter par un trio en mettant la mère et en mettant la fille également tout ça pour dire qu'il

00:44:07 est impossible je pense devant les personnes du du XXIe siècle qui sont ouvertes à une désinhibition des affects de

00:44:17 tenir un discours sur la foi sur le sens de l'homme sans tenir compte des affects des passions et de

00:44:25 l'amour et on n'interdit pas on ne peut pas euh culpabiliser ni l'hétéro ni l'homo ni l'incestualité sans s'exposer

00:44:37 au scandale de la pédophilie il est important de développer le discours affectif le discours amoureux le discours passionnel ce

00:44:46 n'est pas un assentiment c'est une passion la foi et c'est ce que c'est ce que une grande partie de

00:44:52 de la théologie de l'Église nous montre c'est une passion mais cette passion comprend les affects et j'ai je me

00:44:59 suis dit que ma présence en tant que psychanalyste ici était de vous inviter à ce qu'on se rencontre sur

00:45:07 un discours concernant la passion comme fondement de la foi vous avec votre tentative de l'épurer du côté de la

00:45:14 sublimation et nous avec notre tentative de l'avoir ancré dans les états les plus archaïques de la personnalité mais sans

00:45:20 cela on reste dans un discours extrêmement euh comment dirais-je conventionnel et de l'ordre de la grammaire et non pas

00:45:30 de l'ordre du ressenti et de la vibration et vous avez cette tradition-là qu'il ne faudrait absolument pas négliger

00:45:37 comme telle c'est ça nous enrichit énormément euh alors la rupture oui chez les rabbins [lecture incertaine] il y avait quelque chose

00:45:46 qui disait de rupture en rupture à l'innovation essayons de comprendre aussi on le sait le christianisme est une rupture

00:45:55 mais aussi un accomplissement moi, je fais le vœu qu'il peut y avoir un humanisme en tout cas

00:46:00 c'est celui que j'aimerais qu'un jour on puisse rebâtir qui soit en rupture euh mais sans négation en rupture innovante

00:46:12 euh et cela commence par réhabiliter la grande hétérogénéité la grande richesse passionnelle du besoin de croire alors l'homme là-dedans

00:46:22 et tout ça l'homme est femme et l'homme est passionnel [formule finale à vérifier à l’écoute avant citation publique]

3. Carte générale de l’intervention

Cette carte sert uniquement de repérage dans l’intervention. La transcription complète figure ci-dessus.

MomentHorodatageFonction dans l’intervention
Ouverture : Newman comme détour nécessaire vers le besoin de croire00:00:31–00:04:25Kristeva annonce qu’elle ne peut pas partir directement de Freud : elle commence par Newman pour repérer des résonances avec la psychanalyse.
Programme de Kristeva : affect filial, foi, psychanalyse00:04:36–00:05:37Elle formule le programme : besoin de croire, désir de savoir, affect filial père-fils, question de l’infaillibilité pontificale laissée en réserve.
Myself and my Creator : coprésence, certitude, métaphores corporelles00:05:43–00:10:48Le noyau Newman : la certitude absolue de la coprésence entre le moi et le Créateur, plus certaine que les pieds et les mains.
Zone hétérogène du croire : images, ombres, assentiment, art00:10:59–00:13:24Le croire apparaît comme processus mêlant images, sensations, conscience, raison élargie, assentiment réel et esthétique.
Les trois temps du Credo de Newman00:13:32–00:18:53Kristeva distingue l’empreinte/iconicité, la grâce implantée par amour, puis la décision de croire élargie au genre humain.
L’éthos chrétien comme mystique00:19:03–00:21:46Newman est lu comme mystique sans se nommer mystique : l’éthos chrétien est porté par la coprésence pré-rationnelle et rationnelle.
Freud, Lacan et la psychanalyse au croisement du croire et du savoir00:21:55–00:23:00La psychanalyse est placée au carrefour du besoin de croire et du désir de savoir, au-delà de la réduction freudienne de la religion à l’illusion.
J’ai cru et j’ai parlé : foi, parole, confiance00:23:09–00:26:21Le croire devient condition de l’acte de parole : parler suppose l’investissement de l’adresse et de l’autre.
Père de la préhistoire individuelle, mère-enfant, chôra00:26:31–00:31:22Le tiers paternel archaïque, mais aussi la médiation maternelle et le sentiment océanique, structurent le passage vers le signe et le symbole.
Mystique et psychanalyse : même point d’attaque, régime différent00:31:32–00:33:52Freud est relu : mystique et psychanalyse touchent un même point archaïque, mais avec des directions de travail différentes.
Sécularisation, besoin de croire, humanisme innovant00:34:08–00:39:31La sécularisation a critiqué les abus religieux sans déconstruire le besoin de croire ; Kristeva appelle à un humanisme de rupture sans négation.
Catholicisme, art, chair, baroque, sensible00:39:39–00:42:23Le catholicisme est valorisé comme tradition capable d’articuler haute cogitation, enfance, sensoriel, musique, poésie, image et baroque.
Critique de l’Église contemporaine : affect, féminin, passion00:42:31–00:46:22Kristeva reproche au discours théologique d’avoir perdu la chair, le sensible, le discours amoureux, le féminin, la mère, la fille et la passion.

4. Problème central : qu’est-ce que « croire » ?

La conférence se tient sur une ligne très fine. Kristeva ne demande pas seulement : pourquoi Newman croit-il ? Elle demande plutôt : quelle structure psychique, linguistique, affective et symbolique permet à un sujet de croire, de parler, de savoir et de se tenir devant l’autre ?

Le croire n’est donc pas réduit à l’adhésion consciente à une proposition religieuse. Il est décrit comme une opération plus profonde : une capacité d’investissement, une tenue de l’adresse, une certitude vitale qui précède la preuve logique. Le sujet parlant n’entre pas dans le langage par calcul ; il y entre parce qu’il croit que la parole peut atteindre quelqu’un, revenir, porter, répondre, transformer.

Dans cette perspective, Newman devient exemplaire parce qu’il articule trois régimes normalement séparés :

⬢ le régime théologique : Dieu, Créateur, Père, grâce, sainteté ;

⬢ le régime psychanalytique : père archaïque, mère-enfant, affect filial, besoin de croire ;

⬢ le régime esthétique et mystique : ombres, images, sensoriel, poésie, musique, art, vibration.

La force de Kristeva consiste à ne pas écraser un régime par l’autre. Elle ne dit pas que Newman « n’a fait que projeter son père » ; elle ne dit pas non plus que la psychanalyse devrait redevenir théologie. Elle installe un passage : la théologie donne une grammaire du croire ; la psychanalyse donne une archéologie du croire ; l’art donne au croire sa chair sensible.

5. Newman : de l’empreinte à la coprésence

5.1. L’événement de 1816

Kristeva part d’un moment biographique précis : Newman, âgé de quinze ans, reste à Ealing pendant l’été 1816, alors que la banque paternelle fait faillite. Séparé des siens, accompagné par le révérend Walter Mayers, il vit ce qu’il nommera plus tard un grand changement. Le dogme chrétien devient pour lui non plus une impression extérieure mais une certitude absolue.

La formule clé est : « myself and my Creator ». Elle indique une scène minimale : le moi et le Créateur, sans médiation phénoménale, sans dispersion mondaine, dans une évidence lumineuse.

Kristeva insiste sur une précaution : Newman dit aussi « Secretum meum mihi ». Il ne livre pas tout. Cela interdit une réduction psychologique brutale. L’expérience peut être analysée, mais elle conserve un noyau de secret.

5.2. Une certitude plus forte que le corps

Newman affirme qu’il est plus certain de cette présence que d’avoir des pieds et des mains. Cette image est essentielle. Elle montre que la certitude religieuse n’est pas seulement intellectuelle : elle touche le corps comme étalon de réalité. La foi apparaît comme plus certaine que l’évidence sensorielle ordinaire.

Pour Kristeva, ce point oblige à sortir du rationalisme étroit. Newman ne quitte pas la raison ; il travaille une raison dilatée, capable d’accueillir images, ombres, affects, sensations, mémoire, intériorité, conscience, assentiment.

5.3. Le père comme parabole invisible

Newman cherche à parler du Créateur. Les mots manquent. Il recourt à une analogie : de même que l’amour filial suppose le fait du père humain, la piété suppose que l’Être absolu soit un fait.

Kristeva repère alors un noyau psychanalytique : le Créateur peut fonctionner comme parabole invisible de la paternité humaine. Ce n’est pas une réduction de Dieu au père empirique. C’est une lecture de la fonction relationnelle qui permet au sujet de se constituer devant un tiers aimant, porteur, séparateur et reconnaissant.

6. La zone hétérogène du croire

Newman décrit un processus irréductible au raisonnement pur comme à l’émotion pure. Il parle d’ombres, d’images, de luminosité secrète, de sens intérieur, de cœur. Kristeva y reconnaît une zone anté-prédicative, proche de ce que les phénoménologues décrivent comme expérience avant jugement, et de ce qu’elle appelle elle-même le sémiotique dans la signifiance.

Le croire devient alors un champ composite :

⬢ images et ombres ;

⬢ corps et sensation ;

⬢ conscience et assentiment ;

⬢ affect et cognition ;

⬢ raison et pré-rationalité ;

⬢ parole théologique et langage esthétique.

C’est pourquoi Kristeva évoque l’art, la poésie, la musique. Lorsque le croire traverse des zones que le concept ne peut pas saturer, il appelle des régimes de parole non purement démonstratifs. L’esthétique n’est pas un ornement ; elle devient le langage propre des états pré-objectaux, affectifs et mystiques.

7. Les trois temps du Credo chez Newman

7.1. Premier temps : empreinte, icône, impression

Le Credo commence comme empreinte. Dieu s’imprime dans le croyant ; la foi est reçue comme inscription, déposition, image intérieure. Kristeva rapproche cette dimension de l’icône et des débats byzantins sur les images de Dieu.

Mais ce régime comporte un risque : l’empreinte peut conduire au retrait du monde, à l’introversion, voire au désespoir. Si la foi reste seulement impression passive, elle peut se couper de la relation et du monde.

7.2. Deuxième temps : grâce implantée et lien d’amour

L’empreinte devient grâce. Mais cette grâce n’est pas seulement imputée de l’extérieur ; elle est implantée par et pour l’amour du Père. La foi se transforme en lien intersubjectif : moi par Lui, Lui par moi.

C’est ici que la foi cesse d’être simple réception. Elle devient participation, initiative du croyant, conflit entre appel et réponse. Le don amoureux est gratification, mais aussi épreuve. La foi n’est pas repos ; elle est tension vivante.

7.3. Troisième temps : décision de croire, humanisme chrétien, sainteté

La décision de croire ne reste pas enfermée dans l’intimité. Elle s’ouvre aux pauvres, aux illettrés, à ceux qui ressentent la foi dans sa dimension pré-rationnelle. Le lien entre le moi et le Créateur devient universalisable : il concerne le genre humain.

La finalité est la sainteté. Mais cette sainteté n’est pas pure morale ; elle est accomplissement d’une coprésence sensorielle, affective, rationnelle et universalisée.

8. L’éthos chrétien comme mystique

Kristeva propose une formule forte : l’essence de l’éthos chrétien est mystique.

Il faut bien entendre ce mot. La mystique n’est pas ici une marge irrationnelle ou une fuite vague dans l’intériorité. Elle désigne le point où l’expérience effective, l’image, la sensation, l’affect, la rationalité et le dogme tiennent ensemble.

Newman n’a pas forcément revendiqué le mot mystique pour lui-même. Mais Kristeva lit son expérience comme mystique parce qu’elle unit :

⬢ la certitude intime ;

⬢ la coprésence moi-Créateur ;

⬢ le lien Père-Fils ;

⬢ la rationalisation du Credo ;

⬢ l’ouverture à l’humanité ;

⬢ la sainteté comme horizon.

Cette mystique a une fonction dogmatique : elle ne détruit pas le dogme ; elle le réanime. Sans elle, le dogme risque de devenir code, grammaire froide, système sans vibration.

9. Psychanalyse : besoin de croire et désir de savoir

Kristeva déplace ensuite le débat. Après Freud et Lacan, dit-elle, la psychanalyse se trouve au carrefour où le besoin de croire croise le désir de savoir.

Elle ne nie pas que Freud ait parlé de la religion comme illusion. Mais elle rappelle que l’œuvre freudienne est aussi une archéologie de la fonction paternelle : Œdipe, Totem et Tabou, Moïse et le monothéisme. Freud ne se contente pas de détruire la religion ; il explore les conditions psychiques qui rendent possible l’attachement aux figures du père, de la loi, de l’idéal et de la communauté.

L’hypothèse kristevienne est plus radicale : le besoin de croire soutient le désir de savoir. Pour vouloir savoir, il faut déjà croire que savoir est possible. Pour parler, il faut déjà croire que l’adresse vaut. Pour penser, il faut déjà investir une activité de représentation.

10. « J’ai cru et j’ai parlé »

Kristeva mobilise le Psaume 116 et sa reprise par Paul : « J’ai cru et j’ai parlé ».

Elle en tire une proposition anthropologique : je parle parce que quelqu’un m’a parlé et m’a écouté. Même si mes paroles sont pauvres, plaintives, mensongères ou décevantes, l’acte de parler repose sur une confiance première dans la parole de l’autre.

La foi, à ce niveau, n’est pas encore confession religieuse organisée. Elle est investissement de l’acte de parole. Elle soutient toute parole parce qu’elle porte l’idée minimale que parler peut avoir lieu, que l’autre peut entendre, que l’adresse n’est pas vaine.

Avec Benveniste et l’étymologie de credo / śraddhā, Kristeva insiste sur la dimension d’investissement : croire, c’est donner son cœur, déposer sa confiance, engager quelque chose de soi dans l’autre.

11. Père archaïque, mère-enfant, chôra

La psychanalyse repère un moment où l’enfant se projette dans un tiers aimant auquel il s’identifie. Kristeva parle du père de la préhistoire individuelle : un père plus archaïque que le père de l’interdit. Il ne dit pas encore seulement « non » ; il reconnaît, soutient, permet à l’enfant de se séparer de la dyade mère-enfant.

Mais Kristeva ajoute immédiatement que cette scène n’est pas simplement duale. Elle est ternaire. Le passage vers le père se fait par l’intermédiaire de l’amour maternel pour ce père. La mère n’est donc pas effacée ; elle médiatise le passage.

À cette fonction paternelle archaïque s’ajoute la relation précoce mère-enfant : sentiment océanique, allégresse, détente, mais aussi peur de noyade, angoisse de dissolution. Kristeva évoque la chôra platonicienne : un pré-espace, un réceptacle, une zone avant la rationalité cartésienne.

Le croire se situe donc avant l’objet. Il est pré-objectal, pré-génital, pré-conceptuel. Il ne dit pas encore : « je désire ceci ». Il dit plutôt : « je suis porté vitalement à investir une activité de parole, de pensée, de respiration, de nutrition, de symbolisation ».

12. Mystique et psychanalyse

Kristeva rappelle un point freudien : mystique et psychanalyse se confrontent à un même point. Toutes deux touchent la zone où le moi plonge dans le pulsionnel, dans l’obscur, dans les ombres et les lumières.

Mais la direction n’est pas identique. Le mystique peut plonger dans le moi, ou dans l’Es, ou dans l’expérience obscure de l’intériorité. L’analyse, lorsqu’elle réussit, fait émerger le moi du ça. Kristeva note toutefois que les grands mystiques peuvent aussi accomplir des mouvements très complexes, et que la psychanalyse elle-même échoue souvent à tenir ces deux mouvements.

La rupture avec la théologie est donc réelle. Mais la psychanalyse peut devenir solidaire d’un certain nombre de préoccupations éthiques : notamment lorsque la fonction paternelle est ébranlée et que les sociétés sécularisées ne savent plus comment soutenir le besoin de croire sans retomber dans le fondamentalisme.

13. Sécularisation : rupture sans négation

Kristeva insiste sur la sécularisation comme rupture majeure. Les Lumières ont ciblé les abus de la religion : obscurantisme, fondamentalisme, violence, guerres de religion, abus institutionnels.

Mais, selon elle, la pensée moderne n’a pas vraiment déconstruit le besoin de croire lui-même. Elle a combattu ses formes abusives sans penser son enracinement anthropologique.

D’où une proposition : les sciences humaines ne sont pas seulement nihilistes. Elles peuvent ouvrir des innovations. La psychanalyse post-freudienne peut enrichir la notion de besoin humain. Manger, boire, se loger sont des besoins fondamentaux ; mais si l’humain est un être parlant, alors croire fait aussi partie des fondamentaux de l’humain.

C’est ici que Kristeva parle de transcendance hyper-immanente : quelque chose que les religions appellent surnaturel peut être lu, par la psychanalyse, comme inscrit au plus bas, au plus archaïque, au plus vital de l’expérience humaine.

14. Catholicisme, art, chair, baroque

La partie la plus forte pour une lecture théologique est peut-être celle-ci : Kristeva dit aux catholiques qu’ils possèdent une richesse anthropologique immense, parce qu’ils ont su appuyer la plus haute pensée sur les vibrations sensorielles les plus archaïques.

Le Dieu chrétien peut être un bébé et le plus grand des théologiens. Cette diagonale fascine Kristeva : elle relie le très infantile et le très spéculatif, le corps et la pensée, la chair et le dogme.

D’où l’importance de l’art. L’Église comme corpus mysticum est impensable sans musique, peinture, poésie, architecture, langage sensible. Saint-Eustache devient un exemple : lieu de musique, de mémoire, de présence artistique. Le catholicisme n’a pas seulement transmis des idées ; il a transmis des vibrations, des formes, des images, des corps.

Kristeva parle même de l’érotisme du christianisme, particulièrement dans le catholicisme baroque. Il ne s’agit pas de réduire la foi à l’érotisme, mais de rappeler que la foi chrétienne a souvent touché les affects les plus profonds par des formes sensibles.

15. Critique de l’Église contemporaine

La critique de Kristeva est précise. Elle reproche au discours théologique contemporain de se priver de deux choses :

⬢ l’épaisseur sensorielle ;

⬢ un discours sur l’amour et les affects.

Il fut une époque où le théologien était aussi poète. Quand théologie et poésie rompent leurs liens, le discours perd sa contagiosité. Il devient grammatical, conventionnel, abstrait.

La deuxième critique touche au féminin. Newman construit une grammaire Père-Fils. Kristeva demande : où est passée la fille ? Et aussi : où est la mère ? où est la sexualité féminine ? où est la maternité ?

Elle ne propose pas simplement un ajout décoratif du féminin. Elle demande que l’Église et la laïcité élaborent ensemble un discours sur la maternité, les affects, la passion, l’amour, la sexualité, la sublimation. Sans cela, on ne peut plus parler à des sujets du XXIe siècle désinhibés affectivement.

Le passage sur la pédophilie s’inscrit dans ce cadre : si l’institution ne travaille pas les affects, l’amour, la passion, les zones archaïques, elle reste dans la grammaire et s’expose à des scandales où ce qui n’est pas élaboré revient sous forme destructrice.

16. Champ de croyance, secret, filiation

Chez Kristeva, Newman n’apparaît pas comme un cas à réduire, mais comme un point d’intensité où plusieurs régimes se croisent : foi, parole, affect, filiation, secret, besoin de croire.

La formule Secretum meum mihi ouvre un lieu de retrait. Elle ne ferme pas le sujet sur une intériorité close ; elle marque plutôt une réserve active, un noyau non appropriable où la croyance demeure liée à la parole singulière, à l’adresse, au père, à la mémoire affective et à ce qui ne se laisse pas entièrement exposer.

La psychanalyse n’entre pas ici comme système de remplacement. Elle agit comme mode de lecture : elle suit les conditions psychiques, corporelles et symboliques qui rendent possible l’acte de croire. La théologie, elle, garde une autre portée : elle conserve la densité de la foi, du dogme, de la tradition, de la grâce, du rapport au Dieu personnel. Les deux champs ne fusionnent pas ; ils entrent en résonance locale.

La conférence se tient dans cette circulation. Newman devient une figure où la croyance n’est pas seulement adhésion intellectuelle, mais configuration vivante : corps parlant, passion, dépendance première, relation au maternel, appel du père, blessure, sublimation, fidélité à une parole intérieure.

Dans une lecture Q^, la foi n’est pas ramenée à une cause unique. Elle se laisse lire comme actualisation locale d’un champ plus vaste : un fait biographique, une parole théologique, une structure affective, une mémoire corporelle, une scène de filiation et un reste non saturé. Ce reste compte autant que ce qui se formule.

Kristeva laisse ainsi apparaître une morphogenèse du croire : non pas une origine simple, mais une composition instable de modes. Le besoin de croire traverse le corps, la langue, la mère, le père, l’amour, la perte, l’institution et le secret. La foi ne se réduit pas à l’un de ces plans ; elle se forme dans leur co-présence, dans leurs écarts, dans leurs tensions et dans leurs reprises.

La modernité sécularisée ne supprime donc pas le croire. Elle en déplace les coordonnées. Là où l’évidence théologique ne suffit plus à porter seule l’expérience, Kristeva cherche les lignes encore actives : affect, confiance, parole adressée, capacité d’aimer, capacité de transmettre, capacité de symboliser ce qui excède le sujet.

17. Formule synthétique

Kristeva ne défend pas simplement la foi contre la raison. Elle montre que la raison vivante naît d’un croire plus ancien qu’elle, et que ce croire ne survit humainement que s’il reste traversé par le corps, l’art, l’amour, la parole, la mère, le père, le désir, la passion et la possibilité de savoir.

18. Lecture morphogénétique complémentaire — Q^ / MNL^ / champ de condensation

Cette partie est complémentaire. Elle ne remplace pas la lecture de Kristeva et ne se mélange pas avec la transcription. Elle sert seulement à rendre visibles les régimes de champ qui travaillent la conférence.

La conférence peut être lue comme un champ du croire : un champ où le dogme, l’affect, le corps, le langage, la mère, le père, l’art et l’institution se condensent localement autour d’une formule-source : myself and my Creator.

18.1. Materia — portance archaïque

Le croire possède une portance corporelle : respiration, alimentation, relation mère-enfant, sentiment océanique, chôra, vibration sensorielle. Avant l’objet désiré, il existe une activité vitale d’investissement. Le croire n’est pas d’abord contenu ; il est milieu porteur.

18.2. Nox — secret, ombre, pré-objectal

Newman ne dit pas tout : Secretum meum mihi. Ce secret n’est pas un manque documentaire ; il protège une zone que le concept ne peut pas entièrement saturer. Ombres, images, impressions, pré-rationalité, pré-objectalité : la nuit du croire ne détruit pas le sens, elle empêche sa capture par une grammaire plate.

18.3. Lux — parole, assentiment, apparition

La lumière apparaît dans l’acte de parole : « J’ai cru et j’ai parlé ». L’investissement archaïque devient adresse. Le sens illatif et l’assentiment newmanien donnent forme à une certitude qui n’était pas d’abord démonstration, mais coprésence.

18.4. Janus — seuil théologie / psychanalyse

Kristeva tient un seuil dissymétrique : Newman et le dogme d’un côté ; Freud, Lacan et la psychanalyse de l’autre. Les deux régimes ne fusionnent pas. La théologie donne une grammaire du croire ; la psychanalyse en explore l’archéologie ; l’art en maintient la vibration sensible.

18.5. Libellule — portance sans fixation

Le discours avance par portance : Newman → père → parole → Freud → mère → chôra → mystique → art → Église → féminin. Aucune station ne devient fondation unique. Le croire tient parce qu’il circule entre plusieurs ailes : dogme, affect, corps, langue, image, art, institution et critique.

19. Schéma synthétique

Carte de lecture - dynamique du croire chez Kristeva lisant Newman
Carte de lecture - dynamique du croire chez Kristeva lisant Newman

Carte de lecture : passages entre foi, langage, memoire et institution dans l?intervention.

Carte de lecture : passages entre foi, langage, memoire et institution dans l?intervention.

flowchart TD
    A[Newman : grand changement de 1816] --> B[Myself and my Creator]
    B --> C[Certitude absolue / coprésence]
    C --> D[Ombres, images, corps, inward sense]
    D --> E[Credo en trois temps]
    E --> E1[Empreinte / icône]
    E --> E2[Grâce implantée / amour Père-Fils]
    E --> E3[Décision de croire / sainteté / humanisme chrétien]
    E3 --> F[Éthos chrétien mystique]
    F --> G[Psychanalyse : besoin de croire + désir de savoir]
    G --> H[J’ai cru et j’ai parlé]
    H --> I[Foi comme condition de l’acte de parole]
    I --> J[Père de la préhistoire individuelle]
    J --> K[Médiation maternelle / dyade mère-enfant]
    K --> L[Chôra / sentiment océanique / pré-objectal]
    L --> M[Mystique et psychanalyse]
    M --> N[Critique de l’Église contemporaine]
    N --> O[Art, chair, passion, féminin, mère, fille]
    O --> P[Humanisme de rupture sans négation]

20. Apparat de correction appliqué à la transcription

La transcription fournie est conservée comme base. Les interventions ont été limitées à l’orthographe, aux accords, aux accents, à la ponctuation minimale, aux majuscules de noms propres et aux lectures lexicales manifestement mal reconnues par la transcription automatique. Les hésitations, répétitions et ruptures de l’oral sont conservées.

Corrections principales appliquées

Forme brute ou problématiqueForme corrigée / retenueType de correction
HalingEalingNom propre / lieu
secretomiSecretum meum mihiLatin / formule citée
KirkegardeKierkegaardNom propre
rationnalismerationalismeOrthographe
fronésisphronèsisGrec / terme philosophique
sens ilatifsens illatifTerme newmanien
coritourCor ad cor loquiturLatin / devise de Newman
Saint-Bernard de Clervaveausaint Bernard de ClairvauxNom propre
cheouserchez HusserlNom propre / syntaxe évidente
NissforNicéphoreNom propre / patriarche byzantin
unwnessunworldlinessAnglais / terme de Newman
évangélicalévangélique / evangelicalLexique religieux
automistethomisteTerme philosophique probable
Maurice BlandMaurice BlondelNom propre probable
gramaire de sentimentGrammaire de l’assentimentTitre / concept newmanien
Maître ÉcarteMaître EckhartNom propre
Thérèse DavillaThérèse d’AvilaNom propre
stradaśraddhāSanskrit / étymologie
Émile BenvénistÉmile BenvenisteNom propre
la campanLacanNom propre probable
sentiment oaniquesentiment océaniqueConcept freudien
Corachôra / khôraTerme platonicien
non carthésiennon cartésienOrthographe / philosophie
SaintesteSaint-EustacheLieu de l’intervention
arbre baroqueart baroqueLexique évident selon le contexte
la merla mèreContexte maternel explicite

Lectures conservées comme incertaines

HorodatageSegmentTraitement éditorial
00:05:57“la coprésence…” avec insertion parasitéePassage marqué comme incertain ; aucune reconstruction forcée.
00:09:22“le raisonnement est infini comme le nombre…”Lecture inaudible maintenue.
00:18:27“Père-médium…”Lecture incertaine maintenue.
00:42:40“Balthasar, Gracián…”Référence probable, à vérifier à l’écoute.
00:45:37“chez les rabbins…”Lecture incertaine maintenue.
00:46:22“l’homme est femme et l’homme est passionnel”Formule conservée, mais à vérifier à l’écoute complète avant citation publique.

21. Index des auteurs, œuvres et notions cités ou impliqués

Julia Kristeva

Psychanalyste, sémioticienne, philosophe, romancière et critique littéraire. Dans cette intervention, elle mobilise son travail sur le besoin de croire, le sémiotique, la chôra, le féminin, la maternité, l’amour et les rapports entre psychanalyse, religion et littérature.

Œuvres utiles :

⬢ Cet incroyable besoin de croire, Bayard, 2007.

⬢ Histoires d’amour, Denoël, 1983.

⬢ La Révolution du langage poétique, Seuil, 1974.

⬢ Pouvoirs de l’horreur. Essai sur l’abjection, Seuil, 1980.

⬢ « Stabat Mater » / « Héréthique de l’amour », première publication dans Tel Quel, 1977.

John Henry Newman

Théologien, écrivain, poète et cardinal anglais, passé de l’anglicanisme au catholicisme. Dans la conférence, il est la figure centrale permettant à Kristeva de penser la foi comme certitude, coprésence, assentiment, relation Père-Fils et mystique chrétienne.

Œuvres utiles :

⬢ Apologia Pro Vita Sua, 1864 ; édition révisée 1865.

⬢ An Essay in Aid of a Grammar of Assent, 1870.

⬢ The Idea of a University, 1852.

⬢ Devise cardinalice : Cor ad cor loquitur.

Sigmund Freud

Fondateur de la psychanalyse. Kristeva rappelle qu’on réduit souvent Freud à la thèse de la religion comme illusion, mais que son œuvre propose aussi une archéologie de la fonction paternelle et des formes archaïques du croire.

Textes utiles :

⬢ Totem et Tabou, 1913.

⬢ L’Avenir d’une illusion, 1927.

⬢ Malaise dans la civilisation, 1930.

⬢ L’Homme Moïse et la religion monothéiste, 1939.

⬢ Échanges avec Romain Rolland sur le sentiment océanique.

⬢ Notes tardives sur mystique et psychanalyse, à vérifier selon l’édition freudienne utilisée.

Jacques Lacan

Psychanalyste français. Kristeva le mentionne comme celui qui a ouvert certaines pistes sur le savoir de l’inconscient, mais elle ajoute qu’avant de savoir, il faut croire que l’on peut savoir.

Émile Benveniste

Linguiste français. Kristeva le cite pour l’analyse de credo et de śraddhā, où croire signifie investir, donner sa confiance, déposer son cœur dans une relation d’attente et de retour.

Œuvre utile :

⬢ Le Vocabulaire des institutions indo-européennes, Minuit, 1969.

Psaume 116 et 2 Corinthiens 4,13

Formule centrale : « J’ai cru et j’ai parlé ». Kristeva en fait le point d’appui d’une anthropologie de la parole : parler suppose une confiance dans l’adresse.

Platon — Timée

La chôra est évoquée comme pré-espace, réceptacle, zone antérieure à la rationalité stricte. Kristeva l’emploie pour penser les couches maternelles, rythmiques et pré-symboliques du sens.

Bernard de Clairvaux

Référence à l’affectus et aux lectures mystiques du Cantique des cantiques. Il représente une tradition où théologie et amour ne sont pas séparés.

Thérèse d’Avila

Mystique carmélite. Kristeva l’évoque comme exemple d’une mystique capable de traverser les mouvements profonds du moi, de l’affect et de la pensée.

Maître Eckhart

Mystique rhénan. Cité comme figure ayant préparé un vocabulaire qui irrigue ensuite la philosophie européenne.

Henri de Lubac

Théologien catholique. Mentionné comme lecteur attentif du chemin menant Newman du protestantisme au catholicisme et de la mystique comme ferment du dogme.

Richard de Saint-Victor

Référence médiévale associée à l’idée d’une raison dilatée, c’est-à-dire d’une raison non réduite au rationalisme étroit.

Nicéphore de Constantinople

Patriarche impliqué dans la défense byzantine des images. Kristeva l’évoque dans la discussion sur l’icône, l’impression et l’empreinte divine.

Baltasar Gracián / Balthasar ?

La transcription donne « Balthasar / Gracián ? ». Lecture probable : Baltasar Gracián, écrivain baroque espagnol. Passage à vérifier à l’écoute exacte. Le contexte concerne le lien entre théologie, poésie et intensité des mots.

22. Références bibliographiques, webographiques et iconographiques commentées

Sources directes

⬢ Julia Kristeva, intervention sur John Henry Newman et le besoin de croire, vidéo YouTube : https://youtu.be/lC4cxfsdHik.

Source audiovisuelle de l’intervention. Les horodatages du présent document renvoient directement à cette vidéo.

⬢ Transcription fournie par l’utilisateur, transcription_julia_kristeva.pdf.

Base textuelle du présent fichier. La transcription a été corrigée orthographiquement et lexicalement lorsque l’erreur était évidente, sans réécriture interprétative du propos oral.

John Henry Newman

⬢ *John Henry Newman, Apologia Pro Vita Sua***, 1864 ; édition révisée 1865. Texte en ligne : https://www.newmanreader.org/works/apologia/.

Source centrale pour le récit du « grand changement », la mémoire de l’adolescence, la réserve du secret et la formule existentielle du rapport à Dieu.

⬢ *John Henry Newman, An Essay in Aid of a Grammar of Assent***, 1870. Texte en ligne : https://www.newmanreader.org/works/grammar/.

Arrière-plan majeur pour l’assentiment, le sens illatif, la certitude et la rationalité élargie du croire.

⬢ *John Henry Newman, The Idea of a University***, 1852. Texte en ligne : https://www.newmanreader.org/works/idea/.

Utile pour replacer Newman dans une conception élargie de la raison, de la formation et de l’intelligence chrétienne.

⬢ Page encyclopédique John Henry Newman : https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Henry_Newman.

Repère biographique général à utiliser avec prudence, en complément des sources primaires.

Julia Kristeva

⬢ *Julia Kristeva, Cet incroyable besoin de croire***, Paris, Bayard, 2007.

Référence directe pour le concept kristevien de besoin de croire, sa dimension pré-religieuse et son lien au désir de savoir.

⬢ *Julia Kristeva, Histoires d’amour***, Paris, Denoël, 1983.

Arrière-plan pour l’affect, l’investissement amoureux, le père archaïque et la dynamique du lien.

⬢ *Julia Kristeva, La Révolution du langage poétique***, Paris, Seuil, 1974.

Fondamental pour le sémiotique, la signifiance et les couches pré-symboliques du langage.

⬢ *Julia Kristeva, Pouvoirs de l’horreur. Essai sur l’abjection***, Paris, Seuil, 1980.

Utile pour comprendre les zones limites du corps, du sujet, du symbolique et du religieux.

⬢ Julia Kristeva, « Stabat Mater » / « Héréthique de l’amour », première publication dans Tel Quel, 1977 ; reprises et traductions ultérieures.

Référence importante pour la maternité, le féminin, Marie et l’articulation entre discours théorique et expérience corporelle.

⬢ Site officiel Julia Kristeva : https://www.kristeva.fr/.

Repère bibliographique et biographique.

Psychanalyse, langage, croire

⬢ *Sigmund Freud, Totem et Tabou***, 1913.

Arrière-plan pour le père archaïque, la loi, l’interdit, le groupe et le religieux.

⬢ *Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion***, 1927.

Texte incontournable pour la religion comme illusion, que Kristeva relit sans réduire Freud à cette seule formule.

⬢ *Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation***, 1930.

Texte majeur pour la tension entre civilisation, pulsion, croyance, culpabilité et institution.

⬢ *Sigmund Freud, L’Homme Moïse et la religion monothéiste***, 1939.

Dernier grand texte freudien sur religion, monothéisme, père, mémoire et transmission.

⬢ *Jacques Lacan, Le Séminaire***.

Arrière-plan pour le sujet, le symbolique, l’Autre, le savoir et la fonction du Nom-du-Père. Kristeva le mentionne comme point de passage, puis déplace l’accent vers la nécessité de croire pour pouvoir savoir.

⬢ *Émile Benveniste, Le Vocabulaire des institutions indo-européennes***, Paris, Minuit, 1969.

Source de l’analyse de credo / śraddhā : croire comme investissement, confiance, dépôt du cœur, logique du crédit.

⬢ Psaume 116,10 et 2 Corinthiens 4,13.

Source scripturaire de la formule « J’ai cru et j’ai parlé », que Kristeva transforme en thèse anthropologique sur la parole.

⬢ *Platon, Timée***.

Référence pour la chôra : pré-espace, réceptacle, zone antérieure à la rationalité formelle.

Théologie, mystique, art

⬢ *Richard de Saint-Victor, De Trinitate***.

Référence médiévale pour une raison contemplative et dilatée, non réduite au rationalisme étroit.

⬢ *Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique des cantiques***.

Référence majeure pour l’affectus, l’amour mystique et la possibilité d’une théologie affective.

⬢ *Thérèse d’Avila, Le Livre de la vie ; Le Château intérieur***.

Référence mystique essentielle pour le corps, l’affect, l’intériorité, la passion et la transformation du moi.

⬢ *Maître Eckhart, Sermons allemands et traités*.

Figure de la mystique rhénane, mentionnée par Kristeva comme source d’un vocabulaire qui féconde la philosophie européenne.

⬢ *Henri de Lubac, Corpus Mysticum ; Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme***.

Arrière-plan théologique pour Newman, le dogme, l’Église comme corps et la dimension mystique du catholicisme.

⬢ Nicéphore de Constantinople, textes liés à la défense des icônes.

Repère pour le débat byzantin sur les images, l’empreinte et l’économie de l’icône.

⬢ *Baltasar Gracián, L’Art de la prudence***.

Référence baroque probable dans la transcription ; passage à vérifier à l’écoute exacte.

Iconographie intégrée

⬢ Miniature vidéo YouTube : https://img.youtube.com/vi/lC4cxfsdHik/hqdefault.jpg.

Repère visuel de la source audiovisuelle.

⬢ Julia Kristeva à Paris en 2008, Wikimedia Commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Julia_Kristeva_%C3%A0_Paris_en_2008.jpg.

Image utilisée pour situer la voix principale de l’intervention.

⬢ John Henry Newman par John Everett Millais, Wikimedia Commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:John_Henry_Newman_by_Sir_John_Everett_Millais,_1st_Bt.jpg.

Portrait utilisé pour centrer la figure-source de la conférence.

⬢ Intérieur de Saint-Eustache, Wikimedia Commons / Diliff : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Church_of_St_Eustace_Interior,_Paris,_France_-_Diliff.jpg.

Image liée au lieu de l’intervention et au motif de l’Église comme espace d’art, de musique et de parole.

⬢ Christ Pantocrator du Sinaï, Wikimedia Commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Spas_vsederzhitel_sinay.jpg.

Image liée à l’axe de l’icône, de l’empreinte et de la visibilité théologique.

⬢ *Bernin, Extase de sainte Thérèse***, Wikimedia Commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ecstasy_of_St._Teresa_HDR.jpg.

Image liée à l’axe baroque, mystique, passionnel et sensoriel.

24. Conclusion générale

La conférence tient une tension rare : Newman échappe à la réduction symptomatique comme à la mise hors analyse. Kristeva prend son expérience comme un opérateur de lecture du croire. Le croire apparaît comme une formation hétérogène : empreinte, image, affect, père, mère, parole, pré-objectal, raison, mystique, dogme, art, passion.

Le cœur du propos est peut-être ceci : la modernité peut déconstruire les abus religieux, mais elle ne peut pas simplement supprimer le besoin de croire sans risquer de laisser le sujet parlant sans portance. L’Église, inversement, ne peut pas se contenter de grammaire, de morale ou de rationalisation : si elle abandonne le sensible, le poétique, le féminin, le maternel, l’amour et la passion, elle perd ce qui faisait vibrer sa propre tradition.

La foi, dans cette lecture, n’est pas seulement un contenu : elle est tenue passionnelle de l’adresse. Elle commence avant le savoir, elle rend la parole possible, elle traverse le corps, elle demande l’art, elle exige une élaboration des affects, et elle ne peut survivre qu’en restant ouverte à la fois à la mystique et à l’analyse.