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title: "Jacques-Alain Miller, la passe et la machine de Turing"
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category: "Explorations"
subcategory: "Explorations"
date: "2026-06-18"
updated: "2026-06-18"
description: "Lecture de la passe lacanienne à partir de la machine de Turing, de l’énoncé, de l’énonciation, de S(Ⱥ), de l’analogon et du rôle de l’A.E. dans l’École."
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  - "Psychanalyse"
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# Jacques-Alain Miller, la passe et la machine de Turing  
*Pourquoi une analyse ne se réduit jamais à une procédure*

**Vidéo source :** [Jacques-Alain Miller — *Comment se passent les analyses*](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU)  
**Contexte :** intervention du 11 juin 2022 autour de la parution de *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe*.

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## Introduction

Cette page propose une lecture développée de l’intervention de Jacques-Alain Miller, *Comment se passent les analyses*, à partir d’un axe conducteur : **pourquoi une analyse peut-elle finir, alors qu’elle n’obéit à aucune procédure universelle ?**

Miller y mobilise un analogon inattendu : la **machine de Turing**. Une telle machine avance selon une procédure formelle, manipule des symboles, passe d’un état à un autre et rencontre un problème central : **quand s’arrête-t-elle ?**

Cette question éclaire directement la psychanalyse : une cure peut-elle s’arrêter autrement que par fatigue, abandon, satisfaction provisoire ou convention sociale ? Peut-elle trouver une conclusion qui vienne de sa logique interne ?

Mais Miller introduit une limite décisive : **la machine de Turing est une procédure universelle, alors qu’il n’existe pas de procédure universelle dans la cure analytique**. Cette phrase interdit de transformer la psychanalyse en algorithme. La machine de Turing aide à penser certains traits formels de la cure — série, scansion, inscription, arrêt — mais elle ne peut pas penser ce qui est le plus propre à l’expérience analytique : l’**énonciation**, le transfert, la contingence du dire, le réel singulier du symptôme.

La formule centrale de cette page est donc :

> **Turing donne l’analogon de l’arrêt ; l’énonciation donne la vérité de la passe ; S(Ⱥ) empêche l’École de transformer cette vérité en garantie.**

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## Résumé pour lecteur

Une psychanalyse n’est pas seulement un échange de paroles. Elle est une expérience où un sujet parle de ce qui le fait souffrir, mais découvre peu à peu que cette souffrance n’est pas réductible à un simple problème à résoudre. Le symptôme n’est pas seulement un dysfonctionnement ; il contient aussi une part de satisfaction obscure, une manière singulière de jouir, de répéter, de se défendre, de désirer.

Chez Lacan, et dans la lecture qu’en donne Miller, une analyse peut finir. Elle ne finit pas parce que tout aurait été compris. Elle ne finit pas parce que le sujet serait devenu transparent à lui-même. Elle ne finit pas non plus parce que le symptôme aurait disparu comme par effacement.

Elle peut finir lorsqu’un certain rapport au symptôme, au fantasme, au savoir et à la jouissance a été transformé. Ce qui était vécu comme destin, plainte, impasse ou nécessité peut devenir un reste avec lequel le sujet sait autrement faire.

La **passe** est le dispositif inventé par Lacan pour tenter de vérifier quelque chose de cette fin. Une personne qui pense avoir mené son analyse à son terme témoigne de ce qui s’est passé. Ce témoignage est transmis à l’École par des passeurs, puis examiné par un cartel. Si quelque chose de cette fin est entendu, le passant peut être nommé **A.E.**, c’est-à-dire **Analyste de l’École**.

Mais la passe ne vérifie pas seulement un récit. Elle ne vérifie pas seulement des énoncés. Elle tente d’entendre une **énonciation** : d’où quelqu’un parle après son analyse, quel rapport nouveau il entretient avec son symptôme, avec son fantasme, avec le savoir, avec l’Autre, avec ce qui reste.

> **Un bon récit de cure n’est pas encore une passe.**

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## Table des matières

1. [Les notions minimales](#notions-minimales)  
2. [Le contexte : un livre, une École, une crise de la passe](#contexte-livre-ecole-crise-passe)  
3. [Les trois principes lacaniens rappelés par Miller](#trois-principes-lacaniens)  
4. [La machine de Turing comme analogon de la cure](#turing-analogon-cure)  
5. [Le problème de l’arrêt : pourquoi une analyse peut-elle finir ?](#probleme-arret)  
6. [Le point décisif de 38’ : aucune procédure universelle dans la cure](#verrou-38)  
7. [Énoncé et énonciation : la limite de la machine](#enonce-enonciation)  
8. [Supplice chinois, chair et os : image d’une réduction analytique](#supplice-chair-os)  
9. [S(Ⱥ) : le manque dans l’Autre, ou l’impossible garantie](#s-a-manque-autre)  
10. [Analogon : un détour utile, jamais une garantie](#analogon-detour-garantie)  
11. [La psychanalyse comme bien commun paradoxal](#psychanalyse-bien-commun)  
12. [A.E. : Analyste de l’École](#ae-analyste-ecole)  
13. [L’École comme sujet : l’A.E. analyseur de l’École](#ecole-sujet-ae-analyseur)  
14. [Encadrés pédagogiques](#encadres-pedagogiques)  
15. [Schéma général](#schema-general)  
16. [Conclusion](#conclusion)  
17. [Approfondissements détaillés](#approfondissements-detailles)  
18. [Annexe vidéo : compte rendu chronologique cliquable](#annexe-video-compte-rendu)  
19. [Références complètes](#references-completes)  

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## Mode de lecture

La page peut se lire à deux niveaux : l’article principal suffit pour comprendre l’argument général ; les blocs déroulables permettent d’entrer dans les détails techniques sans perdre la lisibilité de la page.


<a id="notions-minimales"></a>

## Les notions minimales

### Cure analytique

La **cure analytique** désigne l’expérience d’une psychanalyse. Elle n’est pas simplement une discussion, ni un conseil psychologique, ni une méthode de correction du comportement. Elle repose sur la parole, le transfert, l’association libre, l’interprétation, la coupure, le symptôme, le fantasme et le réel singulier du sujet.

### Passe

La **passe** est le dispositif proposé par Lacan en 1967 pour tenter d’éclairer la fin d’une analyse et le passage de l’analysant à l’analyste. Elle ne consiste pas à certifier une compétence professionnelle au sens ordinaire. Elle cherche à transmettre quelque chose de l’expérience subjective par laquelle un analysant peut témoigner de la conclusion de sa cure.

### A.E.

**A.E.** signifie **Analyste de l’École**. C’est une nomination liée à la passe. L’A.E. n’est pas simplement un analyste membre de l’École ; c’est quelqu’un dont le témoignage de passe a été reconnu comme apportant un enseignement sur la fin de l’analyse et sur l’émergence du désir de l’analyste.

À distinguer de **A.M.E.**, **Analyste Membre de l’École**, qui relève d’une garantie institutionnelle de pratique analytique.

### Énoncé

L’**énoncé** est ce qui est dit : la phrase, le récit, le contenu, la formulation. Il peut être noté, cité, transmis, comparé, organisé.

### Énonciation

L’**énonciation** est l’acte de dire : la position subjective depuis laquelle quelque chose se dit. Elle concerne le ton, l’adresse, le transfert, la coupure, le rapport au savoir, au symptôme et à la jouissance.

La même phrase peut avoir des valeurs cliniques très différentes selon l’énonciation.

### S(Ⱥ)

**S(Ⱥ)** se lit : **signifiant du manque dans l’Autre**. Il marque le point où l’Autre symbolique — langage, loi, savoir, institution, vérité — ne peut pas se garantir lui-même. Il n’y a pas d’Autre de l’Autre.

### Analogon

Un **analogon** est un équivalent fonctionnel, un support de lisibilité, un détour qui permet de rendre opératoire une structure difficile à saisir directement. Mais un analogon n’est pas la chose même. Il aide à penser, sans devenir garantie.

Dans cette intervention, la machine de Turing fonctionne comme **analogon partiel** de la cure : elle éclaire la série, l’écriture et l’arrêt, mais elle ne devient jamais le modèle universel de l’analyse.

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<a id="contexte-livre-ecole-crise-passe"></a>

## Le contexte : un livre, une École, une crise de la passe

L’intervention de Miller se situe à l’occasion de la publication de *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe*. Le titre est déjà une thèse : il ne demande pas si les analyses finissent ; il suppose qu’elles peuvent finir et demande comment.

Mais le sous-titre, *Paradoxes de la passe*, introduit une réserve. La fin d’analyse n’est pas une évidence. Elle est difficile à saisir, difficile à transmettre, difficile à vérifier. La passe est donc un dispositif nécessairement fragile.

Le contexte institutionnel compte aussi. Miller intervient dans une période de débat et de tension autour du fonctionnement de la passe dans l’École. Il ne traite pas seulement une question théorique ; il interroge aussi la manière dont une institution analytique écoute, reçoit, vérifie ou manque ce que produit une analyse.

Le problème est double :

1. comment une analyse peut-elle trouver une fin logique ?
2. comment une École peut-elle reconnaître cette fin sans la transformer en procédure bureaucratique, en rituel ou en norme ?

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<a id="trois-principes-lacaniens"></a>

## Les trois principes lacaniens rappelés par Miller

Miller rappelle trois principes essentiels de Lacan autour de la passe.

### 1. La psychanalyse est un bien commun

La psychanalyse ne doit pas être confisquée par une corporation de spécialistes fermée sur elle-même. Elle n’appartient pas aux « professionnels de la profession ». Elle concerne le champ du langage, du symptôme, du désir, du transfert et du lien social.

Mais « bien commun » ne veut pas dire normalisation au nom du Bien commun. La psychanalyse est commune par sa transmission, non par une norme imposée à tous.

### 2. La fonction de l’analyste doit être contrôlée

La psychanalyse n’est pas une profession ordinaire, mais cela ne signifie pas qu’elle serait sans exigence. La fonction de l’analyste doit être contrôlée, mise au travail, questionnée. C’est le sens de l’École, du contrôle, de la passe, du cartel.

### 3. Contrairement à Freud, Lacan soutient qu’une analyse se termine

Freud avait rencontré l’horizon de l’analyse interminable, notamment autour du roc de la castration. Lacan cherche autre chose : une logique de conclusion. La passe est l’un des dispositifs par lesquels cette fin peut être interrogée.

Ces trois principes forment une chaîne :

> **bien commun → contrôle de la fonction analytique → fin démontrable de l’analyse → passe comme mise à l’épreuve.**

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<a id="turing-analogon-cure"></a>

## La machine de Turing comme analogon de la cure

La machine de Turing est un modèle abstrait de calcul. Elle fonctionne avec un ruban composé de cases, une tête de lecture-écriture, un ensemble de symboles, des états internes et des règles de transition. Elle avance case après case, écrit ou lit des symboles, change d’état, puis éventuellement s’arrête.

Miller utilise cette machine comme analogon de la cure.

| Machine de Turing | Cure analytique |
|---|---|
| Ruban potentiellement infini | Suite ouverte des séances |
| Case | Séance comme unité discrète |
| Symbole écrit | Formation de l’inconscient |
| État interne | Position subjective ou clinique |
| Règle de transition | Articulation signifiante |
| Arrêt | Fin possible de l’analyse |
| Vérification | Passe |

La comparaison est très éclairante.

Une cure avance séance après séance. Chaque séance est une unité discrète, une coupure, une case. Dans une séance, quelque chose peut s’écrire : un lapsus, un rêve, une équivoque, un mot, un silence, une contradiction, une formation de l’inconscient.

La séance courte ou la coupure lacanienne ne relève donc pas d’un caprice technique. Elle cherche à isoler le moment où quelque chose s’écrit, avant que le sujet ne recouvre immédiatement cette émergence par un récit, une explication ou un supplément de sens.

> **La séance ne vaut pas seulement par sa durée ; elle vaut par le point où quelque chose s’inscrit.**

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<a id="probleme-arret"></a>

## Le problème de l’arrêt : pourquoi une analyse peut-elle finir ?

Le grand problème de la machine de Turing est le problème de l’arrêt. Une machine donnée, avec une entrée donnée, finira-t-elle par s’arrêter, ou continuera-t-elle indéfiniment ?

Miller transpose cette question à la cure.

Une analyse peut toujours continuer. On peut toujours produire un nouveau récit, une nouvelle association, un nouveau rêve, une nouvelle interprétation, un nouveau souvenir, une nouvelle explication. Le sens peut proliférer indéfiniment.

La question devient alors :

> **qu’est-ce qui permet à une analyse de s’arrêter autrement que par fatigue, abandon, satisfaction provisoire ou décision extérieure ?**

Chez Freud, Miller distingue deux horizons : l’arrêt par fatigue ou satisfaction, et l’impasse devant un réel irréductible, notamment le roc de la castration. Chez Lacan, la question devient celle d’une conclusion logique.

La passe est liée à ce problème : elle tente de vérifier que l’arrêt d’une analyse n’est pas seulement contingent ou psychologique, mais qu’il correspond à une transformation réelle du rapport du sujet au symptôme, au fantasme, au savoir et à la jouissance.

La fin d’une analyse ne signifie donc pas que l’inconscient disparaît. Elle signifie plutôt que l’infini du déchiffrage peut être réduit à un reste avec lequel le sujet sait désormais faire.

> **Une analyse ne finit pas quand tout est dit ; elle peut finir quand le sujet ne demande plus au sens de recouvrir le réel qui le faisait souffrir.**

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<a id="verrou-38"></a>

## Le point décisif de 38’ : aucune procédure universelle dans la cure

Le moment décisif de l’intervention se situe autour de **[38’](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2280)**.

Miller y marque une limite nette :

> **La machine de Turing est une procédure universelle.**  
> **La cure analytique ne relève d’aucune procédure universelle.**

Cette distinction est essentielle.

Une procédure universelle suppose des règles formalisables, répétables, applicables à n’importe quelle instance du problème. C’est le cas de la logique formelle ou du calcul. Mais une cure analytique ne fonctionne pas ainsi.

Il n’existe pas de protocole qui dirait :

- à tel symptôme correspond telle intervention ;
- à telle séance correspond telle coupure ;
- à tel fantasme correspond telle durée ;
- à tel type de sujet correspond telle fin ;
- à tel récit correspond telle nomination.

La cure analytique relève du **cas par cas**. Elle dépend de l’énonciation, du transfert, du moment, de la contingence, du ton, de la coupure juste, du réel singulier du symptôme.

La machine de Turing donne donc à Miller un analogon de certains traits formels de la cure, mais elle ne donne jamais le modèle de la cure.

> **La machine de Turing donne à Miller l’analogon de l’arrêt ; elle ne donne pas le modèle universel de la cure.**

> **L’analogon turingien éclaire la passe seulement à condition de ne pas turingiser l’analyse.**

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<a id="enonce-enonciation"></a>

## Énoncé et énonciation : la limite de la machine

La machine de Turing traite des inscriptions. Elle manipule des symboles. Elle ne se demande pas qui parle, à qui, dans quel transfert, avec quel affect, quelle honte, quelle jouissance, quelle adresse ou quelle position subjective.

Autrement dit : la machine traite l’**énoncé**, pas l’**énonciation**.

Dans la cure analytique, au contraire, l’énoncé ne suffit jamais. La phrase prononcée doit être entendue à partir de la position subjective qui la soutient.

Exemple :

> « Je veux arrêter. »

Au niveau de l’énoncé, la phrase semble claire. Mais, dans une cure, elle peut vouloir dire des choses très différentes :

- fuite devant une interprétation ;
- demande adressée à l’analyste ;
- répétition d’un abandon ;
- défi transférentiel ;
- véritable point de séparation ;
- conclusion réelle.

Même énoncé, plusieurs valeurs cliniques possibles.

La passe radicalise cette différence. Elle ne vérifie pas seulement un récit de cure. Elle cherche à entendre une énonciation : comment le sujet parle après son analyse, depuis quel lieu il témoigne, avec quel rapport nouveau au savoir, au symptôme et au reste.

> **Turing calcule des énoncés ; l’analyse écoute l’énonciation.**

> **L’énoncé peut être conforme ; l’énonciation, elle, fait entendre si le sujet a changé de place.**

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<a id="supplice-chair-os"></a>

## Supplice chinois, chair et os : image d’une réduction analytique

Miller mobilise une image forte : celle du **supplice chinois**, où la chair est enlevée jusqu’à laisser apparaître le squelette. Cette image est violente, mais elle ne doit pas être lue comme une fascination pour la violence. Elle sert à penser une opération analytique de réduction.

Les **énoncés** peuvent être comparés à une chair discursive : récit, contenu, biographie, justification, explication, construction, semblants, identifications, formes imagées du moi. Ils donnent volume, continuité, pathos, reconnaissance.

L’**énonciation**, elle, touche à ce qui reste quand les enveloppes tombent : le point de fixité, le mode de jouissance, le rapport au réel, l’os du symptôme, la position du sujet dans ce qu’il dit.

Il ne faut toutefois pas opposer trop simplement énoncé et énonciation. Les énoncés sont nécessaires. Sans eux, rien ne se transmet. Mais la passe ne se réduit pas à leur cohérence narrative. Elle cherche, dans l’énonciation, le point de réel que les énoncés enveloppent, déplacent ou masquent.

| Niveau | Fonction |
|---|---|
| Chair | Énoncés, récit, semblants, identifications, enveloppes imaginaires |
| Dépouillement | Travail analytique de réduction, coupure, traversée |
| Squelette / os | Énonciation, point fixe, réel du symptôme, rapport singulier à la jouissance |

> **Les énoncés font chair ; l’énonciation laisse entendre l’os.**

> **La passe ne vérifie pas la beauté de la chair narrative ; elle écoute ce qui, dans le dire, reste après le dépouillement.**

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<a id="s-a-manque-autre"></a>

## S(Ⱥ) : le manque dans l’Autre, ou l’impossible garantie

**S(Ⱥ)** se lit généralement : **signifiant du manque dans l’Autre**. C’est l’un des points les plus difficiles, mais aussi les plus importants, pour comprendre pourquoi la cure analytique ne peut pas devenir une procédure universelle.

Il faut d’abord distinguer les éléments de l’écriture.

**A**, le Grand Autre, ne désigne pas simplement une personne. Ce n’est pas seulement le père, la mère, l’analyste, Dieu, l’institution ou la société. Le Grand Autre désigne d’abord le lieu du langage, du symbolique, de la loi, des signifiants reçus, des codes, des places, des attentes, des interdits et des adresses. Nous parlons toujours depuis une langue qui nous précède. Nous recevons des noms, des rôles, des discours, des obligations, des récits familiaux ou collectifs. En ce sens, l’Autre est le lieu depuis lequel le sujet reçoit les signifiants qui le constituent.

Mais Lacan barre l’Autre : **Ⱥ**.

Cela signifie que l’Autre n’est pas complet. Le langage ne possède pas le dernier mot sur ce qu’il fait exister. La loi ne peut pas se garantir elle-même. Le savoir ne contient pas le signifiant ultime qui viendrait fermer le système. L’institution ne peut pas garantir entièrement la vérité de ce qu’elle reconnaît. Il n’y a pas de méta-garantie.

La formule la plus simple est donc :

> **Il n’y a pas d’Autre de l’Autre.**

Cela ne veut pas dire qu’il n’y aurait plus de langage, plus de loi, plus d’institution ou plus de vérité. Cela veut dire qu’aucun de ces lieux ne peut se fermer sur lui-même comme totalité garantie. L’Autre fonctionne, mais il est troué.

S(Ⱥ) ne signifie donc pas seulement : « il manque quelque chose ». Ce n’est pas un manque empirique, comme une information absente que l’on pourrait retrouver. C’est un manque structural : **il manque dans l’Autre le signifiant qui garantirait l’Autre lui-même**.

Autrement dit :

> **S(Ⱥ) écrit que le lieu du sens ne possède pas le signifiant final du sens.**

Cette formule est décisive pour la psychanalyse.

Dans une cure, le sujet commence souvent par supposer qu’un Autre sait : l’analyste, le père, la mère, la science, Dieu, le destin, l’inconscient, la loi, le symptôme. Il vient avec l’espoir plus ou moins explicite qu’une réponse existe quelque part : pourquoi je souffre, ce que je suis, ce que l’Autre me veut, ce qui fonde mon désir, ce qui garantirait enfin mon être.

L’analyse travaille cette supposition.

Elle ne remplace pas simplement une fausse réponse par une vraie réponse. Elle conduit plutôt le sujet à rencontrer que l’Autre ne possède pas le signifiant ultime de son être. L’analyste n’est pas celui qui sait à la place du sujet. L’inconscient ne livre pas une encyclopédie finale de la vérité. Le symptôme ne se résout pas par une formule totale. Le fantasme ne disparaît pas parce qu’un sens complet aurait été trouvé.

La fin d’analyse ne consiste donc pas à obtenir enfin la réponse de l’Autre. Elle consiste à faire avec le fait qu’il n’y a pas cette réponse ultime.

Formule :

> **La fin d’analyse n’est pas la découverte du dernier mot ; elle est la chute de la croyance qu’un dernier mot existe dans l’Autre.**

C’est ici que S(Ⱥ) rejoint directement la passe.

La passe ne vient pas combler le manque dans l’Autre. Elle ne donne pas à l’École le signifiant ultime de la fin d’analyse. Elle ne transforme pas la fin d’analyse en critère universel, en protocole, en norme ou en preuve objective au sens scientifique. Elle met plutôt à l’épreuve une énonciation capable de témoigner depuis ce manque de garantie.

La passe ne dit pas :

> voilà enfin la formule universelle de la fin d’analyse.

Elle demande plutôt :

> entend-on, dans cette énonciation singulière, qu’un sujet a cessé de demander à l’Autre de garantir son être ?

La formule peut être posée ainsi :

> **La passe n’est pas la réparation du manque dans l’Autre ; elle est le témoignage d’un sujet qui ne demande plus à l’Autre de garantir son être.**

Cela éclaire aussi la différence entre **énoncé** et **énonciation**.

Un énoncé peut être conforme. Il peut raconter correctement une cure. Il peut employer les bons mots : symptôme, fantasme, transfert, objet a, jouissance, sinthome, chute du sujet supposé savoir. Mais cette conformité d’énoncé ne garantit rien. Un sujet peut produire un discours très lacanien sans que l’énonciation ait changé.

S(Ⱥ) oblige donc à ne pas confondre savoir énoncé et transformation subjective.

La passe doit écouter autre chose que la conformité du récit. Elle doit entendre si le sujet parle encore depuis la demande d’une garantie, ou s’il parle depuis un rapport transformé au manque dans l’Autre.

Formule :

> **L’énoncé peut nommer S(Ⱥ) ; l’énonciation seule peut témoigner d’un rapport transformé à S(Ⱥ).**

C’est pourquoi la machine de Turing, chez Miller, ne peut être qu’un analogon limité.

La machine de Turing relève d’une procédure universelle. Elle traite des inscriptions, des symboles, des états et des règles. Elle peut aider à penser l’arrêt. Mais elle ne peut pas traiter le manque dans l’Autre, car elle ne traite pas l’énonciation. Elle ne sait rien du sujet qui parle, de son transfert, de son rapport au savoir, de sa jouissance, ni de ce qui, dans son dire, témoigne d’une séparation d’avec la garantie supposée de l’Autre.

Ainsi :

> **Turing calcule des énoncés ; S(Ⱥ) marque qu’aucun calcul ne donne la garantie ultime de l’énonciation.**

S(Ⱥ) limite aussi l’École.

L’École est nécessaire : elle recueille les témoignages, organise la passe, soutient le contrôle, fait circuler le savoir, produit des nominations. Mais l’École elle-même ne doit pas se prendre pour l’Autre de l’Autre. Si elle prétendait posséder le savoir final de ce qu’est une passe, elle deviendrait une institution de garantie totale. Elle transformerait la passe en certification, l’A.E. en médaille, le témoignage en conformité, et l’énonciation en formulaire.

Or une École analytique ne devrait pas combler S(Ⱥ). Elle devrait travailler depuis S(Ⱥ).

Le jury de la passe ne possède donc pas le code universel de la fin d’analyse. Il écoute, il se laisse enseigner, il se laisse surprendre. Il vérifie sans disposer d’une garantie absolue. Il juge sans pouvoir s’installer en Autre complet.

Formule :

> **Le jury doit entendre la passe depuis S(Ⱥ), non depuis un Autre complet.**

Cette logique concerne aussi l’A.E.

L’A.E. n’est pas celui qui viendrait incarner la garantie de l’École. Il n’est pas le sujet accompli, complet, purifié, ni le modèle universel de la fin d’analyse. Il est plutôt celui dont le témoignage fait entendre une manière singulière de vivre après la chute d’une garantie. Il ne vient pas fermer le savoir de l’École ; il vient le trouer.

Formule :

> **L’A.E. enseigne depuis S(Ⱥ), non depuis une garantie supérieure.**

On comprend alors pourquoi S(Ⱥ) est au cœur de tout le dossier.

Il relie :

- la limite de la machine de Turing ;
- l’impossibilité d’une procédure universelle de la cure ;
- la différence entre énoncé et énonciation ;
- le problème de la fin d’analyse ;
- la fonction de la passe ;
- le statut de l’A.E. ;
- le danger institutionnel d’une École qui voudrait garantir trop complètement ce qu’elle entend.

S(Ⱥ) n’est donc pas un concept abstrait ajouté à la psychanalyse. C’est le point qui empêche la psychanalyse de devenir un système fermé.

Formule finale :

> **S(Ⱥ) est le point où le langage, la cure, la passe et l’École rencontrent leur propre impossibilité de se garantir totalement.**

Ou, plus simplement :

> **S(Ⱥ), c’est le signe que l’Autre fonctionne, mais qu’il ne se ferme pas.**

Et pour le dossier Miller / Turing / passe :

> **La machine de Turing donne une logique de l’arrêt ; S(Ⱥ) rappelle qu’aucun arrêt analytique ne peut devenir une procédure garantie par l’Autre.**

<a id="analogon-detour-garantie"></a>

## Analogon : un détour utile, jamais une garantie

Le mot **analogon** désigne un équivalent fonctionnel, un support local de lisibilité. Il permet de penser indirectement une structure difficile à saisir directement.

Chez Lacan et Miller, l’analogon est utile, mais dangereux s’il est pris pour la chose elle-même.

La machine de Turing est un analogon de la cure, mais seulement partiellement. Elle permet de penser la série, les séances comme cases, l’écriture d’une formation de l’inconscient et le problème de l’arrêt. Mais elle ne peut pas penser l’énonciation, le transfert, la contingence du dire, le réel clinique.

| Usage | Fonction de l’analogon |
|---|---|
| Jeu comme analogon du fantasme | rendre visible une structure de répétition et de maîtrise |
| Fantasme comme analogon du réel | donner au réel une scène et une constance traitables |
| Phobie comme analogon de la métaphore paternelle | suppléer localement une fonction de nomination |
| Écriture comme analogon du métalangage | produire une distance formelle sans surplomb absolu |
| Machine de Turing comme analogon de la cure | formaliser série, inscription, arrêt, vérification |

> **L’analogon donne une prise ; S(Ⱥ) interdit que cette prise devienne fondement.**

> **L’analogon est ce qui permet de traiter le réel par un détour, à condition de ne pas oublier que le réel n’est pas son analogon.**

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<a id="psychanalyse-bien-commun"></a>

## La psychanalyse comme bien commun paradoxal

Miller formule ici un point institutionnel décisif : la psychanalyse est un **bien commun**, non une affaire réservée aux « professionnels de la profession ». La formule ne signifie pas qu’elle devrait devenir une norme collective ou une politique d’adaptation ; elle signifie qu’elle ne peut pas être confisquée par un corps professionnel fermé. Elle engage une transmission, une École, un transfert de travail et une mise en circulation des effets de l’expérience analytique.

Cette formule est forte, mais elle doit être entendue avec précision.

La psychanalyse comme bien commun ne signifie pas que la psychanalyse devrait être mise au service d’un Bien commun moral, sanitaire ou social. Elle signifie plutôt que la psychanalyse ne doit pas être confisquée par une corporation, un monopole médical, une bureaucratie ou un savoir fermé.

Elle est commune par :

- sa transmission ;
- ses écoles ;
- ses textes ;
- ses dispositifs ;
- ses cartels ;
- ses contrôles ;
- ses lieux d’accueil ;
- sa capacité à maintenir ouverte une adresse pour la parole singulière.

Mais elle cesse d’être analytique si elle devient un instrument de normalisation.

> **La psychanalyse est commune par sa cause, non par sa norme.**

La passe est ici décisive. Elle transforme une expérience privée en enseignement commun, mais sans universaliser cette expérience.

> **La passe est le lieu paradoxal où le plus singulier devient transmissible sans devenir universel.**

### Références cliquables

1. [Jacques-Alain Miller, *Comment se passent les analyses*, vidéo, 11 juin 2022, vers 01:46](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=106)  
   **Résumé :** source primaire de la formule. Miller y rappelle que, pour Lacan, la psychanalyse est un **bien commun**, et non l’affaire réservée des « professionnels de la profession ». Cette référence doit rester la première, car elle correspond directement à la phrase citée dans la page.

2. [École de la Cause freudienne, « Transfert de travail »](https://www.causefreudienne.org/newsletters/transfert-de-travail/)  
   **Résumé :** source textuelle la plus précise pour la formule. La page cite l’*Acte de fondation* de Lacan sur le **transfert de travail**, puis rappelle que la psychanalyse est « un bien commun, l’affaire de tous, et non pas seulement des praticiens », avec renvoi à Jacques-Alain Miller, *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe*, p. 315. Elle permet d’articuler la formule à la transmission, à l’École et au travail collectif.

3. [Jacques-Alain Miller, *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe*, Éditions Navarin / ECF Échoppe](https://ecf-echoppe.com/produit/comment-finissent-les-analyses-paradoxes-de-la-passe/)  
   **Résumé :** page éditoriale du livre autour duquel se situe l’intervention vidéo. Elle présente l’enjeu de l’ouvrage : la fin d’analyse, les paradoxes de la passe et la possibilité, selon Lacan, qu’une cure trouve une conclusion logique. C’est la référence bibliographique directe mentionnée par l’ECF pour la formule « bien commun ».

4. [Jacques Lacan, *Acte de fondation*, 21 juin 1964](https://ecole-lacanienne.net/wp-content/uploads/2016/04/1964-06-21.pdf)  
   **Résumé :** texte fondateur de l’École freudienne de Paris. Lacan y affirme que « l’enseignement de la psychanalyse ne peut se transmettre d’un sujet à l’autre que par les voies d’un transfert de travail ». Cette source fonde l’idée que la psychanalyse ne relève pas d’un savoir fermé ou d’une corporation, mais d’un travail transféré, partagé, mis en circulation.

5. [École de la Cause freudienne, « Le transfert de travail : d’un sujet à l’autre »](https://www.causefreudienne.org/newsletters/le-transfert-de-travail-dun-sujet-a-lautre/)  
   **Résumé :** commentaire contemporain de la notion lacanienne de **transfert de travail**. La page explique que l’enseignement de la psychanalyse diffère d’un enseignement magistral classique : il ne s’agit pas seulement de transmettre des contenus, mais de faire circuler un travail et de susciter un désir de savoir. Cette référence complète l’idée de bien commun par celle d’un travail vivant de l’École.

6. [Jacques Lacan, *Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École*](https://www.causefreudienne.org/textes-fondamentaux/proposition-du-9-octobre-1967-sur-le-psychanalyste-de-lecole/)  
   **Résumé :** texte essentiel pour comprendre la passe, l’A.E. et la fonction de l’École. Lacan y pose que le psychanalyste ne s’autorise pas d’un ordre professionnel extérieur, mais l’École peut garantir qu’un analyste relève de sa formation. Cette référence nuance la notion de bien commun : ouverture et transmission, mais aussi exigence, formation et garantie.

7. [Association mondiale de psychanalyse, « La garantie »](https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/la-garantie/)  
   **Résumé :** page institutionnelle sur la garantie dans l’orientation lacanienne. Elle distingue l’autorisation subjective de l’analyste et la garantie que peut apporter l’École. Cette source complète la formule « bien commun » : la psychanalyse n’est pas propriété d’un corps fermé, mais elle ne se réduit pas non plus à une pratique sans exigence.

8. [Hebdo-Blog, « Pourquoi la psychanalyse est concernée par le chaos qui nous entoure »](https://www.hebdo-blog.fr/psychanalyse-concernee-chaos-entoure/)  
   **Résumé :** texte utile pour élargir l’idée de bien commun au rapport de la psychanalyse au monde social. Il cite Miller contre l’idée que la psychanalyse serait exclusivement une expérience intime « d’un par un » échappant au malaise de la civilisation. Cette source montre que la psychanalyse, tout en travaillant le singulier, n’est pas coupée du champ collectif.

9. [Cairn, *La psychanalyse dans le soin, l’éducation et l’intervention sociale*](https://shs.cairn.info/le-silence-des-symptomes--9791034607990-page-67?lang=fr)  
   **Résumé :** source complémentaire sur la présence de la psychanalyse dans les métiers du soin, de l’éducation et du social. Le texte rappelle que la psychanalyse prend en compte la nature parlante de l’être humain et que le langage est un bien commun des êtres parlants. Cette référence n’est pas la source directe de la formule de Miller, mais elle soutient l’idée que la psychanalyse concerne un champ plus large que le seul cabinet privé.

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## A.E. : Analyste de l’École

**A.E.** signifie **Analyste de l’École**.

L’A.E. est nommé à partir de la passe. Il ne s’agit pas d’un grade honorifique au sens ordinaire. Il s’agit d’une nomination liée au fait qu’un témoignage a été entendu comme transmettant quelque chose de la fin d’une analyse.

L’A.E. a une fonction de témoignage et d’enseignement. Il doit faire entendre :

- comment son analyse a trouvé une conclusion ;
- ce qui est tombé des identifications ;
- ce qui est advenu du fantasme ;
- ce qui reste du symptôme ou du sinthome ;
- ce qui a changé dans son rapport au savoir ;
- ce qui a rendu possible le désir de l’analyste.

L’A.E. ne donne pas une norme de fin d’analyse. Il témoigne d’une solution singulière.

> **L’A.E. n’est pas récompensé pour être un bon analyste ; il est nommé parce que sa passe enseigne quelque chose sur ce qu’est devenir analyste.**

> **L’A.E. ne généralise pas son cas ; il extrait de son cas un enseignement pour l’École.**

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## L’École comme sujet : l’A.E. analyseur de l’École

Miller a proposé une thèse forte : **l’École est sujet**.

Cela ne veut pas dire que l’École serait une personne dotée d’un inconscient individuel. Cela veut dire qu’elle est traversée par des signifiants, des idéaux, des effets de groupe, des jouissances, des symptômes institutionnels, des aveuglements, des résistances.

L’École peut attendre certaines formes de passe. Elle peut idéaliser certains récits. Elle peut transformer la passe en rituel, en prestige, en conformité ou en carrière. Elle peut aussi manquer une passe parce qu’elle écoute trop les énoncés et pas assez l’énonciation.

Dans ce cadre, l’A.E. peut fonctionner comme **analyseur de l’École**.

Il n’est pas l’analyste souverain de l’École. Il ne parle pas depuis un dehors. Il est produit par l’École, nommé par elle, puis il revient vers elle comme point d’interrogation.

> **L’A.E. n’analyse pas l’École depuis l’extérieur ; il est un point produit par l’École qui revient trouer son savoir sur ce qu’est un analyste.**

Ou encore :

> **L’A.E. est l’extime de l’École : nommé par elle, mais chargé de lui faire entendre ce qui excède ses énoncés, ses idéaux et ses procédures.**

On peut aller plus loin : l’A.E. peut être lu comme un symptôme de l’École, non au sens pathologique, mais au sens analytique. Il révèle quelque chose de l’École : ce qu’elle attend, ce qu’elle reconnaît, ce qu’elle refuse, ce qu’elle ne savait pas pouvoir entendre.

> **L’A.E. n’est pas seulement celui qui témoigne d’une fin ; il est aussi ce par quoi l’École découvre ce qu’elle ne savait pas attendre d’une passe.**

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## Encadrés pédagogiques

### La passe, très simplement

Une personne ayant terminé son analyse tente d’en témoigner. Elle ne raconte pas seulement son histoire ; elle essaie de transmettre ce qui a changé dans son rapport au symptôme, au fantasme, au savoir et à la jouissance. Ce témoignage passe par des passeurs puis par un cartel. La question n’est pas : **« est-ce une belle histoire ? »**, mais : **« entend-on une modification réelle de la position du sujet ? »**

> **La passe est le lieu paradoxal où une énonciation absolument singulière devient transmissible à l’École sans jamais devenir procédure universelle.**

### Le verrou de 38’

Miller utilise la machine de Turing pour penser l’arrêt, mais il précise que la cure analytique n’est pas une procédure universelle.

> **La machine de Turing est une procédure universelle.**  
> **La cure analytique ne relève d’aucune procédure universelle.**

Toute la lecture dépend de ce point : Turing est un **analogon**, pas un modèle de la cure.

### Ce que Miller ne dit pas

Miller ne dit pas qu’une analyse est une machine.  
Miller ne dit pas qu’on peut calculer la fin d’une analyse.  
Miller ne dit pas que la passe est une preuve objective au sens scientifique.  
Il utilise Turing comme analogon pour poser autrement la question de l’arrêt.

### A.E. / A.M.E.

| Sigle | Signification | Fonction |
|---|---|---|
| **A.E.** | Analyste de l’École | Nomination issue de la passe ; fonction de témoignage et d’enseignement. |
| **A.M.E.** | Analyste Membre de l’École | Garantie institutionnelle de pratique analytique. |

### Énoncé / énonciation : exemple simple

Deux personnes peuvent dire exactement : **« je vais bien »**. Chez l’une, cela peut être une défense ; chez l’autre, un apaisement réel ; chez une troisième, une provocation adressée à l’analyste. L’énoncé est identique ; l’énonciation change tout.

### Chair / os : précaution de lecture

L’image du supplice chinois ne décrit pas une méthode brutale ; elle désigne une opération de réduction : enlever les enveloppes narratives et imaginaires pour faire apparaître un point plus irréductible.

> **Les énoncés font chair ; l’énonciation laisse entendre l’os.**

### S(Ⱥ) et la passe

La passe ne vient pas combler **S(Ⱥ)**. Elle ne donne pas à l’École le signifiant ultime de la fin d’analyse. Elle met plutôt à l’épreuve une énonciation capable de témoigner depuis ce manque de garantie.

> **La passe n’est pas la réparation du manque dans l’Autre ; elle est le témoignage d’un sujet qui ne demande plus à l’Autre de garantir son être.**

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<a id="schema-general"></a>

## Schéma général

| Axe | Fonction |
|---|---|
| Machine de Turing | Analogon formel de la série, de l’écriture et de l’arrêt |
| Énoncé | Inscription calculable, récit, contenu transmissible |
| Énonciation | Position subjective, dire, transfert, réel clinique |
| S(Ⱥ) | Absence de garantie ultime dans l’Autre |
| Supplice chinois | Image du dépouillement des enveloppes narratives |
| Passe | Mise à l’épreuve d’une fin d’analyse |
| A.E. | Témoignage singulier devenu enseignement pour l’École |
| École-sujet | Institution interprétable, trouée par ce qu’elle produit |

Le mouvement général peut se lire ainsi :

> **machine → énoncé → arrêt → limite → énonciation → passe → A.E. → École-sujet.**

Ou encore :

> **Turing donne l’analogon de l’arrêt ; l’énonciation donne la vérité de la passe ; S(Ⱥ) empêche l’École de transformer cette vérité en garantie.**

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<a id="conclusion"></a>

## Conclusion

L’intervention de Miller permet de penser ensemble trois dimensions qui pourraient sembler incompatibles.

D’abord, une dimension logique : une analyse peut être pensée comme une série, avec des inscriptions, des scansions et un problème d’arrêt. La machine de Turing donne ici un analogon très puissant.

Ensuite, une dimension clinique : une cure ne se réduit jamais à une procédure. Elle dépend du cas singulier, du transfert, du moment, de l’énonciation, du réel du symptôme.

Enfin, une dimension institutionnelle : la passe et l’A.E. font retour vers l’École. Ils mettent à l’épreuve sa capacité à entendre autre chose que des récits conformes ou des énoncés attendus.

La formule finale pourrait être :

> **La passe est le lieu paradoxal où une énonciation absolument singulière devient transmissible à l’École sans jamais devenir procédure universelle.**

Ou encore :

> **Une analyse peut finir ; mais sa fin ne se calcule pas. Elle se témoigne.**

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<a id="approfondissements-detailles"></a>

## Approfondissements détaillés

Les approfondissements qui suivent reprennent les développements techniques complets. Ils ne sont pas nécessaires pour comprendre l’argument principal, mais permettent de vérifier les articulations conceptuelles, les nuances et les références.

<details>
<summary><strong>Approfondissement — Première lecture structurante de la vidéo</strong></summary>

La vidéo est **Comment se passent les analyses**, de **Jacques-Alain Miller**, datée du **11 juin 2022**. Elle est explicitement présentée par la NLS comme une intervention autour d’un « nouveau pour la passe », avec trois axes annoncés : la machine de Turing et l’arrêt, le poids de l’énonciation par rapport à l’énoncé, et une passe située au-delà de la simple transformation de la souffrance en satisfaction.

Le chapitrage donne déjà l’armature conceptuelle :

| Moment | Titre | Fonction probable |
|---|---:|---|
| 00:00 | I. Ouverture | poser la question : comment une analyse se déroule et comment elle peut finir |
| 09:47 | II. La machine de Turing | formaliser l’inconscient comme machine symbolique minimale |
| 27:38 | III. L’algorithme d’arrêt | articuler la fin d’analyse à un problème logique |
| 36:13 | IV. Mécanique des énoncés, rhétorique de l’énonciation | déplacer la passe du récit vers l’acte de dire |
| 45:10 | V. Au-delà de la routine | sortir de l’analyse comme simple répétition de séance ou de discours |

#### 2.1. Thèse centrale : une analyse ne « se passe » pas comme un traitement linéaire

Le titre est plus fort qu’il n’en a l’air. **Comment se passent les analyses** veut dire à la fois : comment elles se déroulent, comment elles traversent des moments, comment elles produisent quelque chose, et comment elles peuvent éventuellement aboutir à une **passe**. Le verbe « passer » porte donc la question du processus et celle de la sortie.

Ce n’est pas une vidéo sur la psychanalyse comme accompagnement psychologique général. Elle vise le point dur : **pourquoi une analyse dure-t-elle autant, et qu’est-ce qui permet de dire qu’elle s’arrête autrement que par lassitude, convention, mieux-être ou épuisement financier ?**

Le contexte du livre *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe* éclaire directement la vidéo. La présentation éditoriale rappelle que Freud parle d’être « analysé à fond », mais que la question de la fin d’analyse est historiquement restée litigieuse ; elle oppose l’impasse freudienne, liée à un réel immuable, à la solution lacanienne de la passe comme conclusion logique et non comme simple accord entre analyste et analysant.

Donc, la vidéo ne demande pas seulement : **que se passe-t-il pendant une analyse ?** Elle demande plus précisément : **quelle logique interne permet qu’une analyse ne soit pas simplement interminable ?**

#### 2.2. La machine de Turing : l’inconscient comme machine minimale d’écriture

Le noyau le plus frappant est l’usage de la **machine de Turing**. Miller ne l’utilise pas comme gadget scientifique, mais comme opérateur de formalisation : une machine de Turing écrit, lit, avance, s’arrête ou ne s’arrête pas. Cela permet d’approcher l’inconscient non comme profondeur vague, mais comme **machine de production symbolique**.

Miller dit que la machine écrit un symbole, que cette machine peut être lue comme l’inconscient, et qu’en analyse il doit s’agir d’**une formation de l’inconscient, pas deux**. Il relie explicitement cela aux séances courtes, voire ultra-courtes, et à l’idée de « séances turingiennes » : la coupure intervient quand une formation surgit, avant que le discours ne la recouvre.

Point essentiel : la séance courte n’est pas ici une question de confort, de rendement ou de productivité. Elle est une **ponctuation logique**. La séance ne vaut pas par sa durée chronométrique, mais par le point où quelque chose s’écrit : lapsus, mot, équivoque, rêve, affect déplacé, formule, contradiction, silence, détail imprévu.

Miller radicalise ainsi la logique lacanienne de la coupure. Une séance trop longue risque de laisser plusieurs formations se juxtaposer, se commenter, s’annuler ou se noyer dans le sens. La coupure cherche au contraire à isoler **un événement signifiant**. Elle ne commente pas l’événement : elle le détache.

Dans cette perspective, l’analyste ne « comprend » pas d’abord. Il coupe. Ou plus précisément : il opère une coupure qui donne à ce qui vient de se produire une valeur rétroactive. Ce n’est pas : « parlons encore pour mieux comprendre ». C’est : « là, quelque chose a été produit ; ne le recouvrons pas immédiatement ».

#### 2.3. L’algorithme d’arrêt : le problème de la fin d’analyse

Si le grand problème de la machine de Turing est l’arrêt, alors on comprend son rapport avec la passe.

C’est probablement le pivot conceptuel de toute la vidéo.

En informatique théorique, le problème de l’arrêt consiste à savoir si une machine, pour une entrée donnée, finira par s’arrêter ou continuera indéfiniment. Miller transpose cela, non mécaniquement, mais structuralement : une analyse est elle aussi exposée à une prolifération potentiellement infinie. Les mots appellent d’autres mots, les associations engendrent d’autres associations, les souvenirs se recomposent, les rêves relancent des chaînes, la vérité se dérobe.

Miller dit que l’inconscient ne disparaît pas ; l’infini freudien demeure, mais Lacan le transforme en **impossible à dire**, c’est-à-dire en reste hors-sens.

Cela change tout. La fin d’analyse n’est pas l’extinction de l’inconscient. Ce n’est pas non plus la transparence totale du sujet à lui-même. Une analyse ne finit pas parce que tout serait su, tout serait dit, tout serait compris.

Elle peut finir lorsque l’infini du déchiffrage se trouve converti en **reste localisable**. Autrement dit : on ne supprime pas le trou, mais on cesse de le remplir indéfiniment avec du sens.

La passe vient précisément vérifier cela. Une cure n’est pas nécessairement interminable et elle peut trouver une fin comme conclusion logique. La passe vient authentifier cette fin, non comme simple satisfaction privée, mais comme démonstration transmissible.

Le point n’est donc pas : « je vais mieux, donc c’est fini ». Le point est plutôt : **quelque chose du mode de jouissance, du fantasme, du symptôme et du rapport au savoir a été réduit jusqu’à un reste transmissible**.

#### 2.4. Énoncé / énonciation : la passe ne se réduit pas au récit

Miller souhaite que, pour la passe contemporaine, on donne plus de poids à **l’énonciation** qu’à **l’énoncé**.

Cela veut dire : le contenu raconté ne suffit pas. Une passe n’est pas seulement un dossier biographique, une chronologie de symptômes, une histoire familiale, un récit de cure ou un bilan personnel. Tout cela relève de l’énoncé : ce qui est dit.

L’énonciation, elle, concerne la manière dont le sujet est engagé dans ce qu’il dit : ton, allure, coupure, position, corps parlant, rapport au reste, rapport au savoir, rapport à l’Autre.

La conséquence est forte : quelqu’un peut raconter énormément de choses vraies sur son analyse sans que cela fasse passe. Inversement, un dire plus resserré peut transmettre davantage si l’énonciation montre que le sujet n’est plus pris de la même façon dans son histoire.

La passe devient alors un test de déplacement. Non pas : « que s’est-il passé ? », mais : **d’où cela se dit-il maintenant ?**

Le « je » qui parle à la fin n’est plus exactement le même « je » que celui qui était pris dans la demande initiale. L’analyse a produit un autre rapport à ce qui faisait destin, plainte, répétition ou nécessité subjective.

#### 2.5. Au-delà de la routine : contre l’analyse comme simple machine à parler

La dernière partie, **Au-delà de la routine**, doit probablement être lue comme une critique interne de la pratique analytique elle-même. Une analyse peut devenir routine : séances, associations, récit, interprétation, retour, attente, transfert, amélioration partielle, reprise, etc.

Mais une routine n’est pas encore une logique de fin. Elle peut même devenir une manière sophistiquée de ne pas finir.

Parler peut faire du bien, mais la cure ne se réduit pas à une décharge ou à une confession ; dans une analyse, on dit ce qu’on ne sait pas, et les formations de l’inconscient révèlent que le sujet en dit plus qu’il ne croit dire.

Cela éclaire le geste de Miller : l’analyse ne vaut pas par l’accumulation de parole. Elle vaut par la production, l’isolation et le traitement de points où la parole se détraque, se retourne, échappe au sujet.

La routine serait : continuer à parler pour produire encore du sens.

La coupure serait : arrêter au point où le sens se fissure.

La passe serait : témoigner de ce qui reste après cette réduction.

#### 2.6. Le symptôme : pas seulement souffrance, mais satisfaction obscure

La vidéo doit aussi être replacée dans une orientation lacanienne du symptôme. La psychanalyse ne vise pas simplement à éradiquer un symptôme, car le symptôme fait souffrir mais comporte aussi une satisfaction inconnue. L’analyse vise le point où le sujet est satisfait dans sa douleur.

Cela permet de comprendre pourquoi la passe est au-delà de la transformation de la souffrance en satisfaction.

Si la fin d’analyse était seulement un passage de « je souffre » à « je vais mieux », elle resterait dans une logique thérapeutique générale. Or Miller vise autre chose : la modification du rapport du sujet à ce qui, dans son symptôme, lui était le plus intime, le plus opaque, parfois le plus absurde, mais aussi le plus consistant.

La fin d’analyse n’est donc pas : disparition pure du symptôme.

Elle serait plutôt : changement de statut du symptôme. Le symptôme cesse d’être uniquement plainte, énigme ou destin. Il devient quelque chose avec quoi le sujet sait autrement faire, sans croire qu’un Autre viendra en donner la clé totale.

#### 2.7. Chair, squelette, os : la réduction analytique

À une question sur la traversée du fantasme et le point de fixité, Miller mobilise une image de dépouillement : chair, squelette, os, voiles, déguisements. L’image est rude, mais elle sert à distinguer ce qui relève de l’enveloppe imaginaire et ce qui relève d’une structure plus dure.

Il ne faut pas lire cela de manière morbide ou spectaculaire. Dans le vocabulaire de Miller, cette image renvoie à la **réduction analytique** : enlever les enveloppes, les semblants, les identifications, les récits, les voiles, jusqu’à atteindre quelque chose de plus irréductible.

Une psychanalyse procède par opération-réduction vers le réel, et la parole tourne autour de cet os en spirale, en le serrant progressivement.

On peut donc lire la séquence ainsi :

La **chair**, ce sont les enveloppes imaginaires : image de soi, pathos, scènes, idéaux, récits, séductions, défenses, habits symboliques.

Le **squelette**, c’est une première structure : ce qui tient le sujet, ce qui ordonne ses répétitions, ses choix, ses impasses, son fantasme.

L’**os**, c’est le réel irréductible : non pas une vérité profonde enfin découverte, mais un point qui ne se dissout pas dans le sens.

La traversée du fantasme ne consiste donc pas à tout détruire. Elle consiste à distinguer ce qui peut tomber, ce qui peut être déplacé, ce qui peut être dégonflé, et ce qui reste comme point de fixation réel.

#### 2.8. Le rôle de la coupure

Dans tout cela, la coupure est le geste logique central.

Elle intervient à plusieurs niveaux :

D’abord, dans la séance : couper quand une formation de l’inconscient apparaît, pour ne pas la noyer.

Ensuite, dans le transfert : couper la coalescence entre la structure inconsciente et le sujet supposé savoir.

Enfin, dans la fin d’analyse : couper avec l’idée que l’Autre pourrait donner le dernier mot.

La coupure n’est donc pas seulement une technique. Elle est la forme même de l’acte analytique. Elle installe un bord là où le discours pourrait s’étendre indéfiniment.

Et ce bord est indispensable : sans coupure, l’analyse devient narration infinie ; avec une coupure trop mécanique, elle devient arbitraire. Le point difficile est donc la coupure juste : celle qui répond à une formation, non à une règle extérieure.

#### 2.9. La passe comme logique, pas comme certification psychologique

La passe, dans cette vidéo, n’est pas une procédure administrative de validation subjective. Elle est la tentative de donner une forme transmissible à ce qui, dans une analyse, s’est terminé logiquement.

La démonstration de la fin ne passe pas seulement par la construction du cas, mais par une performance d’énonciation impliquant le corps parlant.

Cela donne une lecture très précise de la vidéo : Miller ne défend pas une passe comme récit exemplaire. Il cherche une passe capable de faire entendre le point où la parole n’est plus seulement récit, mais acte.

La question devient : dans ce témoignage, entend-on une transformation réelle du rapport du sujet au savoir, au symptôme, à son fantasme, à son corps parlant ?

Si oui, la passe n’est pas seulement un contenu. Elle est une manifestation de position.

#### 2.10. Ce que Miller semble déplacer

La vidéo semble opérer trois déplacements majeurs.

Premier déplacement : de la durée vers l’arrêt. La vraie question n’est pas seulement « pourquoi si long ? », mais « qu’est-ce qui permet un arrêt qui ne soit ni fatigue ni abandon ? »

Deuxième déplacement : du sens vers la coupure. L’analyse n’a pas pour but d’ajouter indéfiniment du sens ; elle cherche à produire des points d’arrêt, des bords, des réductions.

Troisième déplacement : de l’énoncé vers l’énonciation. La fin d’analyse ne se prouve pas seulement par ce qui est raconté, mais par la manière dont le sujet parle depuis un autre rapport à son reste.

Ces trois déplacements convergent :

**machine de Turing → arrêt → passe → énonciation → au-delà de la routine.**

La vidéo semble donc construire une logique très serrée : l’analyse est une machine de parole, mais elle ne vaut analytiquement que par la coupure ; la coupure introduit la possibilité de l’arrêt ; l’arrêt, s’il devient transmissible, relève de la passe ; la passe ne se réduit pas au récit, mais se vérifie dans l’énonciation.

#### 2.11. Formule synthétique

Une analyse, chez Miller ici, **se passe** comme une machine de parole qui produit des formations de l’inconscient ; l’acte analytique ne consiste pas à tout expliquer, mais à couper au bon point ; et elle **finit**, si elle finit, non quand tout est su, mais quand l’infini du déchiffrage est réduit à un reste réel dont le sujet peut témoigner autrement.

Formule encore plus dense :

**L’analyse commence par parler ; elle avance par coupures ; elle finit quand le reste ne demande plus à être indéfiniment traduit en sens.**

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<summary><strong>Approfondissement — Lecture corrigée et développée de l’intervention</strong></summary>

Avec ce compte rendu, la structure réelle de l’intervention apparaît beaucoup plus nettement. Le premier cadrage était juste dans les grandes lignes, mais trop général. Ici, la vidéo est beaucoup plus précise : **Miller ne parle pas seulement de la fin d’analyse ; il construit une analogie formelle entre cure analytique, machine de Turing, problème de l’arrêt et procédure de la passe, puis il montre lui-même les limites de cette analogie à travers l’énonciation, le retour possible de l’analyse et la persistance de la structure névrotique.**

#### 4.1. Le vrai point de départ : pas seulement un livre, mais une crise de la passe

L’ouverture n’est pas neutre. Miller présente un recueil de textes anciens, de **1977 à 2002**, mais il le fait dans une situation institutionnelle actuelle : celle d’un malaise autour du **collège de la passe**.

Le livre *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe* fonctionne donc sur deux plans en même temps.

D’un côté, il affirme une thèse lacanienne forte : **les analyses peuvent finir**. Le titre n’est pas interrogatif. Il ne dit pas : *Est-ce que les analyses finissent ?* Il dit : *Comment finissent les analyses*. Cela suppose déjà qu’il existe une logique possible de fin.

Mais le sous-titre, **Paradoxes de la passe**, introduit immédiatement une réserve. La fin existe, mais elle n’est pas simple. Elle est fragile, contradictoire, institutionnellement risquée. La passe n’est pas une procédure administrative tranquille ; c’est un dispositif qui tente de faire passer dans une école quelque chose d’extrêmement difficile à objectiver : **le point où une analyse a produit sa conclusion logique**.

Miller ne parle donc pas seulement comme théoricien. Il intervient comme quelqu’un qui reprend en main une institution menacée par la routine, les dérives, les habitudes, les droits acquis, peut-être aussi par une forme de ritualisation de la passe.

La « commotion » qu’il dit avoir provoquée n’est pas extérieure au sujet. Elle fait partie du problème : si la passe devient une routine institutionnelle, elle perd ce qu’elle devait vérifier, c’est-à-dire l’événement singulier d’une fin.

#### 4.2. Les trois principes lacaniens rappelés au départ

Le compte rendu mentionne trois principes essentiels de Lacan en 1967.

Premier principe : **la psychanalyse est un bien commun**. Elle n’appartient pas à une corporation fermée, ni aux « professionnels de la profession ». Cette formule est très importante. Elle vise le danger d’une psychanalyse confisquée par des experts qui s’autoriseraient d’eux-mêmes sans mise à l’épreuve réelle.

Deuxième principe : **la fonction de l’analyste doit être contrôlée strictement**. Ce n’est pas parce que la psychanalyse n’est pas une profession ordinaire qu’elle serait sans exigence. Au contraire : puisqu’elle touche au transfert, au savoir supposé, au symptôme et à la jouissance, la fonction analytique demande un contrôle très rigoureux.

Troisième principe : **contrairement à Freud, Lacan soutient qu’une analyse se termine**. C’est le point décisif. Freud avait rencontré l’horizon de l’analyse interminable, notamment avec le roc de la castration. Lacan, lui, cherche une logique de conclusion.

Donc l’enjeu initial est déjà noué ainsi :

**bien commun → contrôle de la fonction analytique → fin démontrable de l’analyse → passe comme procédure de vérification.**

Ce n’est pas simplement une question clinique. C’est aussi une question institutionnelle et épistémologique : comment une école peut-elle vérifier que quelqu’un s’autorise de son analyse, et pas seulement d’un titre, d’un prestige, d’un désir de reconnaissance ou d’une répétition névrotique ?

#### 4.3. La machine de Turing : une formalisation de la cure

La grande analogie de l’intervention est la machine de Turing.

Miller ne dit pas que l’être humain serait une machine. Il utilise la machine de Turing comme **modèle minimal de procédure symbolique**.

Une machine de Turing a :

un ruban potentiellement infini ; des cases discrètes ; une tête de lecture-écriture ; un alphabet fini ; un nombre fini d’états internes ; une règle de transition ; et la possibilité, dans certains cas, de s’arrêter.

Miller transpose cela à la cure.

Le **ruban infini**, c’est la possibilité indéfinie de la parole analytique. Une analyse peut toujours continuer : un souvenir appelle un autre souvenir, un rêve appelle un autre rêve, une association en appelle une autre. Le matériau psychique semble sans fin.

Les **cases**, ce sont les séances. La cure n’est pas un flux continu ; elle est scandée par des unités discrètes. Chaque séance est une case, une coupure, un fragment.

La **tête de lecture-écriture**, c’est l’opération analytique elle-même : quelque chose se lit, quelque chose s’écrit, quelque chose se marque.

Les **symboles**, ce sont les signifiants, les formations de l’inconscient, les marques répétitives, les mots qui insistent, les équivoques, les rêves, les lapsus, les points de condensation.

Les **états internes**, ce sont les positions subjectives ou cliniques du sujet : moments de plainte, d’angoisse, de transfert, de vacillation, de réduction, de traversée, de fixation, etc.

L’idée la plus forte est celle-ci : **quand la machine écrit un symbole, l’inconscient lâche une formation**.

Cela éclaire la logique de la séance courte ou de la coupure lacanienne. La séance ne vise pas à accumuler le plus de paroles possible. Elle vise à isoler le moment où quelque chose s’écrit. Dès qu’une formation de l’inconscient apparaît, il peut être analytiquement décisif de couper, non pour interrompre arbitrairement, mais pour empêcher que le sujet recouvre immédiatement ce qui vient de surgir par du commentaire, de l’explication ou du sens.

La séance devient donc une **case d’écriture** plutôt qu’un temps de conversation.

#### 4.4. La séance comme unité discrète

Le passage autour de **31:51–32:40** semble crucial. Miller fait correspondre le ruban de Turing à la cure qui avance **une séance à la fois**.

Cela veut dire que la cure n’est pas seulement un processus psychologique continu. Elle est faite de scansions. La séance est une unité discrète. Elle est une coupure pure.

Ce point est très lacanien. Là où beaucoup de psychothérapies pensent la séance comme durée de soutien, d’expression, de narration ou d’élaboration, Miller insiste sur la séance comme **opérateur logique**.

La séance vaut parce qu’elle peut faire bord.

Elle isole un signifiant. Elle arrête une séquence. Elle produit une ponctuation. Elle transforme un flux verbal en inscription.

Cela permet aussi de comprendre pourquoi Miller insiste sur « une formation de l’inconscient, pas deux ». S’il y en a deux, trois, quatre, elles risquent de se mélanger, de se neutraliser, de redevenir récit. L’acte analytique cherche parfois à retenir un seul point, presque comme une formule.

#### 4.5. Le problème de l’arrêt : le cœur de l’analogie

Le grand problème de la machine de Turing, dans cette lecture, est le **problème de l’arrêt**.

Une machine peut continuer indéfiniment. La question est : existe-t-il un critère interne permettant de dire qu’elle va s’arrêter ?

Miller transpose cela à la cure.

Une analyse peut se poursuivre sans fin. On peut toujours produire du sens, re-raconter son enfance, déplacer le transfert, trouver de nouvelles interprétations, relire son symptôme, réinterpréter son fantasme.

La question devient donc :

**qu’est-ce qui permet à une analyse de s’arrêter selon sa propre logique interne, et non par fatigue, abandon, satisfaction vague ou décision extérieure ?**

C’est ici que Miller distingue Freud et Lacan.

Chez Freud, selon le compte rendu, il y a deux manières de penser l’arrêt.

Première version : l’analyse s’arrête par fatigue ou satisfaction. On va mieux, on est assez soulagé, on arrête. Mais cela ne démontre pas une fin logique.

Deuxième version : l’analyse s’enraye devant le roc de la castration. Elle rencontre une butée réelle, mais cette butée apparaît comme impasse plutôt que comme conclusion structurée.

Chez Lacan, Miller voit autre chose : Lacan aurait tenté de produire **l’algorithme de l’arrêt**, c’est-à-dire une logique interne par laquelle l’analyse peut conclure.

La passe serait alors l’équivalent clinique et institutionnel de cette question :

**la machine analytique s’est-elle arrêtée selon une procédure interne démontrable ?**

#### 4.6. Correction importante sur Church / Turing / S(Ⱥ)

Le compte rendu Gemini dit que la thèse d’Alonzo Church affirme que tout calcul mathématique peut être résolu par la machine de Turing. Formulé strictement, c’est un peu trop rapide.

Plus précisément, la thèse de Church-Turing dit que toute procédure effectivement calculable peut être modélisée par une machine de Turing. Mais cela ne veut pas dire que toute question mathématique est décidable. Au contraire, le problème de l’arrêt montre qu’il existe des limites internes à la décidabilité.

Cette nuance est très importante pour Miller.

Car l’analogie avec **S(Ⱥ)**, le signifiant du manque dans l’Autre, fonctionne précisément sur cette limite.

S(Ⱥ), ce n’est pas seulement « il manque quelque chose ». C’est le point où l’Autre symbolique ne peut pas se garantir lui-même. Il n’y a pas de signifiant dernier qui viendrait fermer le système, totaliser le savoir, garantir la vérité de tout ce qui a été dit.

Donc l’analogie est forte :

la machine formelle rencontre un point qu’elle ne peut pas résoudre entièrement depuis elle-même ;

l’analyse rencontre un point où le symbolique ne peut pas tout dire ;

la passe tente pourtant de produire une démonstration de fin, mais une démonstration qui porte sur un impossible, un reste, un trou.

C’est là le paradoxe : **démontrer quelque chose qui inclut l’impossibilité d’une démonstration totale.**

#### 4.7. Passeurs, cartel, médaille Lacan : l’ironie sérieuse de Miller

Le passage sur les deux passeurs comme « jeunes mathématiciens » est à la fois drôle et très construit.

Le passant vient avec sa démonstration : voilà comment mon analyse s’est conclue. Mais comme une erreur de calcul est toujours possible, il faut des témoins.

Les **passeurs** recueillent le témoignage. Ils ne sont pas simplement des secrétaires. Ils sont dans une position délicate : ils doivent entendre, transmettre, noter, sans écraser ce qui se joue.

Le **cartel** reçoit ensuite le témoignage rapporté. Il juge si quelque chose de la fin d’analyse s’est transmis.

La « médaille Lacan », analogue ironique de la médaille Fields, désigne la nomination d’**A.E.**, Analyste de l’École.

Mais l’ironie n’annule pas le sérieux. Miller pointe la grandeur et le ridicule possible du dispositif. Grandeur : tenter de vérifier une fin analytique. Ridicule possible : transformer cela en concours, en médaille, en festival, en distinction narcissique.

Tout le reste de l’intervention travaille cette tension.

#### 4.8. S(Ⱥ), S1, S2, objet a : la structure formelle de la passe

Le compte rendu indique que Miller fait correspondre la machine à une table finie de symboles : **S(Ⱥ), S1, S2**, et des états cliniques. Puis il précise que le moment où **l’objet petit a** émerge en conjonction avec un état clinique définit la structure de la passe.

C’est probablement un passage dense.

On peut le déplier ainsi.

**S1**, c’est le signifiant maître, le signifiant qui marque, commande, fixe une position subjective.

**S2**, c’est le savoir, la chaîne signifiante, le développement, l’élaboration, l’ensemble des signifiants qui répondent ou se raccordent au S1.

**S(Ⱥ)**, c’est le signifiant du manque dans l’Autre : le point où le grand Autre n’est pas complet, où il n’y a pas de garantie ultime.

**Objet petit a**, c’est le reste, la cause du désir, ce qui ne se résorbe pas dans la chaîne signifiante, ce qui insiste comme point de jouissance ou de fixation.

La passe apparaît alors comme le moment où le sujet peut témoigner de la manière dont son analyse a réduit la chaîne signifiante jusqu’à un reste : non pas une vérité totale, mais une articulation nouvelle entre les signifiants qui l’ont marqué, le manque dans l’Autre, et l’objet qui causait sa position de jouissance.

La fin d’analyse ne serait donc pas : « j’ai tout compris ».

Elle serait plutôt : **je sais désormais quelque chose du point où mon histoire, mon fantasme, mon symptôme et ma jouissance se nouaient autour d’un reste irréductible ; et ce reste ne commande plus ma souffrance de la même manière.**

#### 4.9. Première question : réel, démonstration, énonciation

La question d’Adriana Campos oblige Miller à corriger lui-même la rigidité de son modèle.

La cure n’est pas une machine de Turing au sens strict. Elle n’est pas une procédure universelle, mécanique, programmable.

À **[38’](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2280)**, Miller introduit ici une réserve décisive : **la machine de Turing est bien une procédure universelle, mais il n’existe pas de procédure universelle dans la cure analytique**. L’analogie ne doit donc pas être comprise comme une équivalence simple — *une cure = une machine de Turing* — mais comme un **analogon formel limité**. La machine de Turing permet de penser certains traits : la série, les cases, la scansion, l’écriture d’un symbole, la question de l’arrêt, la vérification. Mais elle ne transforme jamais la cure en algorithme.

Il n’y a pas de procédure universelle qui dirait : à tel symptôme correspond telle intervention ; à telle séance, telle coupure ; à tel fantasme, telle durée ; à tel moment, telle fin démontrable. La cure analytique relève du **cas par cas**, de l’**énonciation**, du **transfert**, de la **contingence**, du **ton**, du **moment**, de la **coupure juste** et du **réel singulier** du symptôme.

La formule de correction est donc :

**La machine de Turing donne à Miller l’analogon de l’arrêt ; elle ne donne pas le modèle universel de la cure.**

Ou plus tranchant :

**L’analogon turingien éclaire la passe seulement à condition de ne pas turingiser l’analyse.**

C’est là qu’intervient le déplacement majeur vers **l’énonciation**.

En logique, l’énonciation ne compte pas. Seul compte l’énoncé : la proposition, sa forme, sa validité, son calcul.

Mais en psychanalyse, l’énonciation est décisive.

La différence est simple :

l’**énoncé**, c’est ce qui est dit ;

l’**énonciation**, c’est la position depuis laquelle c’est dit.

Deux personnes peuvent prononcer la même phrase, mais pas depuis le même lieu subjectif. Dans la passe, cela change tout.

Un passant peut raconter correctement son analyse, ses symptômes, ses rêves, son fantasme, ses interprétations. Mais si tout cela reste dans une énonciation de maîtrise, de plainte, de séduction, de demande ou de prestige, quelque chose ne passe pas.

Inversement, un témoignage moins spectaculaire peut transmettre davantage si l’énonciation montre un changement de position réel.

C’est pourquoi Miller dit vouloir donner plus de poids à l’énonciation qu’à l’énoncé dans la passe contemporaine.

Cela signifie : **la passe ne peut pas être seulement une démonstration de contenu ; elle doit faire entendre le lieu d’où parle le sujet après l’analyse.**

#### 4.10. Deuxième question : une fin qui ne conclut pas absolument

La question de Stéphanie Hoog introduit un paradoxe essentiel : la passe est-elle une fin qui ne conclut pas ?

Miller répond par le modèle **Terminator**. C’est très parlant.

Dans une machine de Turing, l’arrêt est définitif. La machine s’arrête.

Dans une analyse, c’est plus étrange. Il y a un hoquet, un arrêt, une conclusion, mais ensuite quelque chose peut repartir. Certains A.E. reprennent une analyse. Le sujet réapparaît autrement, comme dans un film suivant.

Ce passage est capital, parce qu’il empêche de transformer la passe en absolu.

La passe n’est pas la mort définitive de l’inconscient. Elle n’est pas la fin du sujet. Elle n’est pas l’achèvement total d’une vie psychique.

Elle est une **conclusion locale**, logique, suffisamment démontrable, mais non totalisante.

Cela veut dire : une analyse peut finir, mais le parlant continue de parler ; le symptôme peut être transformé, mais la structure ne disparaît pas ; une conclusion peut se produire, mais elle n’empêche pas des reprises ultérieures.

La fin n’est donc pas une fermeture métaphysique. C’est un arrêt opératoire dans une séquence.

#### 4.11. Troisième question : les notes du passeur et le problème de la transcription

La question d’Isabelle Magne est très fine : les notes du passeur entravent-elles la parole ?

Si la passe porte seulement sur les énoncés, il faut noter précisément : les faits, les phrases, les articulations, les dates, les rêves, les signifiants.

Mais si la passe porte aussi sur l’énonciation, alors la notation devient beaucoup plus difficile.

Comment noter un ton ? Une coupure ? Un rire ? Une hésitation ? Une scansion ? Une position corporelle ? Une manière de dire un mot ? Une rhétorique subjective ?

Miller évoque alors une notation presque musicale ou phonologique.

C’est un point très profond : la passe veut transmettre quelque chose qui résiste à l’écrit, mais qui doit pourtant être rapporté à une instance institutionnelle.

Le passeur est donc pris dans une contradiction :

il doit écrire ce qui ne se réduit pas à l’écrit ;

il doit transmettre une énonciation sans la transformer en simple résumé ;

il doit rester fidèle sans devenir interprète souverain.

La passe est donc aussi un problème de médium : comment faire passer une parole vivante dans une procédure indirecte ?

#### 4.12. Quatrième question : traversée du fantasme et point de fixité

La question sur la traversée du fantasme touche un point clinique dur : comment traverser le fantasme s’il est accroché à un point fixe ?

Miller répond avec une image très violente : le supplice chinois, Bataille, le dépiautage de la chair.

Il ne faut pas prendre cette image comme une fascination morbide. Elle sert à penser la réduction analytique.

La **chair**, ce sont les enveloppes imaginaires : identifications, récits, masques, semblants, idéaux, positions narcissiques, formes de plainte, scènes fantasmatiques.

L’analyse enlève beaucoup de cette chair. Elle dépiaute l’être au sens où elle défait les habillages sous lesquels le sujet se reconnaissait.

Mais il reste le **squelette**.

Le squelette, c’est le point fixe. Ce n’est pas simplement une illusion. Ce n’est pas un masque. C’est la structure plus dure du symptôme, de l’objet, du mode de jouissance.

Donc la traversée du fantasme ne veut pas dire que tout disparaît. Elle veut dire que le sujet n’est plus captif du même montage fantasmatique.

On ne détruit pas le squelette. On modifie le rapport au point de fixité.

Formule simple :

**l’analyse retire les semblants, mais elle ne supprime pas le réel.**

#### 4.13. Cinquième question : le « moment de passe » et la dérive institutionnelle

Le passage sur le « moment de passe » est très important institutionnellement.

Miller conteste l’expression. Pour Lacan, la passe se tente une seule fois. Il y a un acte, un moment de décision, une tentative.

Miller reconnaît ensuite avoir fait une « connerie » en ouvrant la possibilité d’une deuxième tentative, par justice ou humanitarisme.

Ce terme est fort. Il montre qu’il pense avoir introduit une dérive.

Pourquoi ? Parce qu’une deuxième tentative devient vite un droit. Puis un droit dérivé. Puis trois ou quatre tentatives. Puis un rituel annuel. Il compare cela au Festival de Cannes.

L’image est féroce : la passe risque de devenir un calendrier mondain de nominations, une scène de reconnaissance, une compétition répétitive.

Cela détruit l’événement de la passe.

Si l’on peut revenir chaque année, tenter encore, espérer encore la nomination, alors la passe change de nature. Elle devient un dispositif de carrière, ou du moins elle risque de le devenir.

Le retour à la règle stricte de Lacan — une seule fois — vise donc à restaurer la gravité de l’acte.

La passe n’est pas un concours. Ce n’est pas une session d’examen repassable à volonté. C’est une mise à l’épreuve d’un moment logique.

#### 4.14. Sixième question : l’A.E. garde-t-il ses racines névrotiques ?

La dernière question est cliniquement très importante.

Elle demande si la nomination d’A.E. modifie les racines névrotiques du désir : être exclu, préféré, unique, reconnu, distingué.

Miller répond non, ou plutôt : pas totalement.

Il maintient sa thèse : **un ancien névrosé garde ses traces**.

La psychanalyse ne guérit pas la névrose au sens où elle supprimerait la structure. Elle ne produit pas un sujet purifié, harmonieux, génitalement accompli, béat.

Miller critique ici l’idéal d’une psychanalyse qui promettrait une félicité complète. Pour Lacan, cela relevait d’une illusion normative, notamment dans certaines orientations de l’IPA.

L’analyse réussie ne produit pas un sujet sans symptôme, sans reste, sans jouissance, sans narcissisme, sans fierté.

Être nommé A.E. rend fier et content. Miller ne le moralise pas. Il constate simplement que la structure ne disparaît pas.

Ce que l’analyse peut produire, c’est autre chose : une transformation du rapport à la souffrance incluse dans la jouissance.

La formule du compte rendu est très bonne :

**ne plus être l’esclave de la souffrance contenue dans la jouissance.**

C’est peut-être l’une des meilleures définitions de la fin d’analyse dans cette intervention.

#### 4.15. La thèse centrale reconstituée

On peut maintenant formuler la thèse globale de Miller ainsi :

Une analyse est comparable à une machine symbolique qui avance par unités discrètes, les séances, et qui produit des inscriptions inconscientes. Son problème majeur est celui de l’arrêt : comment ne pas continuer indéfiniment ? Freud a rencontré l’arrêt comme fatigue ou comme impasse ; Lacan a tenté de formaliser une fin logique par la passe. Mais cette formalisation ne peut pas être purement logique, car l’analyse implique l’énonciation, le corps parlant, le ton, le reste, la jouissance. La passe doit donc vérifier une fin sans la transformer en procédure mécanique, en rituel institutionnel ou en idéal de guérison totale.

Version plus dense :

**La passe est la tentative paradoxale de démontrer qu’une analyse s’est arrêtée selon sa logique propre, alors même que ce qui s’y démontre inclut un réel impossible à totaliser.**

#### 4.16. Les grands paradoxes de l’intervention

Il y en a au moins six.

Premier paradoxe : **il faut démontrer une fin, mais cette fin porte sur un réel qui échappe à la démonstration complète.**

Deuxième paradoxe : **l’analyse peut finir, mais l’inconscient ne meurt pas.**

Troisième paradoxe : **la passe doit transmettre une énonciation, mais elle passe par des notes, des passeurs et un cartel.**

Quatrième paradoxe : **l’A.E. témoigne d’une transformation, mais il garde des traces de sa structure névrotique.**

Cinquième paradoxe : **la passe doit contrôler la fonction analytique, mais elle ne doit pas devenir une bureaucratie de certification.**

Sixième paradoxe : **la machine de Turing aide à penser la cure, mais la cure excède la machine par le ton, le corps, l’énonciation, la jouissance et la contingence.**

#### 4.17. Ce que Miller semble combattre

L’intervention combat plusieurs dérives à la fois.

Il combat l’idée freudienne ou post-freudienne d’une analyse essentiellement interminable.

Il combat l’idée thérapeutique faible selon laquelle l’analyse finirait simplement quand on se sent mieux.

Il combat l’idée institutionnelle selon laquelle la passe pourrait devenir un droit, une carrière ou une cérémonie répétable.

Il combat l’idée logique trop sèche selon laquelle la passe se réduirait à des énoncés bien ordonnés.

Il combat enfin l’idéal d’une guérison totale, où l’analysé deviendrait un sujet sans reste.

La position de Miller est plus tranchante : il y a fin, mais fin paradoxale ; il y a démonstration, mais trou dans la démonstration ; il y a nomination, mais pas purification ; il y a arrêt, mais possibilité de reprise ; il y a transmission, mais difficulté de noter l’énonciation.

#### 4.18. Formule finale

La vidéo peut se résumer ainsi :

**Une analyse se passe comme une machine de parole qui écrit des formations de l’inconscient, séance après séance. Mais son enjeu n’est pas de parler indéfiniment : c’est de rencontrer un point d’arrêt. Lacan appelle passe la procédure par laquelle cette fin peut être mise à l’épreuve. Pourtant, cette fin n’est ni guérison totale, ni silence définitif de l’inconscient, ni certification bureaucratique. Elle est la réduction d’un montage de souffrance et de jouissance jusqu’à un reste dont le sujet peut témoigner autrement.**

Encore plus court :

**L’analyse finit quand le sujet ne demande plus au sens de recouvrir le réel qui le faisait souffrir.**

Et dans le vocabulaire de l’intervention :

**la machine analytique peut s’arrêter, mais ce qui s’arrête n’est pas la vie psychique ; c’est l’esclavage du sujet à une certaine souffrance de jouissance.**

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<summary><strong>Approfondissement — Psychanalyse comme bien commun</strong></summary>

La formule **« la psychanalyse comme bien commun »** est juste, mais seulement si on la tient dans une forte tension. Elle ne veut pas dire : *la psychanalyse au service du Bien commun*, comme morale collective, politique sanitaire ou programme d’adaptation. Elle veut dire plutôt : **la psychanalyse n’est pas une propriété privée de corporation ; elle est une expérience, un discours, une pratique et un savoir transmissible qui concernent le lien social, tout en ne sacrifiant jamais la singularité du sujet au nom d’un bien général.**

Le point crucial est donc :

**Psychanalyse comme bien commun ≠ psychanalyse au service du Bien commun.**

C’est cette dissymétrie qu’il faut garder.

#### 5.1. Le noyau freudien : la psychanalyse ne doit pas être confisquée par une profession

La première couche vient de Freud. La question est déjà là dans **La question de l’analyse profane** : les médecins doivent-ils avoir le monopole de la psychanalyse ? Freud répond non. Le point décisif n’est pas le diplôme médical, mais la formation analytique effective. Jacques Sédat rappelle que Freud pose à la fois « la situation de l’analyse dans le champ des disciplines » et « le statut du psychanalyste dans la société » ; Freud va jusqu’à dire que doivent être tenus pour profanes tous ceux qui n’ont pas une connaissance théorique et pratique satisfaisante de la psychanalyse, qu’ils soient médecins ou non.

Cela fonde une première définition :

**la psychanalyse est un bien commun parce qu’elle ne relève pas d’un monopole médical, corporatif ou académique.**

Mais cela ne veut pas dire qu’elle serait ouverte à n’importe qui, n’importe comment. Au contraire : Freud défend une ouverture **contre le monopole**, mais non contre la formation. C’est une ouverture exigeante.

Même logique dans la question de l’université. Freud peut se réjouir que la psychanalyse entre à l’université, mais il soutient aussi que l’analyste peut se passer de l’université ; autrement dit, la psychanalyse est transmissible dans l’espace public du savoir, mais son acte ne se réduit pas à un enseignement universitaire.

Donc, dès Freud, il y a trois refus : refus du monopole médical ; refus du secret initiatique fermé ; refus de la réduction universitaire pure.

#### 5.2. La couche sociale : la psychanalyse doit pouvoir sortir du cabinet bourgeois

La psychanalyse a souvent été perçue comme une pratique de classes cultivées, coûteuse, longue, réservée à des sujets disposant de temps, d’argent et de capital culturel. Historiquement, ce n’est pas faux comme image sociale, mais ce n’est pas tout Freud.

Dans **Lines of Advance in Psycho-Analytic Therapy**, Freud envisage déjà des institutions et des cliniques où des traitements analytiques seraient accessibles gratuitement. Le livre d’Elizabeth Ann Danto, *Freud’s Free Clinics*, reprend cette histoire oubliée des cliniques gratuites entre 1918 et 1938 et montre que des analystes ont tenté de faire de la psychanalyse une pratique accessible aux pauvres et aux classes ouvrières.

Cette dimension est importante : la psychanalyse comme bien commun n’est pas seulement une idée théorique. Elle suppose une **politique d’accès**.

En France, l’exemple contemporain le plus net est celui des **CPCT** — Centres psychanalytiques de consultations et de traitement. L’ECF présente le CPCT-Paris, créé en 2003, comme un dispositif proposant un traitement psychanalytique gratuit, de durée limitée, ouvert à tout public, avec des praticiens bénévoles formés et orientés par la psychanalyse.

D’autres CPCT, comme en Aquitaine, se présentent explicitement comme des lieux adressés à ceux qui se trouvent dans une impasse subjective et souhaitent parler avec un psychanalyste, avec une orientation ou un traitement par la parole de durée limitée et sans contrepartie financière.

Ici, la psychanalyse comme bien commun veut dire :

**ne pas réserver l’adresse analytique à ceux qui peuvent se payer une longue cure privée.**

Mais il y a une nuance : le CPCT ne transforme pas la psychanalyse en assistance sociale classique. Il garde la logique du cas par cas, de la parole, de la demande, de l’impasse subjective.

#### 5.3. La couche lacanienne : l’École comme forme anti-corporative

Chez Lacan, la question devient plus tranchante. Dans la **Proposition du 9 octobre 1967**, il pose le principe célèbre : **« le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même »**. Mais ce principe ne signifie pas « chacun fait ce qu’il veut ». Lacan ajoute aussitôt que cela n’exclut pas que l’École garantisse qu’un analyste relève de sa formation.

La structure est donc paradoxale :

**pas d’autorisation bureaucratique de l’analyste ; mais une garantie possible par l’École.**

Lacan refuse le modèle de société professionnelle qui distribuerait des permis d’exercer comme une corporation. Mais il refuse aussi l’anomie. L’École doit garantir, mettre au travail, contrôler, produire de la transmission.

L’AMP formule clairement cette tension : l’École ne délivre pas un titre d’analyste ni une autorisation d’exercer ; elle garantit que la pratique d’un analyste relève de la formation qu’elle dispense, formation basée notamment sur le contrôle de la pratique.

Ce point est très fort pour la notion de bien commun : la psychanalyse appartient à tous en tant que champ de discours, mais la fonction d’analyste n’est pas abandonnée à l’improvisation individuelle.

Donc :

**la psychanalyse comme bien commun exige une institution, mais une institution qui ne se prend pas pour le propriétaire de la psychanalyse.**

#### 5.4. La passe : rendre public quelque chose de l’expérience la plus intime

La passe est probablement le dispositif le plus profond pour penser la psychanalyse comme bien commun.

Une analyse est une expérience intime, privée, singulière. Mais Lacan invente une procédure par laquelle celui qui pense être arrivé au terme de son analyse peut témoigner de cette fin. Ce témoignage n’est pas simple récit autobiographique : il vise à transmettre quelque chose qui concerne les « problèmes cruciaux » de la psychanalyse.

La page de l’AMP sur la passe indique que l’événement de passe est « le dire d’un seul » lorsqu’il met en ordre son expérience et l’interprète « au bénéfice du tout-venant ». Cette expression est capitale : **ce qui vient d’un seul peut valoir pour d’autres, non comme modèle à imiter, mais comme enseignement transmissible.**

On touche ici une définition très précise du bien commun analytique :

**le bien commun n’est pas une norme commune ; c’est la mise en circulation contrôlée d’un savoir extrait d’une singularité.**

Ce n’est pas « tout le monde doit faire pareil ». C’est : un cas singulier, travaillé jusqu’à son os, peut produire un enseignement pour l’École, donc pour le champ.

La passe transforme l’expérience privée en **ressource commune**, mais sans la généraliser en règle.

#### 5.5. Le cartel : le savoir analytique comme commun non vertical

Autre dispositif lacanien essentiel : le **cartel**.

Le cartel est un petit groupe de travail, classiquement 4 + 1, formé pour une durée limitée. L’ECF le présente comme le dispositif privilégié d’étude de la psychanalyse, lieu où un savoir théorique, clinique ou politique s’élabore en mettant chacun au travail.

Ce n’est pas un cours magistral, ni une classe, ni une hiérarchie maître-disciples. L’ECF souligne que le cartel est une configuration où il n’y a pas de maître détenant un savoir acquis d’avance, ni de disciple passif, mais un ensemble éphémère où chacun produit un bout de savoir nouveau.

C’est une forme très intéressante de « commun » :

**un savoir commun, mais produit depuis des questions singulières ; un groupe, mais sans fusion ; une transmission, mais sans maître propriétaire.**

Le cartel donne une forme institutionnelle à ce paradoxe : la psychanalyse est transmissible, mais elle ne se transmet pas comme doctrine close.

#### 5.6. Le contrôle : rendre compte de sa pratique sans la standardiser

Le contrôle est une autre pièce du bien commun analytique.

L’ECF rappelle que, pour Lacan, « le contrôle s’impose », mais qu’il n’est pas obligatoire au sens bureaucratique. Il s’impose parce que le praticien doit rendre compte des effets analytiques obtenus dans une cure, et parce que le contrôle répond à une logique subjective : le praticien choisit librement un contrôleur auquel il prête un savoir.

Ce point est très important. Une pratique qui engage l’inconscient, le transfert, le symptôme, la jouissance et le désir ne peut pas rester une affaire privée du praticien. Il faut un tiers. Mais ce tiers ne doit pas devenir standardisation administrative.

Le contrôle fait donc passer la pratique du cabinet vers un espace de responsabilité.

Formule :

**le contrôle est la condition pour que la psychanalyse reste un bien commun sans devenir une norme commune.**

Il permet de sortir de la dualité analyste-analysant, de limiter les effets imaginaires, d’interroger la direction de la cure et d’éviter que le praticien ne s’autorise seulement de sa propre jouissance ou de son propre aveuglement.

#### 5.7. La grande tension : le « bien commun » peut aussi devenir l’ennemi de la psychanalyse

C’est ici qu’il faut être très précis.

Dans le vocabulaire courant, dire que la psychanalyse est un bien commun semble positif. Mais dans l’orientation lacanienne, le « bien commun » est aussi suspect lorsqu’il signifie : ordre social, adaptation, normalisation, santé publique standardisée, gestion des populations, idéal de bien-être.

L’AMP elle-même utilise parfois l’expression « bien commun » de manière critique : elle évoque des bureaucraties sanitaires qui, au nom d’un « bien commun », deviennent sourdes aux dires de chacun.

Cela veut dire : le bien commun peut devenir un signifiant de pouvoir. Au nom du bien commun, on peut réduire le sujet à un cas statistique, le symptôme à un dysfonctionnement, la parole à un indicateur, le traitement à un protocole, la clinique à une conformité.

Une page de l’Hebdo-Blog le formule de manière encore plus radicale à propos de l’École : son but n’est pas le bien commun, mais le discours psychanalytique, cause du désir, même si elle obéit aux lois de l’État de droit.

C’est le point le plus subtil :

**la psychanalyse peut être un bien commun à condition de ne pas être ordonnée au Bien commun comme idéal collectif.**

Autrement dit : elle doit appartenir au commun, mais ne pas servir de doctrine d’harmonisation du commun.

#### 5.8. Psychanalyse, santé publique et évaluation : le conflit contemporain

Aujourd’hui, la question devient brûlante parce que la santé mentale est de plus en plus gouvernée par des critères d’évaluation, de preuves, de standardisation, de parcours, de recommandations et de politiques publiques.

En France, l’usage du titre de psychothérapeute est strictement encadré : l’inscription suppose notamment une formation en psychopathologie clinique de 400 heures minimum et un stage pratique d’au moins cinq mois ; l’accès à cette formation est réservé aux médecins ou titulaires d’un master en psychologie ou psychanalyse.

Ce cadre protège contre certaines dérives. Mais il pose aussi une question : comment protéger le public sans réduire la psychanalyse à un métier psychothérapeutique standard ?

La controverse sur l’évaluation est centrale. Un article de 2025 sur Cairn rappelle que, depuis le rapport Inserm de 2004 sur les psychothérapies, la question de l’évaluation scientifique de l’efficacité de la psychanalyse se pose de manière récurrente, mais qu’il s’agit surtout d’évaluer ce qui est évaluable en tant que psychothérapie, non toutes les dimensions pratiques et épistémiques de la psychanalyse.

Voilà la tension actuelle :

**si la psychanalyse veut rester un bien commun, elle ne peut pas refuser toute discussion publique ; mais si elle accepte d’être entièrement traduite en indicateurs, elle risque de perdre son objet.**

Elle doit donc répondre, mais sans se laisser absorber.

#### 5.9. Définition forte : en quel sens la psychanalyse est-elle un bien commun ?

On peut proposer une définition en six points.

**1. Bien commun de parole.**  
Parce qu’elle maintient ouverte une adresse où un sujet peut dire autre chose que ce qui est attendu de lui : pas seulement son trouble, son diagnostic, son comportement, sa performance, sa conformité.

**2. Bien commun de savoir.**  
Parce qu’elle produit depuis plus d’un siècle un savoir sur l’inconscient, le désir, le symptôme, la répétition, le fantasme, le transfert, le corps parlant, la jouissance.

**3. Bien commun institutionnel.**  
Parce qu’elle ne peut pas rester dans la propriété privée des cabinets : École, passe, cartel, contrôle, publications, journées, enseignements, CPCT, bibliothèques et réseaux font circuler quelque chose.

**4. Bien commun anti-corporatif.**  
Parce qu’elle refuse que la fonction analytique soit confisquée par un ordre professionnel, un diplôme unique, un monopole médical ou universitaire.

**5. Bien commun clinique.**  
Parce qu’elle offre une manière de recevoir la souffrance psychique autrement que par la seule correction, adaptation, rééducation ou normalisation.

**6. Bien commun critique.**  
Parce qu’elle garde vivante une objection à l’époque : tout ne se mesure pas ; tout ne se corrige pas ; tout ne s’optimise pas ; tout sujet n’est pas réductible à son fonctionnement.

#### 5.10. Le danger inverse : privatisation, ésotérisme, caste

Il ne faut pas idéaliser la psychanalyse. Si elle refuse le monopole public, elle peut tomber dans un autre piège : devenir une caste, un langage fermé, une autorité opaque, une pratique chère, un milieu endogamique, une rhétorique d’initiés.

Paul-Laurent Assoun rappelle que la formation analytique peut donner l’impression d’un cercle fermé ou d’une société secrète, impression problématique pour la psychanalyse elle-même. Il souligne l’enjeu d’une formation sui generis, mais aussi le risque d’aura initiatique autour du savoir analytique.

C’est pourquoi la psychanalyse comme bien commun exige une double protection :

contre la capture bureaucratique ;

contre la capture ésotérique.

Elle doit être ouverte, mais pas diluée ; rigoureuse, mais pas propriétaire ; institutionnelle, mais pas bureaucratique ; transmissible, mais pas standardisée.

#### 5.11. Formule synthétique

La psychanalyse est un bien commun **non parce qu’elle viserait le bien de tous**, mais parce qu’elle garde ouvert, pour chacun, un lieu où le sujet n’est pas réduit à ce que le collectif, l’État, la médecine, l’école, la famille, le marché ou la norme savent déjà de lui.

Formule plus dense :

**La psychanalyse est un bien commun paradoxal : elle appartient au commun par sa transmission, ses institutions, ses textes, ses dispositifs et son offre de parole ; mais elle trahit sa fonction dès qu’elle se met au service d’un Bien commun qui ferait taire la singularité du symptôme.**

Ou encore :

**La psychanalyse est commune par sa cause, non par sa norme.**

C’est probablement le meilleur axe de lecture de la formule chez Miller/Lacan : la psychanalyse doit rester disponible, transmissible, discutée, contrôlée, enseignée, offerte — mais elle ne doit jamais devenir un appareil de normalisation au nom du bien collectif.

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<summary><strong>Approfondissement — S(Ⱥ), Grand S de A barré</strong></summary>

Cette question est désormais développée dans la section principale [S(Ⱥ) : le manque dans l’Autre, ou l’impossible garantie](#s-a-manque-autre), afin que l’articulation entre le Grand Autre, la cure, la passe, la machine de Turing, l’École et l’A.E. reste immédiatement lisible dans le fil central de l’article.

</details>

<details>
<summary><strong>Approfondissement — Analogon chez Lacan / Miller</strong></summary>

#### 7.1. Définition minimale

**Analogon** signifie littéralement : **ce qui tient lieu d’analogue**, **équivalent fonctionnel**, **support substitutif**, **forme qui permet de traiter indirectement quelque chose qui n’est pas directement saisissable**.

Mais chez Lacan / Miller, le terme doit être manié avec prudence.

Il ne désigne pas un concept central stabilisé comme **S(Ⱥ)**, **objet a**, **fantasme**, **signifiant**, **sinthome**, **passe**, etc. C’est plutôt un **mot opératoire**, utilisé ponctuellement pour dire : « ceci fonctionne comme analogue de cela », mais avec une tension constante entre deux usages.

D’un côté, **analogon** peut désigner une **forme de substitution structurale** : le jeu comme analogon du fantasme, le fantasme comme analogon du réel, l’image au miroir comme analogon de l’âme.

De l’autre, Lacan refuse parfois explicitement l’analogon : ce qu’il avance n’est pas une simple analogie, mais une structure réelle, ou une écriture qui touche au réel. Dans sa conférence de Baltimore, il répond à l’objection selon laquelle la topologie serait une analogie : « Où est l’analogon ? » Puis il affirme que le tore n’est pas un analogon, ni même une abstraction, mais le réel lui-même de la structure névrotique.

Donc la formule correcte serait :

**Chez Lacan / Miller, analogon désigne un équivalent opératoire, mais toujours sous menace d’être dépassé par la structure réelle qu’il ne fait d’abord que figurer.**

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#### 7.2. Origine philosophique : analogon, image, Sartre

Le terme **analogon** vient fortement du champ phénoménologique, notamment de Husserl et Sartre. Chez Sartre, dans *L’Imaginaire*, l’analogon est ce qui permet à une conscience imageante de viser un objet absent. Ce peut être une image matérielle, une photo, un dessin, un schème, mais aussi un support mental, affectif ou kinesthésique.

Dans ce sens phénoménologique, l’analogon est :

**un support présent qui permet de viser un absent.**

Exemples simples :

Une photo est l’analogon d’une personne absente.  
Un portrait est l’analogon d’un visage.  
Une image mentale est l’analogon d’un objet non présent.  
Un schéma est l’analogon d’une structure difficile à saisir directement.

Ce point est important, parce que Lacan connaît très bien ce contexte. Mais il le déplace. Pour Lacan, l’analogon n’est pas seulement un support d’image : il peut devenir **support de structure**, **support de manque**, **support de réel**, ou au contraire être récusé comme simple analogie imaginaire.

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#### 7.3. Lacan contre l’analogon faible : « ce n’est pas une analogie »

Le passage décisif est la conférence de Baltimore de 1966, dans le contexte de la structure, du langage, du sujet et de la topologie.

Lacan y rappelle d’abord que l’inconscient est structuré comme un langage, mais il précise que cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un sous-langage, d’un langage réduit ou d’un autre langage : « le langage c’est le langage ». Il affirme aussi qu’il n’y a pas de métalangage, puisque tout prétendu métalangage doit encore se présenter dans un langage.

Puis, quand on lui demande si son usage de l’arithmétique et de la topologie est un mythe ou une analogie, il répond de manière très nette. Il dit que le sujet est supporté par une perte ; cette perte n’existe pas avant que la symbolisation indique sa place ; et il refuse alors que le tore soit seulement une analogie. Pour Lacan, le tore n’est pas un analogon, ni une abstraction, mais la structure réelle du névrosé.

Ce passage est capital.

Lacan refuse ici l’analogon au sens faible :

**non pas : “le tore ressemble à la névrose” ;**  
**mais : “le tore écrit quelque chose de la structure névrotique”.**

Autrement dit, il y a une différence entre :

**analogie imagée** : « c’est comme si… »  
**modèle représentatif** : « cela aide à comprendre… »  
**écriture structurale** : « cela formalise la structure elle-même. »

Lacan veut situer son usage de la topologie au troisième niveau.

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#### 7.4. Analogon ≠ métaphore

Il faut aussi distinguer **analogon** et **métaphore**.

Une métaphore substitue un signifiant à un autre et produit un effet de sens. Par exemple, dans la métaphore paternelle, le Nom-du-Père vient se substituer au désir de la mère et produit une signification phallique.

Un analogon n’est pas forcément une métaphore. Il peut être une **forme équivalente**, un **support de traitement**, une **structure substitutive**, mais pas nécessairement un signifiant métaphorique produisant un sens.

Exemple : quand Miller dit que le jeu peut être considéré comme un **analogon du fantasme**, il ne dit pas simplement que le jeu « ressemble » au fantasme. Il dit que le jeu peut fonctionner comme un dispositif où s’observe une structure équivalente : répétition, maîtrise, substitution, scénario, traitement de la jouissance.

Dans son cours *Du symptôme au fantasme, et retour*, Miller analyse le **Fort-Da** comme « filet signifiant jeté sur la jouissance », puis écrit que le jeu peut être considéré comme un analogon du fantasme, en référence à Freud et au texte *Der Dichter und das Fantasieren* ; il précise que le texte freudien repose sur un rapport de substitution ou d’équivalence entre jeu et fantasme.

Donc :

**métaphore = substitution signifiante produisant du sens ;**  
**analogon = équivalent fonctionnel permettant de traiter une structure.**

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#### 7.5. Le jeu comme analogon du fantasme

C’est l’un des usages les plus clairs chez Miller.

Dans *Du symptôme au fantasme, et retour*, Miller reprend le Fort-Da. Il dit que le jeu du Fort-Da permet de saisir « le dossieret du fantasme » et qu’il fonctionne comme un filet signifiant jeté sur la jouissance. Le va-et-vient du jeu devient alors un va-et-vient de jouissance, mais vécu dans une certaine maîtrise.

Puis vient la formule :

**le jeu peut être considéré comme un analogon du fantasme.**

Pourquoi ?

Parce que le jeu met en scène plusieurs éléments structuraux du fantasme :

le scénario ;  
la répétition ;  
la substitution ;  
la maîtrise imaginaire ;  
la perte et le retour ;  
le traitement d’une jouissance qui, sans cela, serait trop massive ;  
le passage d’une passivité subie à une activité scénarisée.

Le Fort-Da n’est donc pas seulement un petit jeu infantile. Il est un analogon parce qu’il rend visible une opération fantasmatique minimale : faire tourner une perte, la répéter, la mettre en scène, en tirer une forme de maîtrise.

Dans cette perspective :

**le jeu est au fantasme ce que le laboratoire est à une expérience : non pas la chose entière, mais un dispositif où sa structure devient lisible.**

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#### 7.6. Le fantasme comme analogon du réel

Deuxième usage majeur chez Miller : le **fantasme** comme analogon du **réel**.

Dans *L’Un tout seul*, Miller relit l’ambition lacanienne de la passe. Il explique que Lacan a voulu forcer la limite freudienne de l’analyse en faisant du fantasme fondamental le champ où pouvait se décider l’issue de l’analyse. Le fantasme est alors mis « à la place du réel » pour le sujet.

La formule décisive arrive ensuite : Lacan aurait construit le fantasme fondamental pour obtenir **un analogon du réel** sur lequel on peut penser que la parole a de l’effet. Miller précise que Lacan fait fonctionner le fantasme comme un axiome des symptômes : quelque chose qui reste constant tandis que les déductions symptomatiques varient.

C’est très important.

Le réel, au sens lacanien strict, ne se laisse pas directement interpréter. Il est hors sens, impossible, sans loi, mais il insiste. Pour que l’analyse puisse agir, il faut un point où la parole puisse toucher quelque chose du réel sans prétendre l’absorber.

Le fantasme joue ce rôle.

Il est un **analogon du réel** parce qu’il occupe pour le sujet une place de fixité, de constance, de retour au même lieu. Il permet de donner à la parole analytique une prise sur ce qui, autrement, serait pur réel hors sens.

Mais Miller ajoute ensuite une correction décisive : la traversée du fantasme donne une solution du côté du désir, non une solution totale de la jouissance. Il dit que Lacan ne pense pas une réduction du réel lui-même, mais seulement la réduction de cet analogon du réel qu’est le fantasme.

Formule :

**Le fantasme est un analogon du réel parce qu’il donne au réel une scène, une formule, une constance manipulable par l’analyse. Mais il n’est pas le réel ultime de la jouissance.**

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#### 7.7. Analogon et objet a

Dans ce même passage, Miller montre que le fantasme fondamental se formule avec **$ ◇ a** : le sujet barré articulé à l’objet petit a. Le fantasme devient alors un axiome qui fixe le sujet autour de l’objet a ; l’analyse peut produire la chute de l’objet a et la destitution subjective.

Cela permet de préciser le statut de l’analogon.

L’analogon du réel n’est pas un simple schéma extérieur. Il tient parce qu’il comporte un élément réel : **l’objet a**.

Au départ, l’objet a a des affinités imaginaires : image, forme, objet partiel, support du désir. Mais Lacan le fait migrer vers le registre du réel. Miller note que c’est ce déplacement qui permet à Lacan de dire qu’il y a du réel dans le fantasme.

Donc :

**fantasme = analogon du réel ;**  
**objet a = point réel dans cet analogon ;**  
**traversée du fantasme = réduction de cet analogon, chute de l’objet a comme objet faisant sens ;**  
**reste au-delà = Un de jouissance / sinthome / hors-sens.**

On voit ici la limite de l’analogon. L’analogon permet de traiter le réel tant que le réel est pris dans une structure fantasmatique. Mais lorsque l’analyse rencontre la jouissance comme pure itération hors sens, l’analogon du fantasme ne suffit plus.

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#### 7.8. Phobie comme analogon de la métaphore paternelle

Un autre usage important se trouve dans la clinique de la phobie.

Certains textes du Champ lacanien rappellent, en s’appuyant notamment sur Colette Soler, que Lacan pose la phobie comme un **analogon de la métaphore paternelle**. La métaphore phobique et la métaphore paternelle métaphorisent toutes deux le désir de l’Autre.

Cela veut dire que l’objet phobique — cheval, loup, chien, espace ouvert, ascenseur, cafard, avion, etc. — peut venir fonctionner comme signifiant de substitution lorsque la métaphore paternelle ne suffit pas, vacille ou doit être localement suppléée.

Dans la métaphore paternelle, le Nom-du-Père vient donner une signification phallique au désir de la mère.

Dans la phobie, un signifiant phobique vient fixer l’angoisse et interpréter l’opacité du désir de l’Autre.

Donc la phobie comme analogon ne veut pas dire que la phobie est « pareille » au père. Cela veut dire :

**l’objet phobique peut fonctionner comme une suppléance structurale au point où il faut métaphoriser le désir de l’Autre.**

L’analogon est donc ici **fonction de suppléance**.

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#### 7.9. Image au miroir comme analogon de l’âme

Chez Miller, on trouve aussi un usage plus imaginaire du terme.

Dans *Tout le monde est fou*, Miller dit qu’il ne croit pas à l’âme, sinon « conformément à Aristote et Lacan » comme désignant l’unité du corps, l’image au miroir en étant l’analogon le plus proche et le plus présent.

Ici, analogon signifie : support le plus proche d’une unité imaginaire.

L’âme n’est pas prise comme substance spirituelle. Elle est ramenée à l’unité du corps, et l’image spéculaire est ce qui en donne l’analogon le plus accessible : une forme unifiée, visible, saisissable.

Mais cette unité est aussi trompeuse. Dans Lacan, le stade du miroir donne une forme unifiée au moi, mais cette unité est aussi aliénante, imaginaire, capturante.

Donc :

**l’image au miroir est analogon de l’âme parce qu’elle donne une unité visible du corps ; mais cette unité est imaginaire, non une substance profonde.**

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#### 7.10. Écriture comme analogon du métalangage

Un autre usage, plus théorique, apparaît dans des textes de l’Association lacanienne internationale sur le savoir dans le réel. Il y est dit : « Sans doute n’y a-t-il pas de métalangage, mais l’écriture en est une sorte d’analogon. » L’écriture permet une certaine distance avec la structure, non comme dédoublement imaginaire langage-objet / métalangage, mais comme dépôt de lettre situé du côté du réel.

Ce point est précieux.

Chez Lacan, il n’y a pas de métalangage : on ne peut pas sortir du langage pour parler du langage depuis un dehors absolu. Mais l’écriture peut produire une distance, une formalisation, une coupure. Elle n’est pas un vrai métalangage, mais elle en donne une sorte d’analogon.

Cela veut dire :

**l’écriture ne garantit pas un surplomb absolu ; elle crée une prise formelle, une distance, une matérialité de lettre.**

C’est exactement le statut lacanien du mathème, du graphe, du nœud, de la formule : pas un métalangage souverain, mais une écriture qui fait tenir un réel de structure.

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#### 7.11. Cartel, passe et analogon du désir de l’analyste

Dans le texte *Le redépart de la passe*, un passage parle d’un « certain analogon du désir de l’analyste » comme socle de la position des membres du cartel/jury, dans la mesure où ils sont mus par un désir d’obtenir la différence absolue.

Ici, analogon veut dire : une fonction qui ne se confond pas avec le désir de l’analyste au sens strict, mais qui doit en tenir lieu dans une situation institutionnelle précise.

Le cartel de la passe n’est pas l’analyste du passant. Il n’est pas dans le transfert analytique direct. Mais il doit pourtant occuper une position apparentée : ne pas se laisser captiver par l’idéal, le récit, la reconnaissance, la compassion, la carrière, le prestige, l’héroïsation du témoignage.

Il doit chercher la différence absolue : le point singulier, irréductible, non interchangeable, qui s’est dégagé de la cure.

Donc :

**analogon du désir de l’analyste = position institutionnelle qui tente de soutenir une fonction analogue au désir analytique sans être la cure elle-même.**

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#### 7.12. Cartel comme analogon du petit groupe

Dans certains textes sur la fonction plus-une, le cartel est présenté comme pouvant être lu comme analogon du petit groupe, en lien avec les textes de Lacan sur la psychiatrie anglaise et la guerre, Bion, les groupes sans chef et la fonction du plus-un.

Là encore, analogon ne signifie pas simple ressemblance. Le cartel ne « ressemble » pas seulement à un petit groupe. Il reprend, formalise et transforme certains problèmes structuraux du petit groupe :

identification horizontale ;  
effet de chef ;  
effet de colle ;  
nécessité d’une limite ;  
fonction permutative ;  
responsabilité du travail ;  
traitement du savoir ;  
production sans maître propriétaire.

Le cartel devient analogon du petit groupe parce qu’il prend les impasses du groupe ordinaire et les reconfigure par une logique analytique : plus-un, durée limitée, production singulière, anti-chefferie.

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#### 7.13. Table des principaux usages

| Usage | Formule | Fonction de l’analogon |
|---|---|---|
| Phénoménologie / Sartre | image comme analogon de l’objet absent | support de visée imaginaire |
| Lacan topologique | le tore n’est pas un analogon | refus de l’analogie faible ; affirmation structurale |
| Miller / Fort-Da | jeu comme analogon du fantasme | dispositif substitutif où la jouissance est scénarisée |
| Miller / passe | fantasme comme analogon du réel | réel rendu traitable par la parole via l’axiome fantasmatique |
| Clinique de la phobie | phobie comme analogon de la métaphore paternelle | suppléance métaphorique au désir de l’Autre |
| Stade du miroir | image au miroir comme analogon de l’âme | unité imaginaire du corps |
| Écriture | écriture comme analogon du métalangage | distance formelle sans surplomb absolu |
| Cartel / passe | analogon du désir de l’analyste | fonction institutionnelle apparentée au désir analytique |
| Cartel | analogon du petit groupe | reconfiguration analytique du groupe |

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#### 7.14. Différence entre analogon, modèle, métaphore, semblant, mathème

**Analogon** : équivalent fonctionnel, substitut opératoire, support indirect.  
Exemple : le jeu comme analogon du fantasme.

**Modèle** : construction qui permet de représenter et d’explorer un domaine.  
Exemple : la machine de Turing pour penser la cure chez Miller.

**Métaphore** : substitution signifiante produisant un effet de sens.  
Exemple : métaphore paternelle.

**Semblant** : forme discursive ou imaginaire qui tient une place, sans être le réel qu’elle recouvre.  
Exemple : les identifications, les figures de maîtrise, les titres.

**Mathème** : écriture formalisée visant une transmission au-delà des variations imaginaires.  
Exemple : $ ◇ a, S(Ⱥ), les formules de la sexuation.

Le danger est de confondre analogon et mathème. Un analogon peut aider à penser, mais il peut rester imaginaire ou approximatif. Un mathème prétend écrire une structure. Lacan pousse souvent ses analogies vers le mathème ou la topologie pour éviter qu’elles ne restent de simples images.

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#### 7.15. Tension centrale : analogon nécessaire / analogon insuffisant

Le mot analogon est utile parce que l’analyse travaille avec des choses qui ne se donnent pas directement :

l’inconscient ;  
le fantasme ;  
la jouissance ;  
le réel ;  
le désir de l’Autre ;  
le manque ;  
la fin d’analyse ;  
le désir de l’analyste.

Il faut donc des analogons : jeux, rêves, symptômes, topologies, écritures, scènes, graphes, témoignages, cartels, dispositifs.

Mais l’analogon est dangereux s’il est pris pour la chose même.

C’est pourquoi Lacan oscille :

il utilise des supports analogiques ;  
puis il récuse leur statut d’analogie ;  
puis il tente de les faire passer à l’écriture, à la structure, au réel.

Formule :

**L’analogon est nécessaire comme passage, mais insuffisant comme garantie.**

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#### 7.16. Lecture à partir de la vidéo Miller du 11 juin 2022

Dans la vidéo sur *Comment finissent les analyses*, la machine de Turing fonctionne précisément comme un **analogon de la cure**.

Mais Miller ne dit pas que la cure est littéralement une machine de Turing. Il utilise la machine comme analogon formel :

ruban infini → série des séances ;  
case discrète → séance ;  
écriture d’un symbole → formation de l’inconscient ;  
algorithme d’arrêt → problème de la fin d’analyse ;  
vérification → passeurs et cartel.

La précision de **[38’](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2280)** est alors essentielle : **la machine de Turing est une procédure universelle, alors qu’il n’y a pas de procédure universelle dans la cure analytique**. L’analogon turingien est donc valide seulement comme opérateur de formalisation partielle : il éclaire la scansion, l’écriture et l’arrêt, mais il ne donne pas un protocole universel de la cure.

La cure ne relève pas d’un calcul applicable à tout sujet. Elle relève du cas singulier : énonciation, transfert, moment, coupure, contingence, reste, corps parlant, jouissance. Là où la logique formelle neutralise celui qui énonce, la psychanalyse doit au contraire entendre depuis quel lieu subjectif quelque chose se dit.

Donc la machine de Turing est un bon analogon tant qu’elle permet de penser **la scansion, l’écriture et l’arrêt**. Elle devient insuffisante dès qu’il faut penser **l’énonciation et le réel clinique**.

Cela correspond exactement à la logique lacano-millérienne de l’analogon :

**on s’en sert pour formaliser ; puis on le troue ; puis on cherche ce qui excède le modèle.**

Formule synthétique :

**La machine de Turing donne à Miller l’analogon de l’arrêt ; elle ne donne pas le modèle universel de la cure.**

Ou plus tranchant :

**L’analogon turingien éclaire la passe seulement à condition de ne pas turingiser l’analyse.**

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#### 7.17. Définition finale

Chez Lacan / Miller, **analogon** désigne une forme substitutive ou équivalente qui permet de rendre opératoire une structure difficilement saisissable directement. Il peut être imaginaire, clinique, logique, institutionnel ou topologique. Mais il n’a pas le statut d’un concept-maître : il sert de passage entre une expérience et une formalisation.

La formule la plus précise serait :

**Un analogon est un support local de lisibilité : il ne révèle pas la chose en elle-même, mais donne une prise sur sa structure, jusqu’au point où cette prise doit être dépassée, réduite ou récusée.**

Formule plus lacanienne :

**L’analogon est ce qui permet de traiter le réel par un détour, à condition de ne pas oublier que le réel n’est pas son analogon.**

Ou encore :

**L’analogon fait tenir un “comme si” opératoire ; Lacan cherche toujours le point où ce “comme si” cesse d’être image et devient écriture de structure.**

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<summary><strong>Approfondissement — Énoncé / énonciation chez Lacan / Miller</strong></summary>

#### 8.1. Point de départ : deux régimes de vérification

Miller différencie fortement **l’énoncé** et **l’énonciation**.

Dans la logique de la machine de Turing, l’essentiel est l’**énoncé** : inscription, formule, symbole, règle, calcul, arrêt ou non-arrêt. La machine manipule des chaînes formelles ; elle ne traite pas le lieu subjectif d’où quelque chose se dit.

Dans la cure analytique et dans la passe, au contraire, l’essentiel est l’**énonciation** : d’où ça se dit, comment ça se dit, avec quel transfert, quel reste, quelle responsabilité, quelle position subjective, quel rapport au savoir, au réel et à la jouissance.

Le nœud peut être formulé ainsi :

> **L’énoncé est calculable, transmissible, vérifiable ; l’énonciation est située, incarnée, transférentielle, et ne se laisse pas réduire à un protocole.**

C’est exactement pourquoi Miller peut utiliser la machine de Turing comme analogon, puis limiter cet analogon.

Formule centrale :

> **Turing calcule des énoncés ; l’analyse écoute l’énonciation.**

Ou encore :

> **L’énoncé appartient à la machine ; l’énonciation appartient au parlêtre.**

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#### 8.2. Base linguistique : Benveniste et l’acte d’énonciation

La distinction vient d’abord de la linguistique de l’énonciation. Chez Benveniste, l’énonciation n’est pas simplement le contenu produit ; elle est l’**acte de mise en fonctionnement de la langue** par un sujet parlant.

Donc, minimalement :

| Terme | Sens linguistique simple |
|---|---|
| **Énoncé** | Ce qui est dit ; le produit verbal ; la phrase, le contenu, le message. |
| **Énonciation** | L’acte de dire ; la mise en jeu d’un sujet parlant dans une situation d’adresse. |

Mais Lacan déplace cette distinction. Chez Benveniste, le sujet de l’énonciation reste encore lié au locuteur qui dit « je ». Chez Lacan, ce sujet n’est pas simplement l’ego conscient qui parle. Il est lié à l’inconscient, à la coupure, au signifiant, à ce qui échappe dans ce qui se dit.

---

#### 8.3. Chez Lacan : le sujet de l’énoncé n’est pas le sujet de l’énonciation

La distinction lacanienne n’est pas seulement :

> contenu / acte.

Elle devient :

> **sujet qui apparaît dans l’énoncé / sujet qui se déduit de l’énonciation.**

Le sujet de l’énoncé, c’est celui qui apparaît grammaticalement : « je », « moi », « mon histoire », « mon symptôme », « je pense », « je veux », « je sais ».

Le sujet de l’énonciation, lui, n’est pas forcément là où le « je » se désigne. Il peut surgir ailleurs : dans un lapsus, une hésitation, un ton, un trou, une contradiction, un rire, une dénégation, un « ne » explétif, une coupure, une phrase trop bien construite, une phrase qui échappe, une répétition.

Cela donne une formule centrale :

> **L’énoncé dit quelque chose ; l’énonciation montre d’où le sujet est pris dans ce qu’il dit.**

Exemple simple :

> « Je vais très bien. »

Au niveau de l’énoncé, c’est clair : la personne affirme aller bien.

Au niveau de l’énonciation, tout peut changer : ton cassé, insistance excessive, rire gêné, phrase automatique, défi lancé à l’analyste, refus d’en savoir quelque chose, ou au contraire véritable dégagement subjectif. L’énoncé est le même ; l’énonciation n’est pas la même.

---

#### 8.4. L’énoncé peut affirmer ce que l’énonciation dément

Dans *Subversion du sujet et dialectique du désir*, Lacan formule cette tension de manière très dense autour de l’énoncé, de l’énonciation et de la vacillation du sujet.

Le point clinique est simple : l’énoncé ne coïncide pas avec l’énonciation. Ce que le sujet croit dire peut être défait par la manière dont ça se dit.

L’énoncé peut affirmer :

> « Je ne suis pas en colère. »

Mais l’énonciation peut dire tout autre chose : crispation, ton agressif, choix du moment, adresse transférentielle, répétition, dénégation.

C’est exactement la logique freudienne de la dénégation : dire « ce n’est pas ma mère » peut faire entendre que la mère est précisément là, non pas dans le contenu affirmé, mais dans l’acte même de nier.

Formule :

> **L’énoncé peut être vrai au niveau du contenu et faux au niveau de la position subjective.**

---

#### 8.5. Du couple énoncé / énonciation au couple dit / dire

Dans le dernier Lacan, le couple énoncé / énonciation se déplace vers **dit / dire**.

La phrase inaugurale de *L’étourdit* — « Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend » — porte précisément sur cette différence entre ce qui est dit et le fait qu’il y ait un dire.

Ce déplacement est très important pour Miller.

L’**énoncé** peut être enregistré.  
Le **dit** peut être transcrit.  
Le **contenu** peut être noté.  
Mais le **dire** reste facilement oublié derrière ce qui est dit et entendu.

C’est exactement le problème de la passe : si on ne retient que les énoncés, on obtient un récit, une chronologie, une construction. Mais la question analytique décisive est :

> **Quel dire soutient ce récit ?**

---

#### 8.6. Machine de Turing : primat de l’énoncé

Dans la logique formelle, l’énoncé est central parce qu’il peut être transformé en formule, manipulé selon des règles, évalué comme vrai/faux, démontré ou non démontré.

C’est pourquoi la machine de Turing relève d’un régime de l’énoncé.

Elle manipule :

des symboles ;  
des cases ;  
des états ;  
des règles ;  
des transitions ;  
des inscriptions ;  
un arrêt ou non-arrêt.

Elle ne se demande pas :

qui parle ?  
à qui ?  
depuis quel transfert ?  
avec quelle honte ?  
avec quel reste ?  
avec quelle jouissance ?  
avec quelle position subjective ?  
avec quel désir ?

Dans une machine de Turing, même si une inscription contient le mot « je », ce « je » n’est qu’un symbole dans une chaîne. Il n’y a pas de sujet de l’énonciation. Il y a seulement un traitement formel d’énoncés ou d’inscriptions.

Donc la formule est juste :

> **Dans la logique machine de Turing, l’essentiel est l’énoncé.**

Ou plus précisément :

> **La machine de Turing traite des inscriptions ; elle ne traite pas l’acte de dire.**

---

#### 8.7. Miller 2022 : Turing éclaire l’arrêt, mais pas l’énonciation

Dans la vidéo du 11 juin 2022, Miller met côte à côte deux points décisifs :

1. si le grand problème de la machine de Turing est l’arrêt, alors on comprend son rapport avec la passe ;
2. pour la passe contemporaine, il faut donner plus de poids à l’énonciation qu’à l’énoncé.

Cela montre que Miller n’abandonne pas l’analogon turingien ; il le limite.

La machine de Turing permet de penser :

la série ;  
la séance comme case ;  
l’inscription d’un symbole ;  
la formation de l’inconscient ;  
le problème de l’arrêt ;  
la passe comme vérification.

Mais elle ne permet pas de penser suffisamment :

le ton ;  
la manière de parler ;  
la position du passant ;  
le transfert ;  
l’adresse au collectif ;  
la vérité menteuse ;  
la satisfaction ;  
le désir de l’analyste ;  
la bascule subjective.

D’où la formule :

> **Turing formalise le problème de l’arrêt ; l’énonciation décide du statut analytique de cet arrêt.**

---

#### 8.8. Le point de 38’ : aucune procédure universelle dans la cure

Vers **[38’](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2280)**, Miller distingue explicitement la machine de Turing comme procédure universelle et la cure analytique comme non-universalisable.

C’est la conséquence directe de la différence énoncé / énonciation.

Une procédure universelle suppose qu’on puisse travailler sur des formes stabilisées : entrées, règles, états, sorties. Elle neutralise celui qui parle. Elle ne dépend pas du transfert ni du moment singulier. Elle vaut pour n’importe quelle instance du problème.

La cure analytique, au contraire, ne fonctionne pas par application d’un protocole universel. Elle dépend de ce que Lacan appelle le sujet, de l’inconscient, du transfert, de la contingence, de l’équivoque, du dire. La même phrase n’a pas la même valeur selon le moment, le sujet, l’adresse, la répétition, le ton.

Donc :

> **Il n’y a pas de procédure universelle dans la cure parce que l’objet de la cure n’est pas l’énoncé, mais l’énonciation du sujet parlant.**

Ou encore :

> **L’universel traite des énoncés ; la psychanalyse traite ce qui, dans l’énonciation, fait exception à l’universel.**

---

#### 8.9. Miller : la passe ne se vérifie pas au niveau des énoncés

Dans **Est-ce passe ?**, Miller affirme que la passe ne se vérifie pas au niveau des énoncés, mais au niveau de l’énonciation ; il s’agit de saisir un « dire de passe » indiquant que le désir de l’analyste est advenu.

C’est fondamental.

La passe n’est pas validée parce que le passant raconte correctement :

son enfance ;  
ses symptômes ;  
son fantasme ;  
ses rêves ;  
ses interprétations ;  
son transfert ;  
sa fin d’analyse.

Tout cela est du côté des énoncés.

La passe se joue ailleurs : dans la manière dont le passant **interprète sa propre passe**, dans la façon dont il donne consistance à son témoignage, dans le dire qui se manifeste en parlant responsablement.

Formule :

> **Un bon récit de cure n’est pas encore une passe.**

---

#### 8.10. La passe comme bascule de l’énonciation

Une clinique spécifique de la passe serait précisément ce que l’analyste ne peut pas entendre dans la cure qu’il dirige. Pourquoi ? Parce que cette clinique apparaît quand l’analysant va parler non plus seulement à son analyste, mais à un autre dispositif : des passeurs, un cartel, une École.

C’est ce que Miller appelle une **bascule de l’énonciation**.

Dans la cure, le sujet parle à son analyste, sous transfert.  
Dans la passe, il parle à d’autres, à travers les passeurs, vers l’École.  
Cette nouvelle adresse modifie l’énonciation.

Ce n’est pas seulement un changement de destinataire. C’est un changement de position.

L’analysant ne parle plus seulement dans l’espace de son symptôme et de son transfert ; il tente de faire passer quelque chose de son analyse au champ commun de l’École. Ce passage peut révéler quelque chose que l’analyste lui-même n’a pas pu entendre : non pas un nouvel énoncé, mais une nouvelle position d’énonciation.

Donc :

> **La passe n’est pas seulement récit de ce qui s’est passé dans la cure ; elle est événement d’énonciation après la cure.**

---

#### 8.11. Les notes du passeur : problème de transcription de l’énonciation

Si la passe se vérifiait au niveau des énoncés, il suffirait de prendre des notes très exactes.

On noterait :

les dates ;  
les signifiants ;  
les rêves ;  
les symptômes ;  
les interprétations ;  
les scansions ;  
les constructions ;  
les formules finales.

Mais si la passe se vérifie au niveau de l’énonciation, alors les notes ne suffisent plus. Elles peuvent même manquer l’essentiel.

Comment noter :

un ton ?  
une hésitation ?  
une accélération ?  
un rire ?  
une pudeur ?  
une coupure ?  
un embarras ?  
une sécheresse ?  
une nouvelle légèreté ?  
un rapport différent au savoir ?  
une chute de la demande ?  
un dire qui ne se réduit pas au contenu ?

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais noter. Cela veut dire que la note peut devenir insuffisante si elle prétend remplacer l’écoute du dire.

Formule :

> **Les notes saisissent les énoncés ; elles risquent de manquer l’événement d’énonciation.**

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#### 8.12. Énoncé / énonciation dans la cure : exemples cliniques abstraits

Dans la cure analytique, l’énoncé est toujours nécessaire. On ne travaille pas sans paroles, sans signifiants, sans phrases, sans récits.

Mais le travail analytique ne se limite pas au contenu.

Exemple :

> « Je veux arrêter. »

Énoncé : il veut arrêter.  
Énonciation possible 1 : il fuit une interprétation.  
Énonciation possible 2 : il marque une séparation réelle.  
Énonciation possible 3 : il adresse une demande d’amour.  
Énonciation possible 4 : il répète un abandon.  
Énonciation possible 5 : il est vraiment arrivé à un point d’arrêt.

Même énoncé, plusieurs régimes cliniques possibles.

Autre exemple :

> « Je sais maintenant pourquoi je souffrais. »

Énoncé : il affirme avoir compris.  
Énonciation possible 1 : savoir défensif.  
Énonciation possible 2 : fermeture imaginaire.  
Énonciation possible 3 : savoir universitaire sur soi.  
Énonciation possible 4 : vraie réduction d’un point de jouissance.  
Énonciation possible 5 : préparation à la passe.

Le clinicien ne peut donc pas traiter seulement l’énoncé. Il doit entendre la position subjective qui soutient ce qui se dit.

---

#### 8.13. Vérité, savoir, fiction de passe

Miller articule aussi cette différence à une opposition entre **savoir de passe** et **vérité de passe**. Il indique qu’il y a eu un déplacement du fait de passe vers la fiction de passe, et il précise que fiction ne veut pas dire inexistence de la passe, mais appartenance à l’ordre de la vérité plutôt qu’à celui du savoir.

Cela éclaire la distinction :

| Régime | Ce qu’il vise |
|---|---|
| **Savoir de passe** | Énoncés, construction, formalisation, transmission doctrinale. |
| **Vérité de passe** | Dire, interprétation, position du sujet, satisfaction, fiction vraie. |

La passe ne peut pas devenir un savoir conforme. Si elle devenait un savoir conforme, elle deviendrait une procédure universelle, donc exactement ce que Miller refuse pour la cure analytique.

La passe doit transmettre quelque chose, mais sans devenir grille de conformité.

Formule :

> **La passe échoue si elle transforme l’énonciation singulière en énoncé standard.**

---

#### 8.14. Le jury : ne pas devenir l’Autre de l’Autre

Cette question rejoint directement **S(Ⱥ)**.

Si le jury de la passe prétendait posséder le savoir de ce qu’est une passe, il deviendrait un **Autre complet** : un tribunal du vrai, une machine de reconnaissance, une procédure de certification.

Or il n’y a pas d’Autre de l’Autre.

Il n’y a pas de signifiant ultime de la passe.  
Il n’y a pas de procédure universelle de la cure.  
Il n’y a pas de grille finale qui dirait : ceci est nécessairement une passe.

Donc le jury doit écouter l’énonciation sans croire posséder d’avance le code universel de la passe.

Formule :

> **Le jury doit entendre la passe depuis S(Ⱥ), non depuis un Autre complet.**

---

#### 8.15. Ce que l’énonciation ajoute à la machine de Turing

La machine de Turing peut aider à penser la cure comme série :

case → séance ;  
symbole → formation de l’inconscient ;  
règle → articulation signifiante ;  
arrêt → fin d’analyse ;  
vérification → passe.

Mais l’énonciation ajoute ce que la machine ne peut pas traiter :

| Machine de Turing | Cure / passe |
|---|---|
| Symbole | Signifiant incarné dans une parole |
| Énoncé | Dire situé |
| Règle | Coupure contingente |
| Procédure universelle | Cas par cas |
| Calcul | Transfert |
| Arrêt formel | Point de conclusion subjective |
| Vérification logique | Témoignage de passe |
| Sortie de machine | Bascule d’énonciation |

Donc l’analogon turingien est très puissant, mais seulement tant qu’on le limite.

> **Il donne une logique de l’arrêt ; il ne donne pas la clinique du dire.**

---

#### 8.16. Énoncé / énonciation et supplice chinois : chair, dépouillement, squelette

Le lien relevé dans le dossier est important : Miller associe la distinction **énoncé / énonciation** avec l’image du **supplice chinois**, de la **chair enlevée** et du **squelette**.

Il faut le comprendre comme un déplacement de niveau.

Les **énoncés** peuvent être comparés aux enveloppes : récit, contenu, biographie, justification, explication, construction, semblants, identifications, formes imagées du moi. Ils constituent une chair discursive : ce qui donne volume, pathos, continuité, narration, reconnaissance.

L’**énonciation**, elle, touche à ce qui reste quand les enveloppes tombent : le point de fixité, le mode de jouissance, le rapport au réel, l’os du symptôme, la position du sujet dans ce qu’il dit.

L’image du supplice chinois ne doit donc pas être lue comme fascination pour la violence. Elle sert à penser une **opération de réduction analytique**.

L’analyse enlève la chair des énoncés au sens où elle défait les couches de récit, les justifications, les semblants, les identifications et les constructions imaginaires. Mais elle ne détruit pas tout. Elle fait apparaître un reste : le squelette, l’os, le point fixe, le réel du symptôme ou de l’objet.

La distinction peut se formuler ainsi :

| Niveau | Fonction |
|---|---|
| **Chair** | Énoncés, récit, semblants, identifications, enveloppes imaginaires. |
| **Dépouillement** | Travail analytique de réduction, coupure, traversée, chute des habillages. |
| **Squelette / os** | Énonciation, point fixe, réel du symptôme, rapport singulier à la jouissance. |

Ainsi, la passe ne consiste pas à présenter une belle chair discursive, un récit complet ou une biographie bien ordonnée. Elle consiste à faire entendre ce qui reste quand cette chair a été enlevée : non pas une vérité totale, mais un point d’énonciation réduit, plus nu, plus proche de l’os.

Formule :

> **Les énoncés font chair ; l’énonciation laisse entendre l’os.**

Ou encore :

> **La passe ne vérifie pas la beauté de la chair narrative ; elle écoute ce qui, dans le dire, reste après le dépouillement.**

Cette articulation permet de relire le supplice chinois chez Miller comme une image limite de la cure : l’analyse ne détruit pas le sujet, mais retire les enveloppes qui faisaient consistance imaginaire, jusqu’à ce qu’apparaisse le point de fixité avec lequel le sujet peut désormais faire autrement.

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#### 8.17. Formule synthétique finale

On peut maintenant formuler le point de manière très serrée :

> **Dans la machine de Turing, l’énoncé est tout, parce que la procédure ne traite que des inscriptions formelles. Dans la cure analytique, l’énoncé ne suffit jamais, parce que la valeur d’une parole dépend de l’énonciation inconsciente qui la soutient. Dans la passe, cette différence devient décisive : il ne s’agit pas de vérifier un contenu de cure, mais d’entendre si un dire nouveau témoigne qu’une analyse s’est conclue autrement que par fatigue, récit ou conformité.**

Formule plus dense :

> **Turing calcule des énoncés ; l’analyse écoute l’énonciation.**

Formule liée au supplice chinois :

> **Les énoncés font chair ; l’énonciation laisse entendre l’os.**

Formule finale :

> **L’énoncé peut être conforme ; l’énonciation, elle, fait entendre si le sujet a changé de place.**

---

</details>

<details>
<summary><strong>Approfondissement — A.E., Analyste de l’École, et École comme sujet</strong></summary>

#### 9.1. Définition : A.E. = Analyste de l’École

Dans ce contexte, **A.E. = Analyste de l’École**.

Chez Lacan / ECF / AMP, c’est une nomination liée à la **passe**. L’A.E. n’est pas simplement « un analyste membre de l’École » : c’est quelqu’un dont le témoignage de passe a été reconnu comme apportant quelque chose sur la fin de son analyse et sur l’émergence du désir de l’analyste.

À distinguer de :

**A.M.E. = Analyste Membre de l’École**, titre de garantie institutionnelle de pratique analytique.

Donc :

> **A.E. = nomination issue de la passe, orientée vers le témoignage et l’enseignement.**  
> **A.M.E. = garantie institutionnelle qu’un analyste relève de la formation de l’École.**

L’A.E. n’est pas d’abord un grade institutionnel. Il est nommé parce qu’il a pu **faire passer quelque chose de la fin de son analyse**.

Formule :

> **L’A.E. n’est pas récompensé pour être un bon analyste ; il est nommé parce que sa passe enseigne quelque chose sur ce qu’est devenir analyste.**

---

#### 9.2. Rôle officiel de l’A.E.

Le titre d’A.E. est obtenu à l’issue de la procédure de la passe. Il atteste qu’un témoignage a été entendu comme transmettant quelque chose de la conclusion d’une analyse.

L’A.E. a donc une fonction de **témoignage** et d’**enseignement**.

Il doit faire entendre :

la manière dont son analyse a trouvé une conclusion ;  
ce qui est tombé des identifications ;  
ce qui est advenu du fantasme ;  
ce qui reste comme sinthome, symptôme ou mode de jouissance ;  
ce qui a changé dans le rapport au savoir ;  
ce qui a rendu possible le désir de l’analyste.

Il ne s’agit pas de produire un modèle universel de fin d’analyse. Il s’agit de transmettre un cas singulier qui enseigne quelque chose au-delà de lui-même.

Formule :

> **L’A.E. ne généralise pas son cas ; il extrait de son cas un enseignement pour l’École.**

---

#### 9.3. L’A.E. doit enseigner, pas seulement témoigner

La passe transforme une expérience intime en enseignement transmissible. L’expérience analytique n’est pas seulement une affaire privée entre deux personnes dans le cabinet. Elle engage des questions éthiques, épistémiques et institutionnelles.

Le rôle de l’A.E. est donc de produire un enseignement à partir de son cas, mais sans faire de son cas une norme.

Il ne s’agit pas de dire :

> voilà comment toute analyse doit finir.

Il s’agit plutôt de dire :

> voilà comment, dans ce cas singulier, une analyse a trouvé une conclusion logique, un reste, une solution, une mutation du rapport au symptôme et à la jouissance.

La passe est ainsi une extraction de savoir à partir d’un cas non généralisable.

Formule :

> **L’A.E. enseigne à partir de l’irréductible de son cas, non à partir d’une norme de fin.**

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#### 9.4. L’A.E. comme réponse vivante à la question : « Qu’est-ce qu’un analyste ? »

Pour Miller, au centre de l’École, il y a la question :

> **Qu’est-ce qu’un analyste ?**

L’A.E. sert précisément cette question.

Il ne donne pas une définition abstraite de l’analyste. Il montre, par son témoignage, comment un analysant a pu passer à une autre position : non plus seulement sujet de sa souffrance, mais sujet capable de soutenir un désir d’analyste.

Donc :

> **L’A.E. est une réponse provisoire, singulière et incarnée à la question centrale de l’École : qu’est-ce qu’un analyste ?**

Provisoire, parce que le titre est limité.  
Singulière, parce qu’il ne vaut pas comme modèle universel.  
Incarnée, parce qu’il passe par une énonciation, pas seulement par des énoncés.

Cette articulation rejoint directement la section précédente :

> **L’A.E. n’enseigne pas seulement par ses énoncés ; il enseigne par son énonciation de passe.**

---

#### 9.5. « Analyser l’École comme sujet » : oui, mais avec précaution

La formule est forte : **analyser l’École comme sujet**.

Elle est pertinente si on la rapporte à la **Théorie de Turin sur le sujet de l’École** de Miller. Miller y formule une thèse décisive : **l’École est sujet**. Elle est interprétable ; tout y est d’ordre analytique ; l’interprétation vise à démassifier, en renvoyant chacun à sa solitude. Il ajoute que l’École est une addition de jouissances désassorties, disparates.

Donc oui, on peut parler d’**analyser l’École comme sujet**, mais à condition de ne pas imaginer une École-personne, avec un inconscient individuel.

L’École comme sujet signifie plutôt :

elle a des idéaux ;  
elle a des symptômes institutionnels ;  
elle a des effets de groupe ;  
elle a des jouissances collectives ;  
elle a des points d’aveuglement ;  
elle a des signifiants-maîtres ;  
elle peut se massifier ;  
elle peut se défendre contre ce qui la dérange ;  
elle peut transformer la passe en rite, en prestige ou en conformité.

Dans ce cadre, l’A.E. peut avoir une fonction d’interprétation.

Mais il n’est pas « l’analyste de l’École » au sens direct. Il est plutôt un **point extime**, un produit de l’École qui revient vers l’École pour l’interroger.

Formule :

> **L’A.E. n’analyse pas l’École depuis l’extérieur ; il est un point produit par l’École qui revient trouer son savoir sur ce qu’est un analyste.**

---

#### 9.6. L’A.E. comme analyseur de l’École

Le mot juste serait peut-être :

> **L’A.E. fonctionne comme analyseur de l’École.**

Pourquoi ?

Parce que son témoignage met en crise les savoirs déjà établis.

Un A.E. peut révéler :

ce que l’École attend trop de la passe ;  
ce qu’elle ne veut pas entendre ;  
ce qu’elle transforme en standard ;  
ce qu’elle idéalise ;  
ce qu’elle reconnaît trop vite ;  
ce qu’elle refuse parce que ce n’est pas conforme ;  
ce qu’elle prend pour une belle démonstration alors que l’énonciation ne suit pas ;  
ce qu’elle manque parce qu’elle écoute trop les énoncés.

La passe est donc aussi une épreuve de l’École.

Pas seulement :

> le passant est-il passé ?

Mais aussi :

> l’École sait-elle encore entendre une passe ?

Formule :

> **L’A.E. est un analyseur de l’École parce que son témoignage met à l’épreuve l’écoute de l’École.**

---

#### 9.7. L’A.E. et l’École-sujet : boucle de retour

La structure est en boucle.

L’École invente la passe pour vérifier ce qu’est un analyste.  
La passe produit des A.E.  
Les A.E. témoignent.  
Leurs témoignages enseignent l’École.  
L’École est alors modifiée par ce qu’elle a produit.

Donc l’A.E. n’est pas seulement un résultat de l’École. Il est un retour sur l’École.

Formule :

> **L’A.E. est un produit de l’École qui revient interpréter l’École sur le point même où elle prétend savoir ce qu’est un analyste.**

Cela rejoint exactement le couple **énoncé / énonciation**.

Si l’École écoute seulement les énoncés, elle cherche des formes conformes de passe.  
Si elle écoute l’énonciation, elle accepte d’être surprise par une passe qui ne ressemble pas à ce qu’elle attendait.

La transmission de l’A.E. passe donc par l’énonciation, non par les seuls énoncés.

---

#### 9.8. Danger : l’A.E. comme idéal de l’École

Le danger est évident : l’A.E. peut devenir une figure idéale.

Il peut être pris comme :

modèle ;  
héros de la passe ;  
preuve vivante de la doctrine ;  
objet de prestige ;  
sommet hiérarchique ;  
réussite institutionnelle ;  
« médaille Lacan », selon l’ironie de Miller.

C’est précisément ce qu’il faut éviter.

L’A.E. devrait plutôt fonctionner comme anti-idéal : non pas celui qui incarne la réussite parfaite, mais celui qui montre comment une analyse a réduit les identifications, les fictions, la croyance en l’Autre, jusqu’à un reste transmissible.

La passe n’est pas une glorification du sujet. Elle devrait produire une désidentification.

Formule :

> **L’A.E. vaut pour l’École s’il troue l’idéal de l’École, non s’il vient le compléter.**

---

#### 9.9. Rôle politique, épistémique, éthique

La passe a une fonction cruciale sur les plans **politique, épistémique et éthique**.

On peut décliner le rôle de l’A.E. selon ces trois axes.

**Politique** : l’A.E. empêche l’École de se réduire à une association professionnelle, à une société savante ou à un appareil de reconnaissance.

**Épistémique** : l’A.E. produit du savoir nouveau sur la fin d’analyse, le symptôme, le fantasme, la jouissance, le désir de l’analyste.

**Éthique** : l’A.E. témoigne d’une responsabilité prise à l’égard de ce qui a déterminé son rapport au réel, à la jouissance et à l’Autre.

Formule :

> **L’A.E. a une fonction politique parce qu’il troue l’institution, épistémique parce qu’il enseigne la fin, éthique parce qu’il témoigne d’un rapport transformé au réel.**

---

#### 9.10. A.E., S(Ⱥ) et non-garantie

La question de l’A.E. rejoint directement **S(Ⱥ)**.

Si l’A.E. devenait garant de ce qu’est une analyse finie, il deviendrait une figure de l’Autre complet. Il fonctionnerait comme modèle, norme ou signifiant ultime de la passe. Ce serait une contradiction.

L’A.E. n’est pas le garant de la passe. Il est plutôt l’effet d’une procédure qui tente de faire entendre quelque chose d’une fin, sans jamais supprimer le manque dans l’Autre.

Donc :

> **L’A.E. n’est pas l’Autre de l’Autre de l’École.**

Il ne garantit pas la vérité de la psychanalyse. Il témoigne d’un point où la garantie a chuté.

Formule :

> **L’A.E. enseigne depuis S(Ⱥ), non depuis une garantie supérieure.**

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#### 9.11. A.E., énonciation et supplice chinois

Le lien avec l’énonciation est essentiel.

Si l’A.E. n’était évalué qu’à partir de ses énoncés, il suffirait d’avoir un récit cohérent : enfance, symptôme, fantasme, transfert, interprétations, fin, nomination.

Mais l’enjeu de la passe est autre : il s’agit d’entendre une énonciation qui témoigne que quelque chose a été dépouillé.

Le lien avec le **supplice chinois** et la **chair enlevée** devient ici décisif.

L’A.E. ne vient pas présenter une belle chair narrative. Il ne vient pas offrir à l’École une autobiographie brillante, une construction doctrinale séduisante ou un roman de cure bien fait. Il vient témoigner de ce qui reste quand la chair des énoncés a été enlevée : l’os de sa cure, le point réel, le reste sinthomatique, la position d’énonciation qui se dégage après la chute des semblants.

Formule :

> **L’A.E. témoigne moins de la chair de son récit que de l’os de son énonciation.**

Ou encore :

> **L’A.E. vaut par ce qu’il fait entendre après le dépouillement des énoncés.**

Cette articulation relie plusieurs axes du document :

machine de Turing → primat de l’énoncé ;  
cure → primat de l’énonciation ;  
supplice chinois → dépouillement de la chair narrative ;  
passe → témoignage de l’os ;  
A.E. → retour de cet os vers l’École.

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#### 9.12. Donc : analyser l’École comme sujet ?

Oui, mais en trois précisions.

**1. L’École est sujet, selon Miller.**  
Elle est interprétable, traversée par des idéaux, des jouissances, des effets de masse et des symptômes.

**2. L’A.E. n’est pas l’analyste souverain de ce sujet.**  
Il n’occupe pas une position de méta-garantie. Il ne devient pas l’Autre de l’Autre de l’École.

**3. L’A.E. est un opérateur d’interprétation interne.**  
Par son témoignage, son enseignement et son énonciation, il peut faire apparaître ce que l’École ne sait pas d’elle-même.

Formule finale :

> **L’A.E. n’analyse pas l’École depuis l’extérieur ; il est un point produit par l’École qui revient trouer son savoir sur ce qu’est un analyste.**

Ou, plus dense :

> **L’A.E. est l’extime de l’École : nommé par elle, mais chargé de lui faire entendre ce qui excède ses énoncés, ses idéaux et ses procédures.**

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<details>
<summary><strong>Approfondissement — Synthèse détaillée du dossier</strong></summary>

Le fil part d’une vidéo de Jacques-Alain Miller sur la fin d’analyse et la passe. L’intervention construit une analogie entre la cure et la machine de Turing : chaque séance est une case, l’inconscient écrit des formations, et la vraie question est celle de l’arrêt. Lacan aurait cherché une logique de fin là où Freud rencontrait plutôt fatigue, satisfaction ou impasse. Mais Miller corrige son propre modèle : l’analyse n’est pas une machine pure, car elle engage l’énonciation, le corps parlant, le ton, le reste et la jouissance.

La passe devient alors une procédure paradoxale : démontrer qu’une analyse s’est arrêtée selon sa logique interne, alors même que cette démonstration inclut un réel qui échappe à toute totalisation. Elle transforme une expérience intime en ressource commune pour l’École, mais risque toujours de devenir rituel, concours, médaille ou bureaucratie.

La notion de **psychanalyse comme bien commun** prolonge cette tension : la psychanalyse n’appartient pas à une corporation, mais elle ne doit pas non plus devenir un outil de normalisation au nom du Bien commun. Elle est commune par sa transmission, ses écoles, ses cartels, ses contrôles, ses CPCT, ses textes et ses dispositifs ; mais elle reste orientée par la singularité du symptôme.

Enfin, **S(Ⱥ)** donne la clé logique profonde : il n’y a pas d’Autre de l’Autre, pas de signifiant ultime garantissant le langage, la vérité ou le désir. L’analyse ne donne pas la réponse finale de l’Autre ; elle permet de faire avec le fait qu’il n’y en a pas.

La recherche sur **analogon** précise le statut exact de la machine de Turing dans la vidéo : elle ne vaut pas comme modèle universel de la cure, puisque Miller affirme vers **[38’](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2280)** qu’il n’y a pas de procédure universelle dans la cure analytique. Elle vaut comme analogon partiel : elle éclaire la série, la scansion, l’écriture et l’arrêt, mais elle doit être dépassée dès qu’apparaissent l’énonciation, le transfert, le cas singulier et le réel clinique.

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Document préparé en Markdown.

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<a id="annexe-video-compte-rendu"></a>

## Annexe vidéo : compte rendu chronologique cliquable

> Les timestamps sont cliquables et renvoient directement au passage correspondant de la vidéo.

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<summary><strong>Compte rendu chronologique détaillé de la vidéo</strong></summary>

Ce compte rendu chronologique détaillé sert de guide de navigation dans l’intervention de Jacques-Alain Miller du 11 juin 2022 pour la librairie de l’École de la Cause freudienne (ECF), à l’occasion de la parution de son recueil : *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe* (Éditions Navarin) [01:06](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=66).

#### I. Introduction et contexte de l'ouvrage [00:22](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=22)

Le recueil : Il compile des textes écrits entre 1977 et 2002 [01:14](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=74). Le titre affirme sans point d'interrogation que la fin d'une analyse peut se démontrer, tandis que le sous-titre (Paradoxes de la passe) vient tempérer les ardeurs en soulignant la précarité et les contradictions internes de cette procédure [03:13](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=193).

Le contexte institutionnel : Le livre est publié à un moment de controverse et de crise interne au sein de l'école concernant des dysfonctionnements du collège de la passe [04:09](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=249), [05:43](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=343). Jacques-Alain Miller a d'ailleurs provoqué une « commotion » salutaire dans l'école en convoquant d'urgence ce collège [09:32](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=572).

Les principes de la passe selon Lacan (1967) :

1. La psychanalyse est un bien commun, pas une affaire de « professionnels de la profession » [01:46](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=106).
2. L'exigence stricte de contrôle de la fonction de l'analyste [01:54](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=114).
3. Contrairement à Freud, Lacan soutient qu'une analyse se termine [02:04](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=124).

#### II. L'analogie majeure : La machine de Turing et la cure [10:42](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=642)

Jacques-Alain Miller développe une longue expérience mentale en comparant le déroulement d'une cure analytique au fonctionnement de la machine de Turing [14:33](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=873).

Le ruban infini et les cases : La machine utilise un ruban de papier infini divisé en cases égales [15:38](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=938), [17:16](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1036). En analyse, cela correspond au fait que la cure progresse une séance à la fois [31:51](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1911). La séance est une unité discrète (coupure pure) [32:40](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1960).

Les symboles et les états : La machine dispose d'un nombre fini de symboles et d'états internes [19:47](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1187), [21:03](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1263).

La machine qui écrit le symbole, c'est l'inconscient qui lâche une formation inconsciente [32:11](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1931).

Miller fait correspondre cela à une table finie de symboles (\mathbb{S}(\cancel{A}), s_1, s_2) et à des états cliniques [33:35](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2015). Le moment où l'objet petit a émerge en conjonction avec un état clinique définit la structure de la passe [33:56](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2036).

Le problème de l'arrêt (Algorithme) : Le grand problème de la machine de Turing est de savoir comment et quand la série s'arrête [10:42](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=642), [27:35](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1655).

Chez Freud : L'analyse s'arrête par fatigue/satisfaction (première version) [28:22](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1702) ou s'enraye face à l'impasse du roc de la castration (deuxième version) [28:48](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1728).

Chez Lacan : Il pensait avoir trouvé l'algorithme où la machine s'arrête conformément à sa procédure interne [29:10](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1750).

Le « trou » dans le calcul et la vérification : La thèse d'Alonzo Church (qui dit que tout calcul mathématique peut être résolu par la machine de Turing) ne peut pas être démontrée par la machine elle-même [25:22](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1522). Pour Miller, c'est l'équivalent logique du S(\cancel{A}) (le signifiant du manque dans l'Autre) [26:49](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=1609). Parce qu'une erreur de calcul est toujours possible (comme pour le théorème de Fermat) [34:32](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2072), on envoie deux « passeurs » (jeunes mathématiciens) prendre des notes auprès du passant pour rapporter la démonstration à un jury (le cartel) [35:10](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2110). Si elle est valide, on remet la « médaille Lacan » (l'analogue de la médaille Fields) [36:11](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2171).

#### III. Questions du Directoire et de l'Équipe de la Librairie

##### 1. Réel, démonstration et passe contemporaine (Adriana Campos) [36:34](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2194)

Question : Comment s'articulent le réel et la démonstration dans la passe ?

Réponse de J.-A. Miller : La cure n'est pas une procédure universelle et rigide comme la machine de Turing [37:58](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2278). Pour la passe contemporaine, Miller souhaite qu'on donne plus de poids à l'énonciation qu'à l'énoncé [39:03](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2343). En logique pure, l'énonciation vaut zéro, mais en psychanalyse (clinique de Joyces, etc.), elle est cruciale même si elle est difficile à noter formellement [39:19](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2359).

##### 2. Le paradoxe d'une fin qui ne conclut pas (Stéphanie Hoog) [40:13](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2413)

Question : La passe est-elle une fin qui ne conclut pas, ouvrant sur une autre voie ?

Réponse de J.-A. Miller : Contrairement à la machine de Turing qui s'arrête définitivement [41:33](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2493), la machine analytique a un « hoquet » puis elle repart [42:05](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2525). Miller propose alors le modèle « Terminator » [42:24](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2544) : on croit que c'est fini, mort pour toujours, et le sujet réapparaît pourtant sous une autre forme dans le dossierm suivant (reprise de l'analyse par certains Analystes de l'École - A.E.) [42:55](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2575).

##### 3. Les notes du passeur entravent-elles la parole ? (Isabelle Magne) [43:18](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2598)

Question : Quel est l'effet des écrits du passeur sur le rapport à l'inconscient ?

Réponse de J.-A. Miller : Si la passe ne joue qu'au niveau des énoncés (proche de la machine de Turing), il faut noter le plus exactement possible [44:08](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2648), [45:04](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2704). Si l'on vise l'énonciation (le ton, la rhétorique), la notation devient complexe, presque musicale ou phonologique [44:23](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2663), [45:22](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2722).

##### 4. Traversée du fantasme et fixité (Aurélie) [45:32](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2732)

Question : Dans quelle mesure le fantasme peut-il être traversé s'il est accroché à un point de fixité ?

Réponse de J.-A. Miller : Miller utilise la métaphore du supplice chinois (cher à Georges Bataille) où l'on détache la chair du supplicié [46:35](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2795). L'analyse « dépiaute » l'être : la chair (les semblants, les identifications) peut être retirée en grande partie, mais il reste le squelette (le point de fixité du symptôme ou de l'objet) [47:51](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2871). On ne détruit pas le squelette, on modifie le rapport du sujet à ce piqué fixe.

##### 5. L'évolution historique du « moment de la passe » (Intervenant non nommé) [49:01](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=2941)

Question : Comment la bascule de l'analysant à l'analyste a-t-elle évolué en 40 ans ?

Réponse de J.-A. Miller : Miller conteste l'expression « moment de passe » [51:11](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3071). Pour Lacan, la passe se tentait une seule fois, point final [51:23](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3083). Miller confesse avoir fait une « connerie » par excès de justice et humanitarisme dans les années 80 en ouvrant la porte à une deuxième tentative [52:08](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3128). C'est devenu un droit dérivé, allant jusqu'à 3 ou 4 tentatives, transformant la passe en rituel annuel (comme le Festival de Cannes) [53:03](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3183). Le collège actuel a voté le retour à la règle stricte de Lacan (une seule fois) [53:48](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3228).

##### 6. Les racines névrotiques du désir de l'analyste (Dernière intervenante) [54:45](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3285)

Question : La nomination d'A.E. a-t-elle un effet sur les racines névrotiques du désir (les positions d'exclus, de préféré, d'unique) ?

Réponse de J.-A. Miller : Miller maintient sa thèse de 1994 : un ancien névrosé garde ses traces [56:30](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3390). La psychanalyse ne « guérit » pas la névrose, elle transforme la souffrance en satisfaction [56:39](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3399). L'issue de l'analyse n'est pas la « béatitude » ou la félicité génitale absolue dont se moquait Lacan en critiquant l'IPA [59:01](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3541), [01:00:02](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3602). Être nommé A.E. rend fier et content, mais n'enlève pas la structure [01:01:09](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3669). L'analyse réussie permet simplement d'obtenir une homéostasie détachée de l'au-delà du principe du plaisir, c'est-à-dire de ne plus être l'esclave de la souffrance contenue dans la jouissance [01:02:04](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=3724).

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## Références complètes

Les références ci-dessous regroupent les sources primaires, institutionnelles et secondaires mobilisées pour la page. Elles sont conservées sous forme de liens directs afin de faciliter la vérification et l’approfondissement.

Cette bibliographie regroupe les références mobilisées ou utiles pour ce dossier. Les liens sont conservés en clair pour un usage direct dans le fichier Markdown.

#### R.1. Vidéo et contexte direct

- Jacques-Alain Miller, *Comment se passent les analyses*, 11 juin 2022 :  
  https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?is=q7bCHol2X6_f5IUb

- Page NLS de présentation de la vidéo :  
  https://www.amp-nls.org/fr/nls-messager/miller-tv-comment-se-passent-les-analyses-jacques-alain-miller/

- Échoppe ECF, Jacques-Alain Miller, *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe* :  
  https://ecf-echoppe.com/produit/comment-finissent-les-analyses-paradoxes-de-la-passe/

- Bibliographie J53, passages autour de Miller, Turing, passe et fin d’analyse :  
  https://psychanalyse-map.org/wp-content/uploads/2023/07/biblioj53.pdf

- Cause freudienne, *L’os d’une cure* :  
  https://www.causefreudienne.org/parutions-livre/los-dune-cure/

#### R.2. Lacan, passe, École, garantie, contrôle, cartel

- AMP, *La passe* :  
  https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/la-passe/

- AMP, *La cure* :  
  https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/la-cure/

- AMP, *Proposition du 9 octobre 1967* :  
  https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/proposition-du-9-octobre-1967/

- AMP, *La garantie* :  
  https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/la-garantie/

- AMP, *Le Champ freudien* :  
  https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/le-champ-freudien/

- ECF, *La passe* :  
  https://www.causefreudienne.org/la-passe/

- ECF, *Le cartel* :  
  https://www.causefreudienne.org/le-cartel/

- ECF, *Le contrôle* :  
  https://www.causefreudienne.org/le-controle/

- *Le redépart de la passe* :  
  https://www.causefreudienne.org/app/uploads/2024/04/Le-redepart-de-la-passe.pdf

- Hebdo-Blog, analystes, membres de l’École, passeurs :  
  https://www.hebdo-blog.fr/analystes-membres-de-lecole-passeurs/

#### R.3. Psychanalyse comme bien commun, accès, profession, évaluation

##### Psychanalyse comme bien commun, transfert de travail, garantie

- [Jacques-Alain Miller, *Comment se passent les analyses*, vidéo, 11 juin 2022, vers 01:46](https://youtu.be/LNqtdjAmpaU?t=106)  
  Source primaire de la formule « la psychanalyse est un bien commun ».

- [École de la Cause freudienne, « Transfert de travail »](https://www.causefreudienne.org/newsletters/transfert-de-travail/)  
  Source textuelle reprenant explicitement la formule « un bien commun, l’affaire de tous, et non pas seulement des praticiens ».

- [Jacques-Alain Miller, *Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe*, Éditions Navarin / ECF Échoppe](https://ecf-echoppe.com/produit/comment-finissent-les-analyses-paradoxes-de-la-passe/)  
  Référence éditoriale du recueil autour duquel se situe la vidéo.

- [Jacques Lacan, *Acte de fondation*, 21 juin 1964](https://ecole-lacanienne.net/wp-content/uploads/2016/04/1964-06-21.pdf)  
  Texte fondateur sur l’École et le transfert de travail.

- [École de la Cause freudienne, « Le transfert de travail : d’un sujet à l’autre »](https://www.causefreudienne.org/newsletters/le-transfert-de-travail-dun-sujet-a-lautre/)  
  Commentaire contemporain sur le transfert de travail et la transmission de la psychanalyse.

- [Jacques Lacan, *Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École*](https://www.causefreudienne.org/textes-fondamentaux/proposition-du-9-octobre-1967-sur-le-psychanalyste-de-lecole/)  
  Texte central sur la passe, l’A.E., l’autorisation de l’analyste et la fonction de l’École.

- [Association mondiale de psychanalyse, « La garantie »](https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/la-garantie/)  
  Page institutionnelle sur la garantie dans l’orientation lacanienne.

- [Hebdo-Blog, « Pourquoi la psychanalyse est concernée par le chaos qui nous entoure »](https://www.hebdo-blog.fr/psychanalyse-concernee-chaos-entoure/)  
  Texte sur le rapport de la psychanalyse au malaise social et au champ collectif.

- [Cairn, *La psychanalyse dans le soin, l’éducation et l’intervention sociale*](https://shs.cairn.info/le-silence-des-symptomes--9791034607990-page-67?lang=fr)  
  Source complémentaire sur la psychanalyse dans le soin, l’éducation et l’intervention sociale.

- Jacques Sédat, Freud et l’analyse profane :  
  https://shs.cairn.info/freud--9782200244682-page-89?lang=fr

- Freud, psychanalyse et université, source Persée :  
  https://www.persee.fr/doc/coqhe_0335-7899_1971_num_19_1_2153

- Elizabeth Ann Danto, *Freud’s Free Clinics*, Columbia University Press :  
  https://cup.columbia.edu/book/freuds-free-clinics/9780231131810/

- ECF, CPCT :  
  https://www.causefreudienne.org/cpct/

- CPCT Bordeaux / Aquitaine :  
  https://www.cpct-bordeaux.fr/

- Légifrance, encadrement du titre de psychothérapeute :  
  https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000022244482

- Article Cairn, évaluation scientifique de la psychanalyse et psychothérapies :  
  https://shs.cairn.info/revue-les-lettres-de-la-spf-2025-1-page-215?lang=fr

- Paul-Laurent Assoun, formation analytique et risque d’ésotérisme/cercle fermé :  
  https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2021-1-page-17?lang=fr

#### R.4. S(Ⱥ), Autre barré, manque dans l’Autre

- UFORCA / Lacan Université, « Il n’y a pas d’Autre de l’Autre » :  
  https://www.lacan-universite.fr/il-ny-a-pas-dautre-de-lautre/

- Association lacanienne internationale, « L’Autre comme lieu » :  
  https://www.freud-lacan.com/documents-ged/lautre-comme-lieu-2/

- Cairn, *La Cause du désir*, S(Ⱥ), jouissance et Autre :  
  https://shs.cairn.info/revue-la-cause-du-desir-2023-2-page-52?lang=fr

- UFORCA Paris-IDF, études de cas et S(Ⱥ) :  
  https://www.uforca-paris-idf.org/les-etudes-de-cas/

- Cause freudienne, « Critique lacanienne du désir de savoir » :  
  https://www.causefreudienne.org/newsletters/critique-lacanienne-du-desir-de-savoir/

- Hebdo-Blog, *L’Hamlet de Lacan, tragédie du désir* :  
  https://www.hebdo-blog.fr/lhamlet-de-lacan-tragedie-desir/

- Cause freudienne, « Le transfert de travail en cause » :  
  https://www.causefreudienne.org/newsletters/le-transfert-de-travail-en-cause/

- Journées de l’ECF J54, bibliographie, Nom-du-Père et S(Ⱥ) :  
  https://journees.causefreudienne.org/wp-content/uploads/2024/06/J54-Bibliographie-des-J54_Phrases-marquantes.pdf

- NLS Congress 2025, textes d’orientation autour de la sexuation, S(Ⱥ), pas-tout :  
  https://www.nlscongress2025.amp-nls.org/blogposts/metrevelifrancais

#### R.5. Analogon, topologie, fantasme, réel, phobie, écriture

- Lacan, conférence de Baltimore, 1966 :  
  https://ecole-lacanienne.net/wp-content/uploads/2016/04/1966-10-21.pdf

- Jacques-Alain Miller, *Du symptôme au fantasme, et retour* :  
  https://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/1982-1983-Du-sympt%C3%B4me-au-fantasme-et-retour-JA-Miller.pdf

- Jacques-Alain Miller, *L’Un tout seul* :  
  https://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/2010-2011-LUn-tout-seul-JA-Miller.pdf

- Jacques-Alain Miller, *Nullibiété / Tout le monde est fou* :  
  https://jonathanleroy.be/wp-content/uploads/2016/01/2007-2008-Nullibi%C3%A9t%C3%A9-%E2%80%93-Tout-le-monde-est-fou-JA-Miller.pdf

- Association lacanienne internationale, « Y a-t-il du savoir dans le réel ? » :  
  https://www.freud-lacan.com/documents-ged/y-a-t-il-du-savoir-dans-le-reel-2/

- Le Champ lacanien, texte sur la phobie et la métaphore paternelle :  
  https://www.champlacanienfrance.net/wp-content/uploads/2024/04/Puig_M177.pdf

- Tu peux savoir, « La fonction plus-une » :  
  https://www.tupeuxsavoir.fr/publication/la-fonction-plus-une/

- Article sur Sartre et l’analogon :  
  https://popups.uliege.be/1782-2041/index.php?id=948


#### R.6. A.E., École comme sujet, théorie de Turin

- ECF, « Rencontrer un analyste » — distinctions A.E. / A.M.E. :  
  https://www.causefreudienne.org/rencontrer-un-analyste/

- ECF, *La passe* :  
  https://www.causefreudienne.org/la-passe/

- ECF, *Comment finissent les analyses* :  
  https://www.causefreudienne.org/parutions-livre/comment-finissent-les-analyses/

- AMP, *L’École Une* :  
  https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/lecole-une/

- Jacques-Alain Miller, *Théorie de Turin sur le sujet de l’École* :  
  https://www.causefreudienne.org/textes-fondamentaux/theorie-de-turin-sur-le-sujet-de-lecole-2000/

- *Le redépart de la passe* :  
  https://www.causefreudienne.org/app/uploads/2024/04/Le-redepart-de-la-passe.pdf

- Christiane Alberti, texte AMP sur la passe, fonction politique, épistémique et éthique :  
  https://www.association-mondiale-psychanalyse.org/app/uploads/2024/09/2022-C-ALBERTI.pdf


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