Documents publics / Auditions parlementaires · 2026-05-21

Commission d’enquête sur le traitement judiciaire de l’inceste — Audition de « mères protectrices »

Transcription horodatée d’une audition publique sur le traitement judiciaire de l’inceste.

Transcription horodatée d’une audition publique sur le traitement judiciaire de l’inceste.

Miniature de la vidéo de l’audition de mères protectrices
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Vidéos

Vidéo YouTube

https://youtu.be/C7hjPHAd3AE?is=y7eu3QPzlapBZeWi

Vidéo officielle — Assemblée nationale

https://videos.assemblee-nationale.fr/video.18966417_6a0eb8c4a50ac.traitement-judiciaire-de-l-inceste--audition-de--meres-protectrices--21-mai-2026

Note

Cette page reprend la transcription horodatée d’une vidéo publique relative à l’audition de « mères protectrices » du 21 mai 2026, avec lien vers la vidéo officielle de l’Assemblée nationale.

La transcription ci-dessous est reproduite telle quelle depuis le PDF source.

Transcription

Voici la transcription complète des témoignages et interventions de cette vidéo : 
​[00:00] Bien, il est… il est très difficile, même en tant que présidente de cette commission, 
engagée depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, de reprendre la parole après vos beaux 
témoignages. Nous en avons déjà entendu hier soir à huis clos. Il fallait absolument qu'on 
puisse vous entendre. Il faut que votre parole porte au-delà des murs de cette institution 
pour que les consciences s'ouvrent à ce que vivent ces enfants victimes d'inceste et à ce 
que vivent les parents qui tentent de les protéger. Aujourd'hui, j'ai la parfaite conscience que 
la France n'aime pas ses enfants, et c'est terrible pour moi de le dire. J'ai honte. [01:12] 
​[01:19] Le 13 février 2023 est une date gravée en moi au fer rouge : le jour où j'ai assisté à 
l'arrachage de mes enfants. Je tiens à préciser quelque chose d'essentiel : ce jour-là, j'étais 
venue pour demander protection pour mes enfants, mais ce qui s'est produit a été d'une 
violence indescriptible. Sans préparation, sans accompagnement psychologique, sans que 
mes enfants aient le temps de comprendre ce qui leur arrivait, sans même qu'ils puissent 
préparer leurs affaires ou dire au revoir à leur maison, à leurs repères, à leur mère tout 
simplement. En quelques minutes, leur monde s'est effondré. 
​Ce jour-là, mes enfants ont reçu une double condamnation. La première c'est : "On ne vous 
croit pas, on pense que votre mère est derrière tout ça." Et la seconde, plus destructrice : 
leur imposer au cœur même d'un palais de justice une scène d'arrachement d'une brutalité 
extrême alors qu'ils étaient déjà en état de détresse. Je revois encore mes enfants se 
cacher sous mon manteau, trembler, hurler, supplier qu'on les laisse avec leur maman, 
supplier qu'on les protège et qu'on les croie. [02:31] Mais aucun adulte n'a arrêté cette 
scène, aucun adulte n'a entendu leur supplice. Mes enfants m'ont été arrachés de mes bras 
— ce ne sont pas des mots excessifs, c'est exactement ce qui s'est passé ce jour-là. 
​Dans la sidération, j'ai sorti mon téléphone de ma poche. J'ai commencé à filmer 
instinctivement parce qu'une partie de moi comprenait déjà que personne ne croirait ce que 
nous étions en train de vivre. On a tenté à plusieurs reprises de m'arracher mon téléphone 
des mains pour empêcher ces images d'exister. J'ai résisté comme j'ai pu, tout en essayant 
de maintenir mes enfants contre moi, puis j'ai été encerclée par des agents de sécurité, 
violentée, enfermée dans une pièce. Pendant ce temps, j'entendais au loin les pleurs de 
mes enfants. Je crois qu'aucune mère n'oublie un tel son. [03:20] 
​Tout cela, mesdames et messieurs de la commission, parce qu'une expertise a été faite 
sans moi, par une experte psychologue qui a osé dire que j'étais une mère instable et 
fragile, mais sans m'avoir jamais entendue ni expertisée. Autrement dit, un faux en écriture. 
Lorsque je suis sortie du tribunal en état de choc, je me suis assise sur les marches du 
palais de justice et c'est là que j'ai décidé de faire quelque chose de ces images. J'ai créé un 
compte sur un réseau social. Je ne savais même pas réellement ce que j'étais en train de 
faire, je ne pensais ni à la médiatisation ni à l'exposition publique. J'appelais simplement au 
secours. Je voulais comprendre si d'autres parents vivaient des scènes similaires, je voulais 
savoir si j'étais seule, si ce que nous venions de vivre était réellement possible dans un pays 
censé protéger les enfants. [04:13] 
​Et ce qui s'est passé ensuite m'a bouleversée. Des centaines de messages, puis des 
milliers, ont afflué. Des récits tous plus insoutenables les uns que les autres : des enfants 
arrachés à une sortie d'école, d'autres extraits de leur salle de classe, des mères qui
décrivent la même sidération, les mêmes cris et les mêmes scènes de terreur. Alors j'ai 
compris que ce que nous avions vécu avec mes enfants ne relevait pas d'un accident isolé. 
J'étais simplement en train de rendre visible quelque chose qui, jusqu'alors, était resté caché 
dans le silence et la honte. 
​Il y a encore quelques années, très peu de mères osaient parler publiquement de ce que 
leurs enfants vivaient dans certains parcours judiciaires. Beaucoup ont commencé à parler 
parce qu'elles ont vu qu'elles n'étaient plus seules. Et aujourd'hui, on paye le prix de cette 
parole. On me le dit désormais ouvertement : si je n'ai plus mes enfants aujourd'hui, c'est 
parce que ma parole publique ferait de moi une mère plus dangereuse que le parent auteur 
de violences. C'est ce que je vis aujourd'hui. Non pas pour avoir violenté mes enfants, non 
pas pour leur avoir fait du mal, mais pour avoir témoigné, pour avoir utilisé ma liberté 
d'expression afin de raconter ce que nous avions vécu. [05:23] 
​[05:31] Moi, je pense que je suis là parce que, effectivement, j'ai été mariée pendant 7 ans 
avec un homme violent. Il était violent avec nos trois enfants (on a eu trois enfants en 3 
ans). On a déménagé tous les 2 ans. Il était trader en France, et puis après il a voulu aller 
en Suisse. En fait, il m'a éloignée de mes amis qui étaient à Paris pour retourner dans ma 
famille, donc on est retournés en Haute-Savoie et en Suisse (j'ai les deux nationalités). Plus 
ça allait, plus il était violent, diffamant, insultant. Il l'a même reconnu lors d'une expertise 
psychiatrique. [06:09] 
​Au bout de 7 ans, je suis partie après qu'il a essayé de me tuer devant les enfants en me 
jetant par la fenêtre. Le problème, c'est que c'était tellement violent que, déjà quand il a 
commencé à me frapper, mon fils était juste à côté de moi. J'étais terrorisée, j'étais bloquée, 
je ne réagissais pas. C'est mon fils Édouard qui a hurlé pour que je réagisse, et ce sont mes 
enfants qui m'ont tirée, qui ont fait contrepoids pour ne pas que mon mari me défenestre. 
Suite à ça, j'ai pris les enfants sous le bras et je suis partie. Deux ou trois jours après, j'ai 
porté plainte. Sauf que j'ai porté plainte pour les coups, parce que ça, c'était facile de s'en 
souvenir car j'avais des ecchymoses. J'ai fait une amnésie traumatique, et donc je n'ai pas 
porté plainte pour la défenestration. Mais il a reconnu les coups. [07:11] 
​Ce qui se passe, c'est que, effectivement, 5 ans après tout ça, un de mes enfants s'est 
suicidé. Voilà. Donc je pense que c'est pour ça que je suis là. Il s'est suicidé parce que la 
justice m'obligeait à le présenter à son père. Il ne voulait pas aller en vacances une semaine 
sur deux chez son père une fois qu'on a été séparés. Mon avocat a insisté en disant : "Moi, 
si vous ne le présentez pas, c'est du pénal, c'est de la non-représentation d'enfant. Vous 
allez aller en prison, et moi je ne veux pas vous défendre pour ça." [07:52] 
​J'obligeais donc mon fils Édouard à aller la moitié des vacances scolaires chez son père, 
alors qu'il avait dénoncé des violences de tout genre. À moi, il m'avait dénoncé des 
violences sexuelles que son père l'obligeait à subir à chaque vacance scolaire quand ils 
étaient chez leurs grands-parents à Carantec pendant la sieste. Il lui montrait des vidéos 
porno sur son téléphone portable et sur son ordinateur, et il demandait des choses sexuelles 
à mes enfants que moi, je ne pensais même pas possibles. Sauf que les enfants étaient 
culpabilisés, ils ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. Ils avaient 8, 9 ans, et 6 ans (ils ont 
3 ans d'écart). C'était juste atroce. [08:55]
​Sauf que moi, je n'ai pas pu dénoncer ça parce que j'avais un juge des enfants qui me disait 
: "Madame, s'il y a un problème, on place vos enfants direct à la ASE (Aide sociale à 
l'enfance)." Et moi, je ne voulais pas qu'ils aillent à la ASE parce que j'ai un fils aîné qui est 
déclaré autiste. En fait, on s'est rendu compte par la suite qu'il avait un syndrome de stress 
post-traumatique complexe, mais quand les enfants sont petits, les symptômes sont les 
mêmes. Je me disais que de toute façon, le juge des enfants n'avait même pas pris 
conscience que mon enfant était TSA (trouble du spectre de l'autisme). Pourtant, il y avait eu 
un rapport du pédopsychiatre qui le suivait indiquant qu'il avait besoin de soins particuliers, 
mais le juge des enfants a vu ça et n'en a même pas pris soin. [09:53] 
​En fait, pour lui, de toute façon, c'était de ma faute. C'était moi la fautive parce que j'avais la 
garde exclusive, et donc c'était de ma faute si mes enfants n'allaient pas bien. Quand je 
disais au juge des enfants que mon fils, à la fin de son CP, ne savait ni lire ni écrire, le juge 
m'a dit : "Mais madame, moi je l'ai entendu, et puis les grands-parents disent qu'il lit très 
bien." Alors qu'il y avait eu un signalement du pédopsychiatre de mon fils qui explicitait que 
mes enfants étaient en danger avec leur père, malgré ça, mes enfants n'ont pas été 
protégés. Un deuxième pédopsychiatre, diligenté par le juge des affaires familiales, a dit la 
même chose : que les enfants n'étaient pas en sécurité avec leur père et qu'il ne fallait pas 
qu'ils aient de droit de visite et d'hébergement. Mais malgré ça, les enfants étaient obligés 
de voir leur père. [10:47] 
​Ça, c'était en 2016. Mon fils s'est suicidé, il avait 10 ans. Il s'est pendu dans sa chambre 
après l'école, au retour des vacances chez son père. Et là, moi j'ai appris à l'enterrement, 
quelques jours plus tard, par ses amis venus me voir : "Charlotte, tu sais, on avait un secret. 
Édouard nous avait dit un secret, mais on ne devait pas te le dire parce qu'il avait peur que 
son père le frappe encore plus, et puis il savait que la justice ne t'écouterait pas. Mais en 
fait, depuis plusieurs années, il veut se suicider parce que c'est le seul moyen qu'il trouve 
d'échapper aux violences de son père." [11:39] 
​[11:44] En 2011, ma fille Camille, alors âgée de 5 ans, me fait des révélations d'agressions 
sexuelles. Puis, quelques jours plus tard, elle décrit des actes criminels répétés et réguliers 
avec ses mots d'enfant. Elle parle de viol par sodomie, elle raconte que cela se produit 
plusieurs fois par semaine et déjà depuis plusieurs années. Encore sous le choc, je me 
rends à la police pour porter plainte. Ma fille est entendue à plusieurs reprises par un 
policier, puis par une psychologue. Elle explique et réexplique à plusieurs personnes, 
plusieurs fois, les mêmes faits. Elle fait même des dessins très explicites. [12:24] 
​Sa parole est quasiment systématiquement remise en cause par le policier. Il lui suggérera 
même à de nombreuses reprises que c'est moi qui la manipule. Mais du haut de ses 5 ans, 
Camille persiste. Il lui posera des questions pièges, des questions même accusatrices. 
Lorsqu'elle dit être fatiguée, il lui posera encore 22 questions à ce moment-là. Elle ne 
raconte plus, elle se défend. Le policier se mettra à rire devant Camille quand elle lui décrit 
ce qu'elle subit. [13:00] 
​(Interruption de la commission) : 
— Madame, excusez-moi juste, je vous interromps. Vous pouvez nous donner une date ? 
Est-ce que c'est récent ? — Oui, 2011. — 2011, merci.
​Que dire lorsqu'il se permet d'inscrire sur le réquisitoire pour la psychologue : "L'enfant ne 
parle pas d'attouchement ni d'agression sexuelle", alors que ma fille parle clairement de 
viols répétés et réguliers ? Que dire de sa requalification en corruption de mineur ? 
L'enquête se résumera pour ma fille à voir une psychologue et un gynécologue. Aucune 
enquête sur le mis en cause, ni saisie de ses supports numériques, et cela se termine par 
une petite audition durant laquelle il n'y aura aucune question sur les viols. L'enquête est 
classée en 3 jours par un simple coup de fil, avec cette obligation de rendre l'enfant dans 
l'heure. [13:56] 
​Au début, j'ai cru à un malentendu, à un dysfonctionnement local, et je préviens que compte 
tenu de ce qu'elle vient de me dire, je ne la rendrai pas. Alors je monte aussitôt à Paris, je 
me rapproche de l'unité spécialisée de l'hôpital et ils entendent ma fille lors de plusieurs 
rendez-vous. Ma fille parle encore, et ils font un signalement. Mais comme le système est 
bien verrouillé, je n'obtiens bien évidemment aucun document. À mon retour, je suis 
interpellée à mon domicile, emmenée et placée en garde à vue pour non-représentation 
d'enfant. Il s'agit de deux fois une semaine de non-représentation d'enfant alors que ma fille 
dénonce des crimes répétés. C'est moi qui me retrouve derrière les barreaux dans une 
cellule de garde à vue, c'est un véritable électrochoc. [14:44] 
​Pendant ma garde à vue, les forces de l'ordre se rendent à plusieurs reprises à mon 
domicile pour récupérer Camille, mais grâce à Dieu, elle n'y était plus. Au sortir de la garde à 
vue, je suis placée sous contrôle judiciaire avec obligation de rendre Camille le soir même à 
l'agresseur qu'elle désigne, avec pour moi obligation de soins psychiatriques, voire 
hospitalisation si nécessaire, et une convocation à comparaître un mois plus tard pour un 
jugement pour non-représentation d'enfant. Les règles sont posées et je comprends. Je 
comprends que le dysfonctionnement est encore plus sérieux que je ne le pensais. Je 
comprends que le seul moyen pour continuer de protéger ma fille est de partir. [15:31] 
​Je me pose alors deux questions simples : 
1.​ ​Est-ce que je vais pouvoir continuer à vivre normalement, aller au travail tout en 
sachant ce qui se passe pour Camille ? 
2.​ ​Est-ce que je vais pouvoir faire ce simple geste de la donner à l'agresseur qu'elle 
désigne ? 
​La réponse est non. Claire, limpide, évidente. Je prends donc la décision de partir, 
persuadée qu'en 6 mois la situation serait réglée et que le danger serait reconnu. Ce sera 
pour 11 ans. [16:03] 
​Un mois après mon départ, à cette audience, je serai effectivement condamnée à un an de 
prison ferme pour non-représentation d'enfant, ce qui est la peine maximale pour deux fois 
une semaine de non-représentation d'enfant. En quelques heures, j'ai tout quitté : ma 
carrière d'ingénieur en aéronautique, officier militaire, ma famille, mes amis, ma maison avec 
jardin vue sur la Méditerranée dans un beau quartier, cette location que je venais 
d'aménager dans laquelle je venais de faire 3 mois de travaux. J'avais une vie réglée, 
stable, une position sociale, une carrière professionnelle toute tracée, un confort de vie, un 
bel environnement, un salaire confortable, et j'ai été contrainte de tout abandonner en 
quelques heures, de fuir mon propre pays. [16:59]
​J'ai dû fuir un pays qui non seulement ne croit pas les enfants, ne les protège pas, mais leur 
impose par décision judiciaire de vivre avec l'agresseur qu'ils désignent et de continuer à 
vivre un véritable enfer. J'ai dû fuir la France car elle ne donne pas la possibilité aux mères 
de protéger leurs enfants autrement. La France ne donne pas de place aux mères qui 
refusent que ces viols continuent. Elle nous pousse dans nos retranchements les plus 
extrêmes : nous sommes criminalisées, condamnées, traquées. J'ai dû tout quitter, vivre 
cachée simplement pour que les viols sur ma fille s'arrêtent. Car c'est simplement cela que 
demandent les enfants : que ça s'arrête. [17:40] 
​Pendant 11 longues années, j'ai vécu avec la peur au ventre, la peur que les horreurs 
recommencent pour ma fille. Une vie de stress, une vie de survie à chercher des solutions 
encore et encore. Comme vous pouvez l'imaginer, à l'ère du numérique, fuir est très 
compliqué. N'importe qui peut vous reconnaître, vous dénoncer. Vous ne fuyez plus un seul 
agresseur, vous fuyez les forces de l'ordre de tout un pays, et même de plusieurs pays. Les 
migrants et les réfugiés politiques ont plus de droits que nous. Pour nous, il n'y a aucun 
refuge, aucun lieu sûr. La Convention de La Haye nous verrouille tout : tout déplacement, 
tout pays, toute solution. Chaque jour, nous risquons que notre enfant retourne chez son 
agresseur. Alors on avance jour après jour et on se dit : "C'est un jour de moins, un jour où il 
n'y aura pas de viol." Même un criminel risque moins que nous, alors qu'il risque simplement 
pour sa propre liberté. Nous, nous risquons des viols perpétués sur nos enfants. [18:46] 
​Alors, est-il normal qu'une mère soit contrainte de fuir la France pour protéger son enfant ? 
Est-il normal qu'une mère qui veut simplement mettre fin à ces crimes se retrouve avec des 
mandats d'arrêt affichés dans tous les commissariats comme une grande délinquante, 
condamnée, emprisonnée ? Est-il normal qu'une mère doive se cacher de toutes les forces 
de police nationales et internationales pour que les viols sur son enfant s'arrêtent ? En 
France, forcer son enfant à subir des violences sexuelles est devenu une obligation ; le 
protéger est devenu une infraction. [19:30] 
​Aussi, je souhaiterais maintenant revenir sur le déploiement judiciaire exceptionnel contre 
moi pendant que j'étais en train de surmonter l'impossible. Me traquer ne leur suffisait pas, 
ils se sont acharnés sur ma famille avec une instruction qui a duré près de 5 ans (15 ans de 
procédure au total). Elle a donné lieu à deux mandats d'arrêt 5 jours après mon départ, en 
l'espace de 15 jours ; une vingtaine d'interrogatoires, y compris de personnes que je n'ai 
jamais vues de ma vie ; de multiples gardes à vue de tous les membres de ma famille ; de 
nombreuses perquisitions dont une perquisition simultanée dans cinq départements 
différents en même temps ; des contrôles judiciaires pendant plusieurs années pour deux 
membres de ma famille avec des obligations de pointage hebdomadaire ; des retraits de 
passeport pendant des années ; des recherches internationales dans plusieurs pays ; 12 
années d'écoutes téléphoniques ; l'ouverture de tous les courriers pendant 10 ans ; la saisie 
d'une vingtaine d'ordinateurs et de téléphones ; la diffusion de la photo de ma fille dans tous 
les commissariats ; l'affichage de sa photo sur des panneaux publicitaires de 4 mètres par 3 
mètres ; 5 000 pages de dossier soigneusement montées contre moi et ma famille par des 
policiers et des magistrats sans scrupules ; 11 jugements en pénal avec à chaque fois des 
peines maximales. [21:01] 
​Ma mère, âgée de 90 ans, et une autre personne de ma famille ont été condamnées 
pendant des années à la prison ferme pour complicité. Le jugement a été cassé trois fois en
Cour de cassation. Au final, en 2023, ma mère a été condamnée à 60 000 € d'amende. Moi, 
j'ai été condamnée à 5 ans ferme pendant des années, et en appel en 2023, à 2 ans et 9 
mois ferme, contrainte de verser 78 000 € pour dommages et intérêts. 
​Là, les moyens ont été considérables, que nous pouvons comparer aux 3 jours d'enquête 
pour ma plainte pour viols répétés et réguliers sur une enfant de 5 ans, où il n'y a eu sur le 
mis en cause ni garde à vue, ni perquisition, ni enquête sérieuse, ni saisie de téléphone ou 
d'ordinateur, ni contrôle judiciaire, ni examen psychologique ou psychiatrique, ni recherche 
sur le mis en cause, ni audition de l'entourage. [22:03] 
​Alors, est-ce une absence de preuves ou une absence de recherche de preuves ? Comment 
une enquête pour viol sur une enfant de 5 ans peut-elle durer 3 jours ? On observe sans 
difficulté un traitement inégal : il y a bien ici deux poids, deux mesures. J'ai donc fait 2 ans 
de prison ferme. 2 ans de prison ferme parce que la France refuse de protéger nos enfants, 
nous oblige à les livrer à leurs bourreaux, et condamne ceux qui les protègent. [22:44] 
​[22:49] C'est donc, le Garde des Sceaux vous l'a dit, une honte. Une honte. Notre système 
est défaillant. Alors on vous dira : "La mère, la femme, n'a l'autorité parentale que depuis 
1970." Mais lorsque vous entendez, vous, membres de cette commission — vous avez eu 
accès à des témoignages, vous avez entendu des professionnels ici même —, dans de 
nombreuses décisions, les mères, les femmes se retrouvent, parce qu'elles ont accompagné 
leur enfant dans la parole, déchues de leurs droits, déchues de leur identité même de mère. 
Elles se retrouvent ainsi avec leur enfant placé à l'Aide sociale à l'enfance, ou alors placé 
chez la personne que l'enfant a désignée. [23:44] 
​Diati Diallo a écrit : "Celui qui parle trahit, celle ou celui qui parle d'avoir parlé a déjà tort." Le 
principe même, en fait, de la procédure judiciaire dans notre pays est celui-ci : vous allez 
entreprendre une démarche judiciaire, mais la suspicion est déjà sur vous dès l'instant où 
vous ouvrez la porte. On ne va pas regarder les réquisitions UMJ, on ne va pas regarder les 
vidéos d'audition de l'enfant, on ne va pas lire les PV, on ne va pas regarder les expertises. 
Non. On va jeter la suspicion et l'opprobre sur vous en vous disant que vous êtes en train de 
générer un conflit parental, que vous êtes dans une démarche de vengeance, que vous êtes 
une folle, que vous êtes un danger. Voilà ce que fait le système. [24:49]