Auteurs · 2026-06-02

Autrice, oubli d’un mot et d’une profession

Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées — histoire des femmes, histoire de la langue, masculinisation du français, accord de proximité, écriture inclusive

Étude longue autour de Titiou Lecoq, du mot autrice, de l’effacement des femmes dans l’histoire, de la langue comme archive de pouvoir, et des prolongements vidéo sur l’histoire scolaire et l’économie conjugale.

Couverture de Les Grandes oubliées de Titiou Lecoq
Sommaire155 repères

Autrice, oubli d’un mot et d’une profession

Étude complète — Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées, histoire de la langue et effacement des femmes

Les Grandes oubliées, Titiou Lecoq, 2023
Les Grandes oubliées, Titiou Lecoq, 2023

Résumé directeur

Le scan transmis contient cinq pages issues de Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes, préface de Michelle Perrot, nouvelle édition augmentée, Collection Proche, Paris, 2023. Deux pages correspondent au chapitre 9, « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession » ; les autres pages donnent la page de titre, la quatrième de couverture et les indications bibliographiques.

L’extrait étudié ne traite pas seulement d’un mot. Il montre comment une langue peut devenir un lieu de mémoire, d’effacement, de reconnaissance ou de dévalorisation. Le terme autrice sert de point d’entrée : forme ancienne, attestée et morphologiquement régulière, il a pourtant été rendu suspect dans l’usage contemporain, comme si la langue française ne pouvait pas nommer naturellement une femme qui écrit. Lecoq relie ce cas à un phénomène plus large : disparition ou marginalisation de nombreux féminins de métiers, réduction des accords plus souples, fixation scolaire de la règle du masculin dominant, puis polémique actuelle autour du langage inclusif.

L’étude articule quatre niveaux de lecture. Elle distingue d’abord les éléments directement visibles dans le scan transmis : les affirmations de Titiou Lecoq aux pages 102–103 et les informations éditoriales des pages scannées. Elle met ensuite ces éléments en relation avec les recherches confirmant l’ancienneté d’autrice, l’existence de féminins de métier, l’histoire de l’accord de proximité et le rôle des normes savantes. Elle situe aussi les points débattus dans le champ : ampleur exacte de la masculinisation, degré d’intentionnalité, rôle respectif de l’Académie, des grammairiens, de l’école, des dictionnaires et des usages. Enfin, elle développe une lecture transversale de la langue comme archive active, du mot autrice comme mot-seuil, de la profession nommable, de l’effacement historiographique et des prolongements numériques contemporains.

Sommaire

Parcours principal

⬢ Étude principale

⬢ Titiou Lecoq

⬢ Michelle Perrot

⬢ Aurore Évain

⬢ Éliane Viennot

⬢ Maria Candea et Laélia Véron

⬢ Sophie Piron

⬢ Autrice comme mot-seuil

⬢ Accord de proximité

⬢ Masculinisation du français

Vidéos et ressources

⬢ Vidéo Histoire

⬢ Vidéo Argent

⬢ Citations complémentaires

⬢ Bibliographie

1. Le document scanné : identification, contenu, statut

1.1. Identification matérielle

Page de titre du scan transmis
Page de titre du scan transmis

La page de titre du scan identifie l’ouvrage : Titiou Lecoq, Les grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes, avec une préface de Michelle Perrot. Le scan porte un tampon de médiathèque et correspond à l’édition de poche publiée dans la Collection Proche.

Quatrième de couverture du scan transmis
Quatrième de couverture du scan transmis

La quatrième de couverture formule le projet général du livre : les femmes ont agi dans tous les domaines — régner, écrire, militer, créer, combattre — mais restent souvent absentes des manuels d’histoire. Le livre veut comprendre les mécanismes de cet oubli et redonner une voix à des figures effacées.

1.2. Le passage étudié

Début du chapitre 9 : « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession »
Début du chapitre 9 : « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession »

Le chapitre 9 s’intitule « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession ». Lecoq y affirme que la lutte autour de la place des femmes prend aussi une forme linguistique. Elle rappelle qu’au Moyen Âge et à l’époque préclassique le français disposait de nombreux féminins. La liste visible dans le scan est la suivante :

archière, chevaleresse, jongleresse, doctoresse, mairesse, ferronne, portière, écrivaine, poétesse, autrice, tavernière, agente, vétérante.

Le scan donne bien vétérante, forme qui appartient à la série de féminins de métier et de fonction relevée par Lecoq.

Lecoq précise que ces mots ne sont pas des masculins « féminisés » artificiellement. Ils sont formés à partir d’un radical permettant de produire un masculin et un féminin. Ce point est essentiel : il renverse l’idée selon laquelle le féminin serait une dérivation tardive ou une altération secondaire du masculin.

Suite du chapitre 9 : accord, amour, masculinisation, écriture inclusive
Suite du chapitre 9 : accord, amour, masculinisation, écriture inclusive

La deuxième page scannée poursuit la démonstration en trois directions :

⬢ l’accord de proximité ;

⬢ la transformation de certains usages anciens, notamment autour de amour ;

⬢ la thèse selon laquelle l’écriture inclusive actuelle cherche moins à « féminiser » le français qu’à le démasculiniser après une longue période de masculinisation normative.

1.3. Statut du passage

Le passage relève d’une vulgarisation historique féministe. Il est clair, incisif, volontairement pédagogique et polémique. Il ne constitue pas une monographie de linguistique historique, mais il condense des recherches existantes. Sa force est de produire un effet de dénaturalisation : ce que l’école présente comme une évidence grammaticale apparaît comme le résultat d’une histoire, de conflits normatifs et de choix sociaux.

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2. Présentation du livre principal : Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées

2.1. Titiou Lecoq : profil et position

Portrait de Titiou Lecoq
Portrait de Titiou Lecoq

Titiou Lecoq est journaliste, blogueuse, essayiste et romancière française. Son travail s’inscrit dans une écriture de vulgarisation vive, documentée et accessible. Elle a traité de culture web, de travail domestique, d’argent dans le couple, de féminisme et de mémoire historique.

Dans Les Grandes oubliées, Lecoq ne cherche pas à ajouter seulement quelques figures féminines à un récit déjà constitué. Elle interroge les mécanismes par lesquels les femmes ont pu être présentes dans l’histoire réelle tout en étant absentes de l’histoire transmise. Cette distinction est fondamentale : l’effacement n’est pas l’absence d’action ; il est la perte ou la réduction de transmission.

2.2. Le livre : projet, méthode, portée

Les Grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes paraît d’abord aux éditions de l’Iconoclaste en 2021, puis en poche dans la Collection Proche. L’édition scannée est une nouvelle édition augmentée de 2023.

Le livre repose sur une structure de reprise critique : Lecoq part des récits historiques familiers, ceux que les manuels et la mémoire scolaire ont stabilisés, puis révèle des absences, des substitutions, des oublis et des mécanismes de marginalisation. Le livre couvre un large spectre, de la Préhistoire à l’époque contemporaine, en montrant que les femmes ont participé à la production des sociétés, des pouvoirs, des œuvres et des savoirs.

La quatrième de couverture insiste sur une formule : les femmes « ne se sont jamais tues ». Cette phrase est importante : l’oubli n’est pas interprété comme silence réel des femmes, mais comme défaillance de l’écoute, de l’archive, du canon, du manuel et de la nomination.

2.3. Le chapitre 9 dans l’économie du livre

Le chapitre sur autrice est un chapitre-clef parce qu’il montre que l’effacement ne se produit pas seulement dans les listes de personnages célèbres. Il se produit aussi dans les mots disponibles pour nommer les fonctions. Une femme peut écrire ; mais si la langue hésite à l’appeler autrice, son autorité d’écriture reste moins stabilisée. Une femme peut gouverner ; mais si le féminin de la fonction est ridiculisé, ambigu ou marginalisé, sa présence reste moins nommable.

La langue devient ici un espace de visibilité professionnelle. Le problème n’est pas seulement lexical ; il touche à l’existence sociale des rôles.

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3. Michelle Perrot : préface, contexte historiographique, histoire des femmes

3.1. Michelle Perrot, figure structurante

Michelle Perrot
Michelle Perrot

Michelle Perrot est une historienne majeure de l’histoire des femmes et du genre. Elle a travaillé sur le mouvement ouvrier, les prisons, les marges, les silences sociaux, les archives et la place des femmes dans les récits historiques. Elle a notamment codirigé avec Georges Duby Histoire des femmes en Occident, œuvre centrale dans la constitution du champ francophone de l’histoire des femmes.

Sa préface donne à l’ouvrage de Lecoq une inscription historiographique claire. Elle ne transforme pas le livre en ouvrage académique spécialisé, mais elle situe son geste dans un champ savant déjà constitué : celui qui cherche à comprendre pourquoi l’histoire dite générale a longtemps fonctionné comme histoire masculine.

3.2. Le silence comme construction

Un apport majeur de Perrot est d’avoir montré que le silence des femmes dans l’histoire ne prouve pas leur absence. Le silence peut venir de la nature des archives, des institutions qui conservent ou ne conservent pas, des espaces où les femmes agissent, des critères de grandeur, des hiérarchies sociales, de la transmission scolaire et des formes d’écriture historique.

Dans cette perspective, le mot autrice s’inscrit parfaitement dans le champ de Perrot : lorsqu’un mot disparaît, une fonction devient plus difficile à transmettre. La langue ne se contente pas de refléter l’histoire ; elle participe à la conservation ou à la perte des formes d’existence.

3.3. Livre-relais et livre-seuil

Les Grandes oubliées peut être lu comme un livre-relais : il transmet à un large public des acquis d’histoire des femmes. Il peut aussi être lu comme un livre-seuil : il fait passer des lectrices et lecteurs d’un récit scolaire stabilisé vers une interrogation sur les conditions de fabrication du récit.

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4. Aurore Évain : autrice comme mot ancien, légitime et documenté

4.1. Présentation d’Aurore Évain

Aurore Évain
Aurore Évain

Aurore Évain est autrice, comédienne, metteuse en scène, historienne du théâtre et chercheuse. Elle a beaucoup travaillé sur les autrices de théâtre de l’Ancien Régime et sur l’histoire du mot autrice. Son article « Histoire d’autrice, de l’époque latine à nos jours » constitue une référence importante pour l’extrait de Lecoq.

Son travail a une valeur stratégique : il ne se contente pas de défendre l’usage contemporain d’un mot ; il reconstruit son histoire longue.

4.2. Le mot autrice : corpus, chronologie, portée

Aurore Évain s’appuie sur un corpus d’environ cent cinquante occurrences des termes auctrix et autrice entre le Ier et le XXIe siècle. Ce corpus montre que le mot n’est pas une invention récente. Il traverse différentes périodes, avec des variations d’usage, de visibilité et de légitimité.

La conclusion forte est la suivante : autrice est un féminin historiquement légitime pour désigner une femme qui écrit.

4.3. Morphologie : pourquoi autrice est régulier

Le français possède une série régulière de formes en -teur / -trice :

⬢ acteur / actrice ;

⬢ lecteur / lectrice ;

⬢ directeur / directrice ;

⬢ créateur / créatrice ;

⬢ rédacteur / rédactrice.

Dans cette logique, auteur / autrice n’est pas une anomalie. La résistance à autrice n’est donc pas d’abord morphologique. Elle vient de l’histoire sociale du mot auteur, de la dignité symbolique attachée à l’autorité d’écrire, et de la réticence à nommer les femmes comme productrices d’œuvres.

4.4. Autrice contre auteure

Les formes autrice et auteure coexistent aujourd’hui. Leur différence n’est pas seulement phonétique ou graphique.

Auteure s’inscrit dans une tendance contemporaine qui ajoute un e à une forme masculine déjà stabilisée. La forme est fréquente en Suisse, au Canada, en Belgique et dans de nombreux milieux éditoriaux.

Autrice réactive une forme ancienne, morphologiquement très cohérente, et plus nettement différenciée du masculin. Elle est souvent privilégiée dans les milieux féministes, littéraires, théâtraux ou universitaires sensibles à l’histoire du mot.

Les deux formes peuvent être acceptées selon les contextes. Mais autrice a une charge historique particulière : elle rend visible le fait que la langue possédait déjà les moyens de nommer les femmes qui écrivent.

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5. Éliane Viennot : masculinisation du français, accord de proximité, résistances de la langue

5.1. Présentation d’Éliane Viennot

Éliane Viennot
Éliane Viennot

Éliane Viennot est historienne de la littérature et spécialiste de l’histoire des rapports de pouvoir entre les sexes. Elle est l’une des figures majeures de la thèse selon laquelle la langue française a connu une masculinisation historique. Son ouvrage Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française a fortement structuré les débats contemporains.

5.2. L’accord de proximité

L’accord de proximité consiste à accorder un adjectif ou un participe avec le nom le plus proche. Lecoq donne des exemples pédagogiques :

⬢ « le manteau et la veste sont blanches » ;

⬢ « la veste et le manteau sont blancs » ;

⬢ « les hommes et les femmes sont belles » ;

⬢ « les femmes et les hommes sont beaux ».

L’intérêt de cette règle est sa souplesse. Elle montre que l’accord n’a pas toujours été pensé selon une hiérarchie abstraite du masculin. Il peut suivre la proximité syntaxique, l’ordre des mots, l’effet rhétorique, parfois le sens.

Il faut cependant éviter une simplification : l’accord de proximité n’a pas été une règle unique, stable et exclusive. L’histoire du français connaît une pluralité d’accords : accord au masculin pluriel, accord selon le sens, accord de proximité, accord d’économie, accord rhétorique. Ce que révèle l’histoire, c’est moins la substitution d’une règle pure à une autre règle pure qu’une réduction progressive de la pluralité des possibles vers une norme scolaire dominante.

5.3. Le masculin « plus noble »

Le passage scanné cite la formule attribuée à Beauzée en 1767 : le genre masculin serait réputé plus noble que le féminin en raison de la supériorité supposée du mâle sur la femelle. Cette justification est décisive : elle montre qu’une partie de la grammaire normative a explicitement articulé règle linguistique et hiérarchie sociale.

Ce point est l’un des plus forts du dossier. Il montre que la formule scolaire « le masculin l’emporte » n’est pas seulement un raccourci technique. Elle a porté, dans certaines formulations historiques, une conception hiérarchique des sexes.

5.4. Démasculiniser la langue

Lecoq reprend une intuition centrale de Viennot : l’écriture inclusive ne vise pas d’abord à ajouter artificiellement du féminin ; elle vise à retirer au masculin son monopole du générique, du prestige et de l’autorité.

Démasculiniser ne signifie pas effacer le masculin. Cela signifie rendre visible la pluralité des formes, des accords, des métiers, des fonctions et des sujets. La langue française n’a pas besoin d’être forcée de l’extérieur pour produire du féminin ; elle possède déjà des ressources morphologiques, historiques et syntaxiques abondantes.

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6. Maria Candea et Laélia Véron : la langue comme champ social et politique

6.1. Présentation

Le français est à nous !, Maria Candea et Laélia Véron
Le français est à nous !, Maria Candea et Laélia Véron

Maria Candea est sociolinguiste, professeure à l’Université Sorbonne Nouvelle. Laélia Véron est linguiste, stylisticienne et maitresse de conférences à l’Université d’Orléans. Ensemble, elles ont publié Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique.

Leur livre situe les débats sur la langue dans une perspective sociolinguistique : le français n’est pas une substance immobile ; c’est un ensemble d’usages, de normes, de conflits, de variations et d’institutions.

6.2. La langue comme champ de bataille

Le chapitre « Masculinisation et féminisation du français : la langue comme champ de bataille » donne une clé directe pour lire Lecoq. La langue n’est pas seulement un système abstrait ; elle est un lieu où se jouent le prestige, la légitimité, la visibilité et l’autorité.

Le mot autrice est alors un cas exemplaire. Il est linguistiquement possible, historiquement attesté, morphologiquement cohérent. Pourtant, il a longtemps été entendu comme étrange, militant, artificiel ou excessif. Cette dissonance montre que la norme linguistique n’est jamais uniquement linguistique. Elle est aussi sociale.

6.3. Le français comme espace commun

Candea et Véron contestent les discours qui présentent la langue comme un patrimoine menacé par tout changement. Elles montrent que la langue change constamment et que les usages sont collectifs. Cela ne signifie pas que toutes les formes se valent dans tous les contextes ; cela signifie que la norme doit être comprise comme une production historique et sociale, soumise à discussion.

Cette approche renforce le passage de Lecoq : si des formes féminines ont été marginalisées par des normes, elles peuvent être réexaminées par d’autres normes, d’autres usages et d’autres cadres institutionnels.

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7. Sophie Piron : contrepoint critique et précision méthodologique

7.1. Présentation

Sophie Piron
Sophie Piron

Sophie Piron est professeure en linguistique à l’Université du Québec à Montréal. Son article « Le masculin polémique : contre-argumentaire historique sur le genre grammatical » constitue un point critique important dans le débat.

Piron discute la thèse selon laquelle des hommes lettrés du XVIIe siècle auraient sciemment modifié le français pour réduire la présence du genre grammatical féminin. Elle examine notamment le e féminin en poésie, les noms de métiers et certaines interprétations du genre grammatical.

7.2. Pourquoi ce contrepoint est nécessaire

Une étude experte doit intégrer ce contrepoint pour éviter de transformer la thèse de Lecoq en dogme. Les faits suivants sont largement solides :

⬢ autrice est ancien et attesté ;

⬢ des féminins de métiers ont existé ;

⬢ l’accord de proximité a été pratiqué ;

⬢ des grammairiens ont justifié le masculin par une hiérarchie sociale ;

⬢ des institutions ont longtemps résisté à la féminisation de certains titres.

La discussion porte plutôt sur :

⬢ le degré d’intentionnalité de la masculinisation ;

⬢ l’ampleur exacte du phénomène ;

⬢ les mécanismes linguistiques internes ;

⬢ le rôle relatif de l’Académie, des grammairiens, de l’école et des usages ;

⬢ la manière de lire les formes anciennes sans anachronisme.

7.3. Effet sur la lecture de Lecoq

Piron ne rend pas le chapitre de Lecoq invalide. Elle oblige à le situer correctement : Lecoq propose une synthèse engagée et pédagogique. Sa force est de rendre perceptible une structure d’effacement. Sa limite éventuelle est de condenser un réseau complexe de phénomènes en un récit très lisible.

Cette lecture conserve donc la force de Lecoq tout en explicitant les zones de débat.

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8. L’Académie française : norme, prestige, résistance, évolution

8.1. Rôle historique

L’Académie française, fondée en 1635, a joué un rôle important dans la standardisation du français. Elle n’a jamais été le seul acteur de la norme : grammairiens, lexicographes, imprimeurs, écoles, administrations, éditeurs, journalistes et correcteurs ont aussi façonné les usages légitimes.

Il vaut donc mieux parler d’un réseau normatif polycentrique que d’un centre unique. La masculinisation du français, lorsqu’on emploie ce terme, ne doit pas être réduite à une décision d’un seul organisme. Elle passe par plusieurs relais : textes grammaticaux, dictionnaires, école, concours, administration, usages savants, prestige social.

8.2. Le rapport de 2019

En 2019, l’Académie française a adopté un rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Cette évolution institutionnelle est importante : elle reconnaît qu’il n’existe pas d’obstacle de principe à la féminisation de nombreux noms de métiers et fonctions.

Cette reconnaissance tardive confirme indirectement le problème posé par Lecoq : si la féminisation fait l’objet d’un rapport institutionnel au XXIe siècle, c’est bien que la question n’est pas seulement grammaticale ; elle touche à la légitimité sociale des femmes dans les fonctions nommées.

8.3. Limite de l’explication par l’Académie seule

Lecoq donne à l’Académie française un rôle très visible. C’est pédagogiquement efficace, mais historiquement à nuancer. Les transformations linguistiques ne viennent pas toutes d’une autorité centrale. Elles émergent aussi des pratiques sociales, de la rareté des femmes dans certains milieux professionnels, des effets de prestige, des habitudes scolaires et des résistances culturelles.

La meilleure formulation est donc : l’Académie française appartient à un dispositif plus large de normalisation savante, scolaire et sociale du français.

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9. Développement systématique des thèses

Thèse 1 — Des féminins anciens ont existé et certains ont été effacés ou marginalisés

Formulation

Le français a possédé de nombreux féminins de métiers, de fonctions et de statuts. Leur disparition partielle ou leur marginalisation ne vient pas d’une impossibilité grammaticale.

Appui dans le scan

Lecoq cite une série de formes anciennes : archière, chevaleresse, jongleresse, doctoresse, mairesse, ferronne, portière, écrivaine, poétesse, autrice, tavernière, agente, vétérante.

Développement

Ces mots montrent que la langue française savait nommer des femmes dans des activités diverses : métier, art, commerce, savoir, autorité, écriture. Leur existence oblige à reconsidérer l’idée selon laquelle les féminins contemporains seraient des inventions imposées à une langue réticente.

La question pertinente n’est pas seulement : « le mot existe-t-il ? » Il faut demander :

⬢ dans quels textes apparaît-il ?

⬢ quel sens prend-il ?

⬢ désigne-t-il une femme exerçant la fonction ou l’épouse d’un homme exerçant la fonction ?

⬢ est-il valorisé, neutre, péjoratif, burlesque ?

⬢ qui l’emploie et qui le refuse ?

⬢ dans quelle institution est-il reconnu ou exclu ?

L’histoire des féminins de métiers est donc une histoire de formes, mais aussi une histoire de reconnaissance.

Thèse 2 — Autrice est un mot ancien et légitime

Formulation

Autrice n’est pas un néologisme militant récent. C’est une forme ancienne, attestée depuis le latin auctrix et documentée en français.

Appui savant

Aurore Évain a recensé environ cent cinquante occurrences des termes auctrix et autrice entre le Ier et le XXIe siècle. Son travail montre que le mot possède une continuité historique et une légitimité terminologique.

Développement

Le mot autrice a été fragilisé parce que l’autorité d’écrire a longtemps été associée au masculin. Auteur ne désigne pas seulement quelqu’un qui écrit ; le mot porte une puissance symbolique : produire, signer, faire autorité, entrer dans une tradition.

La résistance à autrice révèle donc une résistance à nommer pleinement les femmes comme productrices d’œuvres. La question n’est pas une question de sonorité. Elle touche à l’autorisation symbolique.

Thèse 3 — L’accord de proximité révèle une pluralité ancienne des accords

Formulation

L’accord de proximité a existé en français et montre que la règle du masculin dominant n’a pas toujours été l’unique horizon grammatical.

Appui dans le scan

Lecoq explique que l’adjectif pouvait s’accorder avec le mot le plus proche. Elle donne des exemples simples où l’ordre des noms modifie l’accord.

Développement

L’accord de proximité a une valeur critique : il dénaturalise la règle scolaire. Il rappelle que le français n’a pas toujours fonctionné avec la même rigidité normative. La langue ancienne tolérait plusieurs modes d’accord.

Cela ne signifie pas que l’accord de proximité devrait être mécaniquement restauré partout. Cela signifie que la règle actuelle est le produit d’une histoire et qu’elle peut être interrogée.

Thèse 4 — Le masculin dominant a été justifié par une hiérarchie symbolique

Formulation

La règle du masculin dominant a été explicitement justifiée par certains grammairiens au nom d’une noblesse supérieure du masculin.

Appui dans le scan

Lecoq cite Beauzée : le genre masculin serait réputé plus noble que le féminin en raison de la supériorité supposée du mâle sur la femelle.

Développement

Cette justification ne peut pas être réduite à une simple convention grammaticale. Elle fait passer une hiérarchie sociale dans une règle de langue. La grammaire devient alors une scène de légitimation : elle ne décrit pas seulement des accords, elle naturalise une domination.

Le point le plus important est l’effet scolaire : des générations d’élèves ont appris la formule « le masculin l’emporte », souvent sans connaître son histoire. La règle grammaticale est devenue une évidence culturelle.

Thèse 5 — L’écriture inclusive cherche à démasculiniser la langue

Formulation

Lecoq affirme que les pratiques inclusives ne cherchent pas à féminiser artificiellement le français, mais à le démasculiniser.

Développement

Démasculiniser signifie retirer au masculin son statut de forme générale, absorbante et prestigieuse. Cela peut passer par plusieurs gestes :

⬢ employer les féminins de métiers ;

⬢ utiliser des doublets lorsque le contexte le justifie ;

⬢ choisir des termes épicènes ;

⬢ varier les accords ;

⬢ éviter que le masculin générique devienne invisible comme norme ;

⬢ rendre les femmes nommables dans les fonctions qu’elles exercent.

Le débat public réduit souvent l’écriture inclusive au point médian. Cette réduction est trompeuse. Le langage égalitaire regroupe des pratiques variées, dont certaines sont anciennes, lisibles et institutionnellement admises.

Thèse 6 — La langue est une archive active de reconnaissance et d’effacement

Formulation

La langue ne se contente pas de refléter l’histoire. Elle contribue à la rendre transmissible ou à l’effacer.

Développement

Quand un mot existe, il rend une fonction disponible à la pensée. Quand il disparaît, il ne supprime pas la réalité, mais il rend cette réalité moins facile à nommer, à transmettre et à intégrer dans les récits.

Le cas autrice est donc exemplaire : il relie mot, métier, autorité, œuvre et mémoire. Nommer une femme autrice, c’est reconnaître qu’elle produit une œuvre et qu’elle occupe une place dans l’histoire littéraire.

Thèse 7 — L’effacement linguistique prolonge l’effacement historiographique

Formulation

L’oubli des femmes dans les livres d’histoire et l’effacement des féminins dans la langue appartiennent à un même champ de forces.

Développement

Les femmes peuvent être effacées de plusieurs manières :

⬢ elles ne sont pas citées ;

⬢ elles sont citées comme exceptions ;

⬢ leurs œuvres sont attribuées à des hommes ;

⬢ leurs activités sont jugées secondaires ;

⬢ les mots disponibles pour les nommer deviennent rares ou péjoratifs ;

⬢ les manuels scolaires reproduisent les mêmes figures masculines ;

⬢ les dictionnaires fixent certains usages au détriment d’autres.

Le chapitre de Lecoq est donc cohérent avec le projet général du livre. Il montre que la mémoire historique dépend aussi des formes linguistiques.

Thèse 8 — La norme est polycentrique

Formulation

La masculinisation du français ne doit pas être attribuée à un seul centre. Elle résulte d’un réseau de normes.

Développement

Les acteurs sont multiples : grammairiens, Académie, école, dictionnaires, administration, édition, presse, université, pratiques bourgeoises, concours, correcteurs. Chacun contribue à définir le « bon usage ». Le processus est plus robuste précisément parce qu’il n’a pas besoin d’un seul commandement central. Il se diffuse par des relais.

Cette thèse affine Lecoq : l’Académie française est un acteur visible, mais la structure complète est plus large.

Thèse 9 — Le numérique reconduit ou déplace les normes anciennes

Formulation

Les problèmes de visibilité linguistique ne s’arrêtent pas avec le livre imprimé. Ils se déplacent dans les correcteurs, moteurs de recherche, corpus numériques, systèmes de traduction et modèles génératifs.

Développement

Si un correcteur automatique souligne autrice, si un moteur privilégie les résultats masculins, si un modèle associe spontanément certaines professions au masculin, l’ancienne norme devient infrastructure technique. Le problème n’est plus seulement grammatical ; il devient algorithmique.

Les recherches en traitement automatique du langage montrent que les corpus contiennent des déséquilibres de genre et que les systèmes peuvent les amplifier. Le cas autrice devient alors un test contemporain : la langue numérique reconnaît-elle les formes féminines ou les traite-t-elle comme anomalies ?

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10. Chronologie synthétique

Antiquité latine

Le latin connaît la forme auctrix, féminin de auctor. Le féminin est donc disponible très tôt dans la tradition linguistique.

Moyen Âge et ancien français

Le français médiéval et prémoderne connaît de nombreux féminins de métiers et de fonctions. Les formes varient selon les régions, les textes, les activités et les statuts.

XVIIe siècle

Période de fort resserrement normatif : prestige du bon usage, grammairiens, consolidation des autorités linguistiques, fondation de l’Académie française en 1635. Lecoq situe ici une attaque contre l’accord de proximité, notamment autour de Malherbe.

XVIIIe siècle

Les justifications hiérarchiques du masculin sont formulées explicitement par certains grammairiens. Beauzée écrit en 1767 que le masculin est réputé plus noble que le féminin.

XIXe siècle

La scolarisation, les dictionnaires, les administrations et les normes écrites renforcent le français standard. Les femmes restent exclues de nombreux lieux de prestige professionnel et intellectuel.

XXe siècle

Les femmes accèdent progressivement à de nombreuses professions, mais la langue institutionnelle reste souvent masculine. Les débats sur la féminisation des titres et fonctions se multiplient.

Années 1970–2000

Développement de l’histoire des femmes, des études de genre, des critiques féministes du langage et des réflexions sur les noms de métiers.

2014–2019

Publication et diffusion de travaux marquants sur la masculinisation du français ; rééditions et circulations d’Éliane Viennot ; rapport de l’Académie française sur la féminisation des noms de métiers et fonctions en 2019.

Aujourd’hui

Coexistence de plusieurs régimes : féminisation des métiers, usages épicènes, doublets, débats sur le point médian, langage administratif égalitaire, résistances normatives, correction automatique, IA générative et corpus numériques.

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11. Lecture morphogénétique : autrice comme mot-seuil

Le mot autrice agit comme un mot-seuil. Il ne désigne pas seulement une femme qui écrit ; il ouvre un passage entre plusieurs dimensions :

⬢ une dimension lexicale : une forme existe ;

⬢ une dimension professionnelle : une fonction est nommable ;

⬢ une dimension symbolique : une autorité peut être reconnue ;

⬢ une dimension historiographique : une œuvre peut être inscrite dans la mémoire ;

⬢ une dimension politique : la langue cesse d’absorber les femmes dans le masculin générique.

Dans cette lecture, l’effacement ne se fait pas par suppression totale. Il se fait par fragilisation, rareté, ridicule, ambiguïté, correction, oubli scolaire, puis naturalisation. Le mot reste parfois disponible, mais il devient socialement coûteux à employer.

La restitution ne consiste pas à imposer mécaniquement une forme unique. Elle consiste à rouvrir un champ : autrice, auteure, écrivaine, femme de lettres, créatrice, selon les contextes. La pluralité lexicale devient une forme de respiration historique.

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12. Ce que le scan dit / ce que l’étude ajoute

Ce que dit directement le scan

Le scan affirme que :

⬢ le combat contre les femmes a pris un tour linguistique au XVIIe siècle ;

⬢ le Moyen Âge laissait davantage de place au féminin dans la langue ;

⬢ plusieurs féminins anciens ont disparu ;

⬢ ces mots étaient formés à partir de radicaux, et non à partir de masculins trafiqués ;

⬢ l’accord de proximité était pratiqué ;

⬢ la règle du masculin dominant a été imposée ou renforcée à l’époque classique ;

⬢ Beauzée a explicitement justifié la noblesse du masculin ;

⬢ des usages comme m’amour ou le féminin d’amour ont été transformés ;

⬢ l’écriture inclusive cherche à démasculiniser la langue ;

⬢ l’Académie française a participé à une entreprise de masculinisation.

Ce que l’étude confirme

L’étude confirme fortement :

⬢ l’ancienneté d’autrice ;

⬢ la légitimité morphologique de la forme ;

⬢ l’existence historique de nombreux féminins de métiers ;

⬢ l’existence de l’accord de proximité ;

⬢ la présence de justifications hiérarchiques du masculin dans des textes grammaticaux ;

⬢ l’importance des normes scolaires et institutionnelles.

Ce que l’étude nuance

L’étude nuance :

⬢ le rôle exclusif de l’Académie française ;

⬢ l’idée d’un processus parfaitement centralisé ;

⬢ la stabilité supposée de l’accord de proximité comme ancienne règle unique ;

⬢ la disparition linéaire de tous les féminins ;

⬢ le degré d’intentionnalité attribuable à chaque changement.

Ce que l’étude développe

L’étude développe :

⬢ autrice comme mot-seuil ;

⬢ la langue comme archive active ;

⬢ le lien entre nomination, profession et mémoire ;

⬢ le prolongement numérique du problème ;

⬢ la distinction entre féminiser et démasculiniser ;

⬢ la notion de réseau normatif polycentrique.

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13. Usages pédagogiques possibles

Ce dossier peut servir à plusieurs usages :

⬢ cours sur l’histoire des femmes ;

⬢ cours sur langue et pouvoir ;

⬢ séquence sur l’écriture inclusive ;

⬢ analyse critique d’un essai contemporain ;

⬢ travail sur sources, thèses et contrepoints ;

⬢ comparaison entre vulgarisation et recherche spécialisée ;

⬢ réflexion sur les biais dans les outils numériques et l’IA.

Une activité efficace consisterait à faire distinguer aux élèves :

⬢ ce que le scan affirme ;

⬢ ce que les sources savantes confirment ;

⬢ ce qui reste discuté ;

⬢ ce que chaque terme rend visible ou invisible.

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14. Synthèse finale

Le chapitre « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession » est l’un des points les plus forts de Les Grandes oubliées parce qu’il montre que l’effacement historique des femmes ne passe pas seulement par les événements racontés ou oubliés. Il passe aussi par les mots disponibles pour nommer les fonctions, les œuvres et les autorités.

Le mot autrice condense toute l’architecture du problème. Il est ancien, attesté, régulier, documenté. Pourtant, il a longtemps été présenté comme étrange ou militant. Cette tension montre que la langue ne fonctionne pas seulement selon des règles internes ; elle transporte des hiérarchies sociales, des habitudes scolaires, des choix institutionnels et des mémoires sélectives.

La thèse de Lecoq est robuste dans sa direction générale : le français a possédé des formes féminines nombreuses ; certaines ont été marginalisées ; la règle du masculin dominant a une histoire ; l’écriture inclusive actuelle s’inscrit dans une tentative de restitution de visibilité. La discussion experte invite à préciser les mécanismes : processus polycentrique, rôle variable des institutions, pluralité ancienne des accords, coexistence de facteurs linguistiques et sociaux.

La formule la plus précise serait donc :

*L’histoire d’autrice n’est pas seulement l’histoire d’un mot oublié ; c’est l’histoire d’une profession rendue plus difficile à nommer, d’une autorité rendue moins transmissible, et d’une mémoire des femmes que la langue peut contribuer à effacer ou à rouvrir.*

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15. Partie indépendante — Vidéo : « Tant qu’on ne cherche pas les femmes dans l’Histoire, on ne les trouve pas »

Statut de cette partie : cette section est ajoutée comme bloc autonome, sans lien direct avec l’étude linguistique précédente sur autrice. Elle documente un entretien de Titiou Lecoq autour de Les Grandes Oubliées et garde le résumé Gemini fourni, reformulé en mise en page développée avec titres, paragraphes et déroulé thématique.

Les repères temporels entre crochets structurent le déroulé de la vidéo. Les développements qui suivent formulent les thèses principales de l’entretien et les replacent dans les enjeux historiques, scolaires, archéologiques et juridiques abordés par Titiou Lecoq.

Vidéo ajoutée : Titiou Lecoq : « Tant qu’on ne cherche pas les femmes dans l’Histoire, on ne les trouve pas » Lien vidéo : voir la vidéo sur YouTube Contexte vérifié : la journaliste et romancière Titiou Lecoq est invitée à l’occasion de la parution de Les Grandes Oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes. Les présentations disponibles indiquent un entretien avec Éric Delvaux et Carine Bécard autour de cet ouvrage.

15.1. Présentation générale de la vidéo

La vidéo Titiou Lecoq : « Tant qu’on ne cherche pas les femmes dans l’Histoire, on ne les trouve pas » est un entretien majeur avec la journaliste, romancière et essayiste féministe Titiou Lecoq, à l’occasion de la sortie de son ouvrage de référence _Les Grandes Oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes_.

L’entretien prolonge le projet général du livre : montrer que l’absence des femmes dans les récits historiques transmis n’est pas une absence d’action, mais une absence de recherche, de reconnaissance, d’interprétation et de transmission. La formule du titre résume cette logique : ce que l’on ne cherche pas activement dans les archives, les squelettes, les images, les récits, les manuels ou les catégories d’analyse reste invisible.

Résumé Gemini fourni — déroulé développé

1. La régression contemporaine des programmes scolaires

Le constat de la réforme

L’autrice dénonce avec force les reculs de la dernière mouture des programmes scolaires d’histoire en classe de seconde générale [00:12]. Malgré les réformes successives, la place concrète accordée aux femmes s’est réduite par rapport aux programmes précédents [00:12].

L’absence institutionnelle

L’histoire enseignée aux élèves reste structurellement masculine, ce qui entretient le mythe que les femmes n’ont pas participé aux grands tournants de l’humanité.

2. Le biais du XIXe siècle et la falsification de la Préhistoire

L’invention de l’homme préhistorique

L’autrice rappelle que notre vision collective de la Préhistoire a été entièrement forgée et théorisée au XIXe siècle [00:41], au moment où les premières fouilles archéologiques d’envergure ont commencé.

Le calque patriarcal

Les archéologues et scientifiques du XIXe siècle, exclusivement des hommes dans le cadre évoqué par la vidéo, ont projeté leurs propres valeurs bourgeoises et patriarcales sur les sociétés préhistoriques. Persuadés que la place « naturelle » d’une femme était de s’occuper du foyer et des enfants, ils ont décrété que cela avait toujours été le cas depuis l’aube des temps [00:41].

La réalité archéologique moderne

Titiou Lecoq déconstruit les expressions linguistiques systémiques comme « l’Homme de Néandertal » ou « l’Homme des cavernes » [00:41], qui masquent le fait que les femmes chassaient, peignaient les grottes, taillaient les outils et participaient activement à la survie du groupe.

3. Les politiques de contrôle des corps

La natalité forcée

L’histoire des femmes est intimement liée à celle de l’appareil législatif mis en place pour contraindre leur liberté. L’intervention aborde la criminalisation de l’avortement et les politiques natalistes agressives [01:42], visant à réduire le rôle de la femme à celui de procréatrice exclusive pour l’État.

4. Les stratégies féministes : l’exemple de Louise Weiss et la « campagne d’ironie »

Une figure des années 1930

L’entretien met en lumière des figures historiques méconnues ou minimisées, notamment la journaliste et militante Louise Weiss [01:42].

La subversion par l’humour

Pour contourner le refus systématique et paternaliste des hommes politiques de leur accorder le droit de vote, Louise Weiss a mis en place ce qu’elle appelait une « campagne d’ironie » [01:42]. Plutôt que de s’épuiser dans des débats stériles face à un mur de machisme, elle a utilisé le ridicule, la mise en scène médiatique et l’absurde pour forcer les législateurs à faire face à leurs propres contradictions.

5. La réponse face aux accusations de « réécriture » de l’Histoire

L’accusation de misandrie

Face aux critiques et opposants politiques qui affirment que la démarche féministe cherche à déformer ou réécrire l’histoire par « détestation des hommes » [01:42], Titiou Lecoq oppose une rigueur scientifique.

Une histoire complète

L’objectif est de restaurer la vérité factuelle. Tant que les historiens refuseront de chercher activement les traces, les écrits et les squelettes féminins, ils ne les trouveront pas. Redonner leur place aux femmes est un travail de précision historique pour sortir de l’héritage tronqué du XIXe siècle.

15.2. Développement analytique autonome

Cette vidéo déploie un axe différent de l’étude sur autrice. Elle ne part pas de la langue française, mais de l’historiographie scolaire et savante : qui est cherché, qui est nommé, qui est retenu, qui devient exemple, qui disparaît des programmes.

La formule centrale — « tant qu’on ne cherche pas les femmes dans l’Histoire, on ne les trouve pas » — désigne une condition méthodologique : l’absence n’est pas une donnée brute. Elle peut être produite par le regard, par le choix des objets, par les cadres de fouille, par les catégories d’interprétation, par les manuels, par les corpus transmis. Dans cette perspective, l’effacement n’est pas seulement une lacune ; c’est une structure de recherche et de transmission.

15.3. Thèse 1 — Les programmes scolaires comme appareil de transmission sélective

Le résumé souligne une critique des programmes de seconde générale. La question n’est pas seulement quantitative — compter combien de femmes apparaissent — mais structurale : quelles périodes, quelles figures, quelles actions, quelles catégories donnent accès aux femmes comme agentes historiques ?

Un programme peut mentionner quelques femmes tout en conservant une architecture masculine : grands hommes, grandes batailles, grands pouvoirs, grandes inventions, grandes institutions. Des travaux didactiques récents sur l’histoire mixte soulignent précisément que l’inclusion des femmes suppose de penser les rôles et les actions des femmes et des hommes dans la construction même des séquences, pas seulement d’ajouter quelques figures isolées. Dans ce cas, les femmes apparaissent comme exceptions, encadrés, compléments ou illustrations. La thèse attribuée à Lecoq interroge cette architecture : intégrer les femmes suppose de transformer les questions posées à l’histoire, pas seulement d’ajouter quelques noms dans une liste.

15.4. Thèse 2 — La Préhistoire comme miroir du XIXe siècle

Le point sur la Préhistoire est décisif. L’entretien rappelle que la représentation classique de « l’homme préhistorique » a été consolidée au XIXe siècle. Or le XIXe siècle n’est pas un observatoire neutre : il porte ses propres modèles familiaux, bourgeois, patriarcaux et scientifiques.

La projection fonctionne ainsi : le savant observe des traces préhistoriques, puis les interprète selon les catégories sociales de son époque. L’homme chasse, invente, peint, protège ; la femme garde le foyer, nourrit, enfante, attend. Cette distribution est ensuite naturalisée comme origine de l’humanité. La Préhistoire devient alors un théâtre d’autorisation : ce qui est présenté comme « depuis toujours » sert à justifier l’ordre social contemporain.

Lecoq, d’après le résumé, conteste cette chaîne en rappelant que les femmes pouvaient participer à la chasse, aux outils, à l’art pariétal et aux activités vitales du groupe. La correction ne consiste pas à inverser simplement les rôles ; elle consiste à rouvrir la pluralité des activités et à cesser de déduire une division sociale moderne à partir de traces fragmentaires. Les recherches récentes sur les sociétés de chasseurs-cueilleurs et certaines découvertes funéraires préhistoriques ont alimenté ce déplacement, tout en appelant une prudence cas par cas selon les sites, les périodes et les types de preuves.

15.5. Thèse 3 — Le contrôle des corps comme politique historique

La partie sur l’avortement, la natalité et les politiques de contrôle des corps déplace l’entretien vers l’histoire politique. Le corps féminin apparaît comme enjeu d’État : natalité, famille, transmission, population, armée, travail, morale publique.

La criminalisation de l’avortement et les politiques natalistes agressives manifestent une logique de gouvernement des corps. Pour cette partie, le dossier conserve l’angle de l’entretien et pourra être complété par des références d’histoire du droit, d’histoire de la natalité, d’histoire médicale et d’histoire des politiques familiales. Dans cette perspective, les femmes ne sont pas seulement oubliées comme sujets de l’histoire ; elles sont aussi construites comme objets de législation, de reproduction, de contrôle moral et de gestion démographique.

Cette thèse donne au dossier une profondeur institutionnelle : l’effacement historiographique se combine avec des dispositifs juridiques et politiques qui ont assigné les femmes à certaines fonctions sociales.

15.6. Thèse 4 — Louise Weiss et la stratégie de l’ironie

L’exemple de Louise Weiss introduit une forme d’action politique très précise : l’ironie comme tactique publique. Face à un espace politique verrouillé, l’humour et la mise en scène produisent une brèche. La « campagne d’ironie » transforme l’infériorisation en exposition du ridicule adverse.

Cette stratégie est documentée dans les notices consacrées à Louise Weiss : en 1934, elle fonde La Femme nouvelle, milite pour le droit de vote et met en scène des actions spectaculaires dans l’espace public. Cette stratégie n’est pas un simple trait d’esprit. Elle constitue une technique d’intervention médiatique : rendre visible la contradiction d’un système qui prétend parler au nom de l’universel tout en excluant les femmes du vote. L’ironie agit comme révélateur : elle montre l’écart entre les principes proclamés et l’organisation réelle du pouvoir.

15.7. Thèse 5 — La « réécriture de l’Histoire » comme accusation défensive

Le résumé mentionne les accusations de réécriture, de misandrie ou de déformation idéologique. L’argument attribué à Lecoq répond par un déplacement : chercher les femmes ne revient pas à fabriquer artificiellement une autre histoire ; c’est compléter une histoire construite sur des angles morts.

La réponse tient en une règle méthodologique : ce que l’on ne cherche pas ne se montre pas. Les archives ne parlent pas seules. Les traces doivent être questionnées. Les catégories de lecture déterminent ce qui devient visible.

L’histoire des femmes apparaît alors comme une histoire plus complète : elle réintègre des agentes, des pratiques, des corps, des productions, des résistances et des formes d’action qui étaient disponibles, mais mal vues, mal classées ou mal transmises.

15.8. Synthèse de cette partie autonome

Cette vidéo constitue un bloc historiographique autonome placé à la suite du dossier. Elle déploie un autre axe de travail autour de l’effacement des femmes dans l’Histoire : programmes scolaires, fouilles, hypothèses de départ, lois, récits nationaux, exemples pédagogiques et catégories de transmission.

Le point central peut être formulé ainsi : l’absence des femmes dans l’Histoire est souvent le résultat d’un protocole de non-recherche. Lorsqu’une société ne cherche pas les femmes dans les traces disponibles, elle confirme ensuite leur absence comme si elle était naturelle. L’acte historiographique décisif consiste donc à modifier le regard, les questions, les corpus et les critères de pertinence.

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16. Partie indépendante — Vidéo : Le Couple et l’Argent

16.1. Cadre de la vidéo

Lien vidéo : voir la vidéo sur YouTube Titre indiqué sur YouTube : Le couple enrichit les hommes… et appauvrit les femmes — Titiou Lecoq — C l’hebdo — 15/10/2022. Cadre : émission C l’hebdo, France Télévisions, octobre 2022. Ouvrage présenté : Titiou Lecoq, Le Couple et l’Argent. Pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes, Paris, L’Iconoclaste, 2022.

Cette partie est ajoutée comme bloc autonome, placé après l’étude principale et après la première vidéo. Elle ne sert pas de preuve pour le chapitre sur autrice ; elle documente un autre axe de travail de Titiou Lecoq : l’économie intime, la circulation de l’argent dans les couples hétérosexuels, la construction patrimoniale des écarts entre femmes et hommes, et les effets financiers du travail domestique, parental et administratif.

Le Couple et l’Argent prolonge le travail de Titiou Lecoq sur les angles morts de l’égalité. Après l’histoire et la mémoire collective, l’autrice déplace l’enquête vers l’économie ordinaire : comptes bancaires, dépenses du foyer, propriété immobilière, épargne, enfants, retraite, héritage et séparation.

La question directrice du livre peut être formulée ainsi : comment une relation qui se pense égalitaire peut-elle produire une asymétrie patrimoniale durable ? Lecoq ne part pas seulement des grandes statistiques salariales ; elle observe les gestes quotidiens qui semblent neutres : payer les courses, habiller les enfants, organiser les comptes, financer les petits achats, accepter un temps partiel, laisser l’autre prendre en charge les dépenses capitalisables.

La notice de librairie de la FNAC présente l’ouvrage autour d’une question simple : « Pourquoi les hommes sont-ils plus riches que les femmes ? » Elle mentionne aussi la « taxe rose » et la théorie du pot de yaourt comme portes d’entrée pédagogiques vers les écarts économiques entre femmes et hommes.

La vidéo condense l’argument du livre sous une formule volontairement frappante : « Le couple enrichit les hommes et appauvrit les femmes ». La phrase fonctionne comme révélateur : elle ne décrit pas chaque couple particulier, mais un mécanisme statistique et structurel. Le couple devient un lieu où les écarts de revenus, de propriété, d’épargne et de carrière peuvent se creuser tout en restant peu visibles, parce qu’ils sont absorbés par l’amour, la confiance, l’organisation familiale ou l’idée d’une mise en commun naturelle.

L’intérêt de l’entretien tient à sa pédagogie : Lecoq ne parle pas seulement d’argent comme ressource comptable. Elle montre que l’argent est une architecture relationnelle : qui paie quoi, qui épargne, qui possède, qui compense, qui administre, qui absorbe les pertes, qui conserve du capital en cas de rupture.

16.2. Résumé Gemini détaillé

Dérouler le résumé Gemini complet

Présentation générale

La vidéo correspond à l’émission C l’hebdo sur France Télévisions, diffusée en octobre 2022, dans laquelle la journaliste et essayiste Titiou Lecoq est invitée pour présenter son livre Le Couple et l’Argent.

Le thème central de son intervention est résumé par une formule choc : « Le couple enrichit les hommes et appauvrit les femmes ».

Voici une analyse détaillée et précise des arguments et concepts qu’elle y développe.

1. Le constat de départ : l’illusion de l’égalité

Titiou Lecoq explique que la majorité des couples hétérosexuels contemporains pensent former une association égalitaire. Pourtant, les statistiques macroéconomiques montrent une réalité inverse : l’écart de patrimoine entre les hommes et les femmes ne cesse de se creuser. Les hommes possèdent globalement plus de patrimoine immobilier et financier que les femmes.

L’autrice démontre que cet écart se construit insidieusement à l’intérieur de la vie de couple au quotidien.

2. Le concept du « syndrome du pot de yaourt »

C’est la métaphore centrale de son argumentation pour expliquer la répartition inégale des dépenses.

Les dépenses du quotidien : souvent prises en charge par la femme

Très souvent, les femmes prennent en charge l’intendance courante du foyer : courses alimentaires, vêtements des enfants, petits objets de décoration, les fameux « pots de yaourt ». Ce sont des dépenses indispensables mais consommables. Une fois le yaourt mangé ou les vêtements trop petits, l’argent a disparu ; il ne crée aucune valeur.

Les investissements à long terme : plus souvent pris en charge par l’homme

À l’inverse, l’homme prend plus fréquemment en charge des dépenses structurelles ou capitalisables, telles que le remboursement du crédit immobilier, l’achat de la voiture ou des placements financiers.

La conséquence

En cas de séparation, l’homme repart avec la maison ou le capital, dont la valeur a augmenté, tandis que la femme ne possède rien de tangible, son argent ayant été englouti dans le fonctionnement quotidien du ménage.

3. Le piège du compte joint et du partage 50/50

L’autrice démonte une fausse bonne idée : le partage strict des dépenses à parts égales, en particulier lorsque les revenus sont différents.

Si l’homme gagne 3 000 € et la femme 1 500 €, et qu’ils paient chacun 1 000 € pour les charges fixes, il reste 2 000 € d’argent de poche à l’homme et seulement 500 € à la femme.

L’homme peut alors épargner et capitaliser, tandis que la femme se retrouve dans une situation de précarité financière invisible au sein même de son couple.

4. L’impact du travail invisible et de la parentalité

Titiou Lecoq rappelle que l’arrivée des enfants accentue ce déséquilibre.

Ce sont majoritairement les femmes qui réduisent leur temps de travail : passage aux 80 %, congé parental, ralentissement de carrière. Cela ampute leur salaire direct, freine leur progression professionnelle et diminue leurs futures cotisations pour la retraite.

Ce sacrifice financier est mis au service du fonctionnement du foyer, mais il n’est pas toujours compensé financièrement par le conjoint durant la vie commune.

Conclusion et solutions proposées

Dans cette intervention, Titiou Lecoq ne cherche pas à blâmer les hommes, mais à éveiller les consciences sur des mécanismes systémiques et souvent inconscients. Elle conseille aux couples :

⬢ de parler d’argent ouvertement et de lever le tabou sur ce sujet ;

⬢ de proratiser les dépenses en fonction des revenus de chacun, plutôt que de faire du 50/50 automatique ;

⬢ de veiller à ce que la personne qui gagne moins, souvent la femme, puisse aussi conserver une capacité d’épargne personnelle et investir à son nom.

16.3. Thèse générale

La première thèse de la vidéo porte sur l’écart entre le sentiment d’égalité et les effets économiques réels de la vie commune. Beaucoup de couples contemporains ne se pensent pas comme des structures inégalitaires. Ils se vivent comme des espaces de confiance, d’amour, de partage et d’ajustement pragmatique. C’est précisément cette normalité qui rend le mécanisme difficile à voir.

Le problème n’est pas seulement la mauvaise volonté individuelle. Il tient à la façon dont les revenus, les dépenses, le temps parental et les biens capitalisables se distribuent. Deux personnes peuvent se considérer équitables tout en produisant, année après année, une structure patrimoniale asymétrique.

L’argent du couple agit alors comme un révélateur : il montre ce qui se passe lorsque l’égalité proclamée rencontre des différences de salaire, de disponibilité, de temps domestique, de maternité, de carrière et de propriété.

16.4. Le syndrome du pot de yaourt

La théorie du pot de yaourt est forte parce qu’elle distingue deux types de dépenses. D’un côté, les dépenses consommables : nourriture, vêtements, fournitures, petits achats du foyer. Elles sont indispensables, mais elles disparaissent au moment même où elles sont utilisées. De l’autre, les dépenses capitalisables : logement, remboursement d’emprunt, véhicule, placements, travaux augmentant la valeur d’un bien.

Dans beaucoup de couples, la personne qui gagne moins prend en charge une part importante de l’intendance. Cette personne est souvent la femme. Elle finance alors le fonctionnement quotidien du ménage, pendant que l’autre conjoint finance davantage des biens durables ou patrimoniaux. L’effet de long terme est décisif : en cas de séparation, la personne qui a payé le quotidien ne récupère pas la valeur des dépenses absorbées par la vie commune.

L’ObSoCo formule ce mécanisme de manière convergente : les hommes financent plus souvent des dépenses importantes ou structurantes, tandis qu’une légère tendance attribue davantage aux femmes certaines charges quotidiennes, en particulier les courses alimentaires. L’article reprend explicitement la formule popularisée par Lecoq : à la séparation, la femme peut repartir avec les « pots de yaourt » vides.

16.5. Le piège du 50/50

Le partage à parts égales est souvent vécu comme juste parce qu’il paraît symétrique. Pourtant, lorsque les revenus sont différents, la symétrie nominale fabrique une dissymétrie réelle.

Dans l’exemple du résumé, une personne gagne 3 000 € et l’autre 1 500 €. Si chacune verse 1 000 € pour les charges communes, la première conserve 2 000 € disponibles, la seconde 500 €. Le même montant payé ne représente donc pas le même effort. Le 50/50 protège davantage la capacité d’épargne de la personne qui gagne plus.

La proratisation des dépenses selon les revenus répond à ce problème. Elle ne supprime pas toutes les asymétries, mais elle reconnaît que l’équité se mesure par la capacité restante, pas seulement par le montant versé.

16.6. Compte joint, propriété et asymétrie patrimoniale

Le compte joint peut faciliter l’organisation quotidienne, mais il ne garantit pas l’équité. Tout dépend de ce qui y entre, de ce qui en sort, de ce qui reste sur les comptes personnels, et de la propriété réelle des biens achetés.

Un couple peut avoir un compte commun pour les dépenses courantes et conserver des comptes personnels pour l’épargne, les investissements, les loisirs, les projets individuels. Cette architecture peut être équilibrée si les contributions sont proportionnées aux revenus et si chacun conserve une capacité de réserve. Elle devient défavorable lorsque le compte commun absorbe la quasi-totalité du revenu de la personne qui gagne moins.

La distinction entre flux et stock est ici essentielle. Les flux sont les revenus et dépenses mensuelles. Le stock est ce qui reste et s’accumule : patrimoine immobilier, épargne, titres financiers, droits de retraite, valeur d’entreprise, véhicule, objets durables. Une organisation conjugale peut sembler juste au niveau des flux et produire pourtant un stock très inégal.

16.7. Parentalité, temps partiel et retraite

La parentalité introduit une temporalité longue. Le passage à temps partiel peut paraître une solution familiale simple à court terme. Mais il produit des effets différés : baisse de salaire, ralentissement de carrière, moindre accès à certaines responsabilités, cotisations retraite réduites, dépendance accrue à l’égard du revenu du conjoint.

L’enjeu n’est donc pas seulement de décider qui s’occupe davantage des enfants à un moment donné. L’enjeu est de comptabiliser les pertes futures liées à ce choix. Lorsqu’un foyer décide qu’une personne réduit son activité pour soutenir la famille, la perte devrait être pensée comme une charge commune plutôt que comme une conséquence individuelle absorbée silencieusement.

Ce point rejoint les débats économiques sur le travail domestique non rémunéré : une partie de la richesse familiale est rendue possible par un travail qui ne passe pas par le salaire, mais qui produit pourtant de la disponibilité, de l’ordre, du soin, de la reproduction sociale et du temps libéré pour l’autre conjoint.

16.8. Solutions proposées

Les solutions proposées dans la vidéo peuvent être structurées en cinq gestes simples :

⬢ Nommer l’argent : parler clairement des revenus, charges, dettes, projets et risques.

⬢ Proratiser les charges communes : calculer les contributions selon les revenus, pas par automatisme 50/50.

⬢ Séparer consommation et capitalisation : vérifier qui finance les dépenses absorbées et qui finance les biens durables.

⬢ Protéger une épargne personnelle : chaque conjoint devrait conserver une capacité de réserve et d’investissement à son nom.

⬢ Compenser les sacrifices de carrière : lorsqu’un temps partiel ou un congé parental bénéficie au foyer, son coût devrait être reconnu dans l’organisation financière commune.

Ces gestes ne transforment pas le couple en entreprise. Ils empêchent simplement que l’amour, la confiance ou l’habitude masquent des transferts économiques durables.

16.9. Synthèse

Cette vidéo ajoute un second bloc documentaire indépendant autour de Titiou Lecoq. Le thème n’est plus la langue ou la recherche des femmes dans l’Histoire, mais la manière dont l’économie intime peut produire des écarts durables entre femmes et hommes.

La thèse centrale tient en une formule : une organisation conjugale peut être affectivement égalitaire et économiquement dissymétrique. Les dépenses du quotidien, le partage 50/50, le compte joint, les temps partiels, les enfants et les biens capitalisables dessinent une architecture financière qui mérite d’être explicitée.

Le point décisif n’est pas de désigner des coupables individuels. Il s’agit de rendre visibles des mécanismes : qui paie ce qui disparaît, qui finance ce qui s’accumule, qui perd du revenu, qui conserve de l’épargne, qui détient les biens, qui supporte le coût différé de la parentalité.

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Citations complémentaires et points d’appui

Cette section ajoute des citations courtes, utilisables comme seuils de lecture. Elles ne remplacent pas l’analyse : elles servent de points d’ancrage pour éviter que le dossier flotte dans une paraphrase générale. Chaque citation est accompagnée d’un contexte, d’une portée et d’une limite d’usage.

Titiou Lecoq — le renversement féminiser / démasculiniser

« L’idée est de la démasculiniser »

Référence : Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes, Collection Proche, 2023, chapitre 9, p. 103 dans le scan transmis.

Contexte : Lecoq répond à l’accusation selon laquelle l’écriture inclusive chercherait à « féminiser » artificiellement la langue. Elle inverse le diagnostic : la langue aurait déjà été transformée par une masculinisation normative, et les pratiques inclusives chercheraient à défaire partiellement cette orientation.

Portée : cette phrase condense la thèse centrale du chapitre. Elle fait passer le débat d’une innovation contemporaine suspecte à une restitution historique.

Limite d’usage : il faut entendre « démasculiniser » comme retrait du masculin absorbant et non comme effacement du masculin. Le geste vise la pluralité des formes et la visibilité des sujets.

Beauzée — la hiérarchie explicite du masculin

« Le genre masculin est réputé plus noble »

Référence : Nicolas Beauzée, Grammaire générale, 1767, cité par Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées, chapitre 9, p. 103 dans le scan transmis.

Contexte : Lecoq cite Beauzée pour montrer que certains grammairiens n’ont pas justifié la primauté du masculin comme une simple convention abstraite. La règle était reliée à une hiérarchie sociale et symbolique des sexes.

Portée : cette citation est décisive parce qu’elle donne une formulation explicite du lien entre norme grammaticale et ordre social. Elle permet de comprendre pourquoi la règle scolaire « le masculin l’emporte » n’est pas seulement technique dans sa transmission culturelle.

Limite d’usage : Beauzée ne suffit pas à expliquer toute l’histoire du français. Il représente un point de cristallisation normatif, à replacer dans un réseau plus large de grammairiens, dictionnaires, écoles et usages.

Mme de Sévigné — résistance d’usage et conscience grammaticale

« je la suis également »

Référence : Mme de Sévigné, formulation rapportée par Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées, chapitre 9, p. 103 dans le scan transmis ; anecdote également accessible dans la Revue des Deux Mondes sur Wikisource.

Contexte : Lecoq mobilise cette anecdote pour montrer qu’un usage plus sensible au féminin existait encore chez certaines locutrices et certains locuteurs. La formule porte sur l’accord du pronom attribut.

Portée : la citation montre que la norme masculine n’a pas été reçue comme une évidence par tout le monde. Elle rend visible une résistance grammaticale située dans l’usage.

Limite d’usage : l’exemple reste ponctuel. Il éclaire une possibilité historique, mais il ne suffit pas à lui seul à établir l’ensemble d’un système.

Aurore Évain — légitimité historique d’« autrice »

« la légitimité terminologique de ce féminin »

Référence : Aurore Évain, « Histoire d’autrice, de l’époque latine à nos jours », Sêméion, 2008.

Contexte : Évain fonde son étude sur un corpus d’occurrences de auctrix et autrice entre le Ier et le XXIe siècle. Elle suit l’histoire du terme dans la langue, dans la fonction auteur et dans l’accès des femmes à la sphère publique.

Portée : cette citation donne l’appui philologique majeur du dossier. Elle confirme que autrice n’est pas un caprice contemporain, mais une forme historiquement attestée et défendable.

Limite d’usage : légitimité terminologique ne signifie pas usage majoritaire continu. Le mot a connu des éclipses, des concurrences et des réactivations.

Éliane Viennot — accord de proximité comme solution grammaticale

« la solution la plus simple, la plus intuitive »

Référence : Éliane Viennot, page de synthèse « L’accord de proximité », mise en ligne sur son site personnel.

Contexte : Viennot présente l’accord de proximité comme une solution ancienne pour accorder un adjectif ou un participe avec plusieurs noms de genres ou de nombres différents.

Portée : cette citation rend lisible l’enjeu pédagogique : l’accord de proximité n’est pas une complication graphique, mais une ressource grammaticale ancienne et compréhensible.

Limite d’usage : l’histoire du français montre plusieurs régimes d’accord. L’accord de proximité a coexisté avec d’autres pratiques ; il ne doit pas être présenté comme ancienne règle unique.

Maria Candea et Laélia Véron — la langue comme champ conflictuel

« la langue comme champ de bataille »

Référence : Maria Candea et Laélia Véron, « Masculinisation et féminisation du français : la langue comme champ de bataille », dans Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique, La Découverte, 2021, p. 94-110.

Contexte : Candea et Véron situent les débats sur la féminisation et la masculinisation du français dans une histoire plus large des conflits autour de la norme linguistique.

Portée : cette formule permet de relier Lecoq à la sociolinguistique critique. La langue n’apparaît pas comme un objet immobile ; elle devient un espace de conflits, d’appropriations, d’autorité et de réappropriation.

Limite d’usage : parler de bataille ne signifie pas réduire la langue à une guerre. La formule désigne une conflictualité sociale et normative, avec des acteurs, des institutions et des usages.

Michelle Perrot — bruit contemporain et silence historique

« Les femmes font aujourd’hui du bruit ? »

Référence : Michelle Perrot, Les femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, nouvelle édition, 2020.

Contexte : Perrot articule le surgissement contemporain des voix féminines avec le silence historique dans lequel les femmes ont longtemps été tenues.

Portée : cette citation donne le cadre historiographique profond du dossier. Le chapitre de Lecoq sur autrice ne parle pas seulement de langue : il parle du passage du silence à la nomination, puis de la nomination à la transmission.

Limite d’usage : le silence n’est pas absence complète. Perrot travaille justement les résistances, les traces, les prises de parole et les formes fragmentaires de présence.

Sophie Piron — contrepoint méthodologique

« contre-argumentaire historique »

Référence : Sophie Piron, « Le masculin polémique : contre-argumentaire historique sur le e féminin et les noms de métiers », Circula, no 15, 2022.

Contexte : Piron examine la thèse de la masculinisation du français déployée par Éliane Viennot. Elle conteste certains usages historiques de cette thèse, notamment autour du e féminin en poésie et des noms de métiers.

Portée : cette citation introduit un garde-fou méthodologique. Elle oblige le dossier à distinguer ce qui est attesté, ce qui est interprété, ce qui est généralisé et ce qui reste discuté.

Limite d’usage : le contrepoint de Piron ne supprime pas les faits de hiérarchisation ou d’exclusion ; il demande une granularité historique plus fine.

Académie française — bascule institutionnelle récente

« féminisation des noms de métiers et de fonctions »

Référence : Académie française, rapport adopté le 28 février 2019, La féminisation des noms de métiers et de fonctions.

Contexte : l’Académie, longtemps perçue comme résistante à plusieurs formes de féminisation linguistique, a publié en 2019 un rapport reconnaissant la nécessité de traiter la question des noms de métiers et fonctions.

Portée : cette citation montre que le champ normatif n’est pas fixe. L’institution elle-même a dû intégrer une transformation sociale devenue difficile à ignorer.

Limite d’usage : ce rapport ne règle pas l’ensemble du débat sur l’écriture inclusive, les accords ou les graphies abrégées. Il porte plus spécifiquement sur les noms de métiers, titres, grades et fonctions.

Synthèse des citations

Les citations choisies dessinent une chaîne cohérente : Lecoq nomme la démasculinisation ; Beauzée expose la hiérarchie ancienne ; Sévigné montre une résistance d’usage ; Évain établit la légitimité d’autrice ; Viennot réactive l’accord de proximité ; Candea et Véron situent la langue comme espace conflictuel ; Perrot inscrit le tout dans l’histoire des silences ; Piron impose une précision méthodologique ; l’Académie française signale une bascule institutionnelle récente.

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Bibliographie et références

19.1. Source principale étudiée

⬢ Lecoq, Titiou. Les Grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes. Préface de Michelle Perrot. Nouvelle édition augmentée. Collection Proche, Paris, 2023. Scan transmis : page de titre, quatrième de couverture, chapitre 9, « Autrice, oubli d’un mot et d’une profession ».

19.2. Vidéos ajoutées en parties indépendantes

⬢ YouTube. Titiou Lecoq : « Tant qu’on ne cherche pas les femmes dans l’Histoire, on ne les trouve pas ».

⬢ C l’hebdo / France Télévisions / YouTube. « Le couple enrichit les hommes… et appauvrit les femmes — Titiou Lecoq — C l’hebdo — 15/10/2022 ».

19.3. Titiou Lecoq

⬢ Lecoq, Titiou. Les Grandes oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes. Paris : L’Iconoclaste, 2021 ; Collection Proche, édition augmentée, 2023.

⬢ Lecoq, Titiou. Le Couple et l’Argent. Pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes. Paris : L’Iconoclaste, 2022.

⬢ FNAC. Notice de Le Couple et l’Argent.

⬢ Apple Podcasts / Slate.fr Podcasts. Rends l’argent.

19.4. Aurore Évain et autrice

⬢ Évain, Aurore. « Histoire d’autrice, de l’époque latine à nos jours », SIEFAR.

⬢ Évain, Aurore. En compagnie. Histoire d’autrice. iXe, 2019.

19.5. Éliane Viennot et masculinisation du français

⬢ Viennot, Éliane. Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française. Éditions iXe, 2014.

⬢ Viennot, Éliane. « L’accord de proximité », site personnel.

19.6. Maria Candea, Laélia Véron et sociolinguistique critique

⬢ Candea, Maria ; Véron, Laélia. Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique. La Découverte, 2019.

⬢ Candea, Maria ; Véron, Laélia. « Masculinisation et féminisation du français : la langue comme champ de bataille », dans Le français est à nous !.

19.7. Michelle Perrot et histoire des femmes

⬢ Perrot, Michelle. Mon histoire des femmes. Seuil, 2006.

⬢ Perrot, Michelle ; Duby, Georges (dir.). Histoire des femmes en Occident. Plon, 1991–1992.

19.8. Sophie Piron et le contrepoint critique

⬢ Piron, Sophie. « Le masculin polémique : contre-argumentaire historique sur le genre grammatical », Circula, 15, 2022.

19.9. Académie française et institutions linguistiques

⬢ Académie française. « La féminisation des noms de métiers et de fonctions », rapport adopté le 28 février 2019.

⬢ Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Guide pour une communication publique sans stéréotypes de sexe, 2022.

⬢ EPFL. Langage inclusif : histoire et enjeux.

19.10. Références complémentaires pour la vidéo historique

⬢ 50-50 Magazine. « Titiou Lecoq : “Tant qu’on ne cherche pas les femmes dans l’Histoire, on ne les trouve pas” ». Entretien avec Titiou Lecoq autour de Les Grandes oubliées.

⬢ Bolay, Morgane. « Inclure les femmes dans l’histoire enseignée. Quelles difficultés et remédiations pour la construction d’une séquence d’histoire mixte ? », Didactica Historica, 8, 2022.

⬢ Europeana. « Louise Weiss, une Européenne engagée — La féministe ». Ressource sur l’engagement suffragiste de Louise Weiss, La Femme nouvelle et les campagnes pour le droit de vote.

⬢ Union européenne. « Louise Weiss — Pionnière de l’UE ». Notice biographique officielle.

⬢ Parlement européen, Service de recherche. « Louise Weiss — Des combats pour la liberté »642289_FR.pdf), briefing, 2019.

⬢ Centre d’information sur les institutions européennes / Strasbourg Europe. « Louise Weiss : l’Europe, le féminisme et le journalisme ».

19.11. Références économiques et statistiques pour Le Couple et l’Argent

⬢ INSEE. « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024 », publié en 2026.

⬢ INSEE. « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2023 », publié en 2025.

⬢ INSEE. « Temps partiel », Emploi, chômage, revenus du travail.

⬢ INSEE. « Après la naissance d’un enfant, les conditions de travail... ».

⬢ INSEE. « Écarts de revenus au sein des couples ».

⬢ INSEE. Blog. « Évolution des inégalités entre les femmes et les hommes », 2025.

⬢ L’ObSoCo. « Argent, couple et pots de yaourt », 19 avril 2024.

⬢ Tribune de Genève. « Comment gérer l’argent sans pénaliser les femmes ? », 30 novembre 2022.

⬢ HCE. Rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France, dernières éditions disponibles.

19.12. Prolongements numériques et biais de genre

⬢ Soumah, Valentin-Gabriel ; Rao, Prashanth ; Eibl, Philipp ; Taboada, Maite. « Radar de Parité: An NLP system to measure gender representation in French news stories », arXiv, 2023.

⬢ Travaux récents sur biais de genre dans les grands modèles de langage, traduction automatique, corpus médiatiques et outils de correction.

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